Modèles internationaux · Comparaison
Norvège : deux fonds, deux missions
Publié le 5 octobre 2026
La Norvège possède deux fonds publics qui portent presque le même nom. Le premier, connu dans le monde entier, place à l'étranger l'argent du pétrole. Le second, bien plus petit, investit dans les entreprises norvégiennes et celles des pays nordiques voisins.
Leur comparaison montre qu'un même cadre légal peut porter deux missions opposées : se tenir à l'écart de l'économie nationale, ou y investir.
L’essentiel : La Norvège possède deux fonds publics réunis par une même loi : le fonds global, 21 268 milliards de couronnes, placé uniquement à l'étranger, et le fonds Norvège, 417 milliards, investi à 85 % dans le pays. Le premier finance le budget selon une règle de dépense ; le second reverse 3 % de sa valeur à l'État chaque année depuis 2025, pour limiter son poids à la Bourse d'Oslo.
Une loi, deux fonds
Depuis le 1er janvier 2006, une même loi régit le « fonds de pension de l'État ». Il comprend deux parties : le fonds global, Statens pensjonsfond utland, et le fonds Norvège, Statens pensjonsfond Norge. Le ministère des Finances en a la charge.
La loi fixe une mission commune. Cette épargne doit soutenir le financement des pensions du régime national d'assurance, la folketrygd. Elle doit aussi faire profiter les générations actuelles et futures de la richesse pétrolière.
Aucun des deux fonds ne verse pourtant de pension. Selon la même loi, leur argent ne peut servir que par un transfert au budget de l'État, voté par le Parlement, le Storting.
Deux origines
Le fonds global est né d'une loi de 1990, et a reçu son premier versement en 1996. Il reçoit l'excédent des revenus pétroliers de l'État transféré par le budget, ainsi que le rendement de ses placements. Son histoire est retracée dans Norvège : un fonds né du pétrole.
Le fonds Norvège est plus ancien. Son gestionnaire, Folketrygdfondet, a été créé en 1967 pour placer les excédents de l'assurance nationale. Il a reçu 11,8 milliards de couronnes pendant ses douze premières années. Puis les prestations ont augmenté, et 1979 a été la dernière année d'apport.
Depuis, le fonds Norvège ne vit que de son rendement, ce que la loi confirme. Selon son gestionnaire, aucun capital n'en était sorti jusqu'en 2024, hormis l'arrêt en 2006 d'un dispositif de prêts d'environ 100 milliards de couronnes.
Deux tailles
Fin 2025, le fonds global valait 21 268 milliards de couronnes norvégiennes. Le fonds Norvège atteignait 416 850 millions de couronnes, soit environ 417 milliards.
Source : Norges Bank Investment Management et Folketrygdfondet, rapports annuels 2025.
Selon son gestionnaire, le fonds global détient près de 1,5 % de toutes les actions cotées du monde, dans environ 7 200 entreprises. Les versements de l'État représentent moins de la moitié de sa valeur : le reste vient de ses placements.
Deux mandats
| Fonds global | Fonds Norvège | |
|---|---|---|
| Gestionnaire | Norges Bank, par sa filiale NBIM | Folketrygdfondet |
| Zone de placement | uniquement hors de Norvège, en devises étrangères | 85 % en Norvège, 15 % au Danemark, en Suède et en Finlande |
| Répartition fin 2025 | 71,3 % d'actions, 26,5 % d'obligations, 1,7 % d'immobilier non coté, 0,4 % d'infrastructures non cotées | 65,1 % d'actions, 34,9 % d'obligations |
| Rendement 2025, avant frais | 15,1 %, mesuré dans le panier de devises du fonds | 12,73 % |
Le fonds global n'investit pas en Norvège, par la loi elle-même. Son gestionnaire rappelle que les revenus pétroliers devaient être utilisés avec prudence, pour éviter des déséquilibres dans l'économie norvégienne.
Le fonds Norvège suit un indice de référence composé à 60 % d'actions et à 40 % d'obligations. Il ne peut pas détenir plus de 15 % d'une société norvégienne, ni plus de 5 % d'une société nordique.
Deux règles de retrait
Le fonds global finance le budget selon une règle politique. En moyenne, l'État ne doit dépenser que le rendement réel attendu du fonds, estimé à environ 3 % par an. Pour 2026, le budget révisé prévoit d'utiliser 579,0 milliards de couronnes, soit 2,7 % de la valeur du fonds en début d'année. Le bilan de cette règle est dressé dans la règle budgétaire à l'épreuve.
Le fonds Norvège a longtemps tout conservé. Il est pourtant devenu un actionnaire de poids sur son propre marché. Fin 2025, Folketrygdfondet détenait, avec un autre fonds qu'il gère, 5,7 % de la valeur des actions cotées à la Bourse d'Oslo.
Pour freiner cette hausse, le Parlement a décidé en juin 2024 de prélever chaque année 3 % de la valeur du fonds Norvège. Le premier prélèvement, en 2025, a rapporté 11,7 milliards de couronnes au Trésor. Le budget 2026 en prévoit 12,3 milliards.
Ce que la comparaison enseigne
Les deux fonds ont la même loi, le même propriétaire et la même mission affichée. Leur différence tient au lieu où ils investissent, et elle commande tout le reste.
Le fonds global peut grandir sans devenir actionnaire des entreprises norvégiennes, puisqu'il n'y investit pas. Le fonds Norvège, lui, se heurte à la taille de son marché. Son gestionnaire reconnaît qu'il lui est parfois difficile de vendre ou d'acheter des titres sans faire bouger les prix.
Un fonds public qui investit dans son propre pays devient vite un actionnaire important. La Norvège y répond par des plafonds de détention, puis par des retraits réguliers. Le ministère des Finances fixe l'indice de référence des deux fonds, selon le partage des rôles décrit dans qui décide des placements d'un fonds public.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les rendements de 2025 ne se comparent pas terme à terme. Celui du fonds global est mesuré dans un panier de devises étrangères, et les deux fonds n'investissent pas sur les mêmes marchés. Une année isolée dit en outre peu de la performance de long terme.
Les deux règles de retrait affichent 3 %, mais pas pour la même raison. Pour le fonds global, c'est une estimation du rendement réel futur ; pour le fonds Norvège, une manière de limiter sa part du marché national.
Malgré leur nom, aucun des deux fonds ne paie de pension. Les retraites norvégiennes sont versées par la folketrygd ; les deux fonds soutiennent son financement à travers le budget de l'État, comme le prévoit la loi.
Conclusion
La Norvège a réuni sous une même loi un fonds tenu hors de son marché national et un fonds qui y est ancré. Le premier a dépassé 21 000 milliards de couronnes. Le second, sans apport depuis 1979, reverse désormais une part de son capital pour ne pas peser trop lourd à la Bourse d'Oslo. Le site présente le modèle norvégien parmi d'autres exemples étrangers.
Lectures recommandées
- Norvège : un fonds né du pétrole — L'histoire du grand fonds, ses placements et la provenance de sa valeur.
- Norvège : la règle budgétaire à l'épreuve — Comment la règle de dépense du fonds global a été respectée, ou non, depuis 2001.
- Qui décide des placements d'un fonds public ? — Qui fixe la stratégie d'un fonds public, et qui choisit ses placements.
- Quand un fonds public perd 20 % — Ce qu'ont fait les fonds publics pendant les krachs de 2008 et 2022.
- Australie : retraits anticipés pendant le Covid — Les retraits anticipés australiens de 2020 et leur coût à la retraite.