Modèles internationaux · Étude de cas
Suède : choisir son fonds de pension
Publié le 5 octobre 2026
En Suède, chaque salarié est aussi un investisseur. Une part de ses cotisations de retraite est placée en bourse, dans des fonds qu'il peut choisir lui-même parmi une large offre. Vingt-cinq ans après le lancement du système, le résultat le plus frappant est ailleurs. Ceux qui n'ont rien choisi ont, en moyenne, fait mieux que les autres.
Le cas suédois répond à une question que tout système de capitalisation doit trancher. Faut-il laisser chacun choisir, et que faire de ceux qui ne choisissent pas ?
L’essentiel : En Suède, 2,5 % du revenu sont placés chaque année dans des fonds que chacun peut choisir. Près des deux tiers des épargnants laissent leur argent dans le fonds public par défaut, AP7 Såfa, qui a fait mieux sur 25 ans que la moyenne des épargnants : 100 couronnes de 2000 y valaient 751 couronnes fin 2025, contre 509 en moyenne.
Comment fonctionne le système
La retraite publique suédoise repose sur deux comptes. Chaque année, selon l'autorité suédoise des pensions, 16 % du revenu ouvrant droit à pension vont à la pension de revenu. 2,5 % vont à la pension de prime, la « premiepension ».
C'est cette pension de prime que l'épargnant place en fonds. Il peut sélectionner lui-même ses fonds, ou laisser son argent dans le fonds public par défaut, AP7 Såfa. Fin 2025, 6 537 000 personnes avaient une pension de prime.
Le système applique donc à toute la population ce qu'un plan d'épargne retraite propose en France à ceux qui le souhaitent. Avec deux différences : la cotisation est obligatoire, et l'argent ne sort qu'à la retraite.
Le fonds par défaut
AP7 Såfa est géré par un organisme public, AP7. Son fonctionnement tient en trois règles, selon son gestionnaire.
- Jusqu'à 55 ans, l'épargne est placée à 100 % dans un fonds d'actions mondiales.
- À partir de 56 ans, la part d'actions baisse de 3 à 4 points par an, au profit d'un fonds obligataire.
- Les frais sont de 0,05 % par an jusqu'à 55 ans, puis baissent jusqu'à 0,04 % à 75 ans.
C'est un fonds de pension public : l'argent appartient aux épargnants, pas à l'État. La distinction est détaillée dans réserve, fonds de pension, fonds souverain.
Fin 2025, 4 211 000 épargnants étaient restés dans ce fonds par défaut, soit 64,4 % du total. Le défaut n'est donc pas une solution marginale : c'est le système lui-même, pour près de deux personnes sur trois.
Vingt-cinq ans de résultats
L'autorité suédoise des pensions publie une comparaison sur toute la durée du système. Elle part de 100 couronnes placées en 2000 et regarde ce qu'elles valent fin 2025.
Source : Pensionsmyndigheten, Premiepensionen 2025 ; valeurs nominales, avant inflation.
Ces rendements sont nominaux, en couronnes, avant inflation. L'écart entre les deux lignes, en revanche, ne dépend pas de l'inflation. Sur vingt-cinq ans, le fonds par défaut a fait près de moitié mieux que la moyenne.
Le constat vaut aussi épargnant par épargnant. Dans un communiqué d'avril 2026, l'autorité donne une autre mesure. Un peu plus de 13 % des épargnants qui ont choisi leurs fonds ont fait mieux qu'AP7 Såfa sur la durée. En 2025, année prise isolément, environ la moitié l'avait battu.
Pourquoi le défaut l'emporte
Trois mécanismes peuvent l'expliquer.
Les frais. Un fonds public de très grande taille peut facturer 0,05 % par an. Tout fonds plus cher part avec un handicap, qui se compose chaque année. Sur un encours de 100 000 €, 0,05 % de frais représentent 50 € par an ; 1,5 % de frais, 1 500 € par an.
La diversification. Un fonds d'actions mondiales détient des milliers d'entreprises. Un épargnant qui choisit seul peut se concentrer sur quelques secteurs ou quelques pays, et prendre des risques qui ne sont pas toujours rémunérés.
Le comportement. Changer de fonds au mauvais moment, après une baisse ou une hausse, peut coûter cher sur une longue période. Celui qui ne fait rien évite cette erreur.
Les données publiées ne permettent pas de mesurer la part de chaque raison. Elles montrent en revanche que la liberté de choix, à elle seule, n'a pas amélioré le résultat moyen.
Ce que la Suède enseigne
La leçon suédoise porte sur la conception du système plus que sur la bourse. Quand la majorité ne choisit pas, le fonds par défaut décide de la retraite de la majorité. Il doit donc être bon marché, diversifié, et réduire le risque à l'approche de la retraite.
C'est l'une des six questions de la grille de lecture commune : qui gère, avec quel choix, et quel défaut. La Norvège y répond autrement, avec un fonds d'État unique et sans choix individuel, comme le montre l'étude de cas du fonds norvégien. Le site résume le cas suédois dans sa page consacrée aux pays qui capitalisent.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les rendements sont nominaux et en couronnes. Ils ne se comparent pas directement à des placements en euros, ni aux rendements réels des simulations de ce blog.
La comparaison couvre une période plutôt favorable aux actions mondiales, malgré les krachs de 2001-2002 et de 2008. Un fonds par défaut investi à 100 % en actions jusqu'à 55 ans souffrirait davantage d'une longue période de baisse qu'un portefeuille plus prudent.
La pension de prime ne représente qu'une partie de la retraite suédoise : 2,5 % du revenu, contre 16 % pour la pension de revenu. Son succès ne dit rien, à lui seul, du niveau des pensions en Suède.
Conclusion
La Suède a donné à chacun le choix de ses fonds de retraite. Vingt-cinq ans plus tard, ceux qui n'ont pas choisi ont obtenu, en moyenne, un meilleur résultat que ceux qui ont choisi. Dans un système de capitalisation, le choix du fonds par défaut est souvent la décision la plus importante.
Lectures recommandées
- Grille de lecture commune d'un système étranger — La grille des six questions, dont celle du fonds par défaut, décisive ici.
- Norvège : un fonds né du pétrole — L'autre modèle nordique : un fonds d'État, sans choix individuel.
- Réserve, fonds de pension, fonds souverain — Pourquoi AP7 est un fonds de pension public et non un fonds souverain.
- Le FRR, une promesse de 1999 — Un fonds public français créé à la même époque, avec un tout autre destin.
- Norvège : deux fonds, deux missions — Le fonds global et le fonds Norvège : deux fonds, deux usages.