Aller au contenu
Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Modèles internationaux · Bilan

Australie : traquer les frais

Publié le 5 octobre 2026

Début 2019, la Commission de la productivité australienne chiffrait à plus de 30 milliards de dollars australiens par an les frais payés sur l'épargne retraite. Selon elle, un demi-point de frais en plus pouvait coûter environ 12 % du capital final d'un salarié à temps plein, soit 100 000 dollars australiens. L'Australie avait commencé à encadrer ces frais en 2014 ; elle a ensuite multiplié les outils.

Ce bilan reprend ces mesures une à une, avec ce qu'elles ont donné. Le système lui-même et son diagnostic sont présentés dans l'étude de cas consacrée à l'Australie.

L’essentiel : En douze ans, l'Australie a encadré le produit par défaut, plafonné les frais des petits comptes, supprimé les frais de sortie et soumis les fonds à un test annuel de performance. Les produits par défaut sont passés de 116 à 52, un seul a échoué au test en 2026, mais plus de 21,2 milliards de dollars australiens dormaient encore dans près de 7,5 millions de comptes perdus ou non réclamés.

2014 : un produit par défaut encadré

Le premier outil vise ceux qui ne choisissent rien. Depuis le 1er janvier 2014, les cotisations d'un salarié qui n'a pas choisi de fonds vont à un fonds proposant un produit agréé « MySuper ». C'est la règle que rappelle l'autorité de contrôle prudentiel, l'APRA. Ces produits ne peuvent facturer que des frais précisément définis, en principe identiques pour tous leurs membres.

Les soldes par défaut déjà accumulés devaient y être transférés avant le 1er juillet 2017. La loi qui crée ce dispositif date de 2012.

Le nombre de ces produits a fortement baissé. L'APRA en comptait 116 au 30 juin 2014, 80 en août 2021 et 52 au 30 juin 2025. De juin 2020 à juin 2025, le nombre de fonds de plus de six membres est passé de 158 à 81.

Nombre de produits par défaut MySuper en Australie
11630 juin 201480Août 20215230 juin 2025

Source : APRA : statistiques MySuper (2014), test de performance (2021), bulletin annuel 2024-2025.

2019 : protéger les petits comptes

Le deuxième outil vise les petits soldes, que des frais fixes grignotent vite. La loi « Protecting Your Super », promulguée le 12 mars 2019, s'applique aux exercices clos à partir du 1er juillet 2019. Pour un compte de moins de 6 000 dollars australiens en fin d'exercice, elle plafonne les frais d'administration et de placement. Le plafond est de 3 % du solde au plus.

La même loi supprime les frais de sortie, qui freinaient les changements de fonds. Un compte sans versement depuis seize mois ne garde son assurance que si le membre le demande. Les comptes inactifs de moins de 6 000 dollars passent à l'administration fiscale, l'ATO, chargée de les regrouper sur le compte actif du titulaire.

L'effet sur les frais de sortie se lit dans les statistiques de l'APRA. Les fonds en avaient encaissé 52 millions de dollars australiens sur l'exercice 2016-2017, 53 millions en 2017-2018 et 52 millions en 2018-2019. Le montant est tombé à zéro dès 2019-2020, et y est resté en 2020-2021.

Frais de sortie encaissés par les fonds australiens, en millions de dollars australiens (en M A$)
522016-2017532017-2018522018-201902019-202002020-2021

Source : APRA, Annual superannuation bulletin, tableau 4 (fonds de plus de six membres).

2021 : tester, comparer, suivre

Le troisième train de mesures, « Your Future, Your Super », date de 2021. Depuis le 1er juillet 2021, les produits MySuper passent chaque année un test de performance. Le test s'étend depuis le 1er juillet 2023 aux produits dont le fonds gère la stratégie. Un produit qui échoue deux années de suite ne peut plus accueillir de nouveaux membres.

Le premier test, publié le 31 août 2021, a été sévère. Sur 76 produits MySuper évalués, 13 ont échoué. Ils représentaient 56 milliards de dollars australiens d'actifs et environ un million de comptes.

Un comparateur public, « YourSuper », a ouvert le même 1er juillet 2021. Il classe les produits MySuper selon leur rendement net, avec des données fournies par l'APRA. Selon l'ATO, cité par le Trésor, environ 430 000 personnes ont utilisé sa version personnalisée en 2021-2022. Quelque 158 000 ont changé de compte.

Depuis le 1er novembre 2021 enfin, le compte « suit » le salarié. Un employeur doit vérifier si un nouveau salarié sans choix déclaré a déjà un fonds, avant de lui en ouvrir un autre par défaut.

Ce que montre le bilan

En 2026, l'APRA a testé 547 produits, soit 61 % des droits des membres des fonds qu'elle contrôle. Un seul des 50 produits MySuper a échoué, et 11 des 141 produits vendus sur des plateformes. Selon l'APRA, ces échecs tiennent surtout aux placements, plus qu'aux frais.

Les frais baissent. L'APRA relève que les frais d'administration ont continué de diminuer dans toutes les catégories de produits. Pour un solde de 100 000 dollars australiens, ils atteignent 174 dollars par an dans un produit MySuper. Ils sont de 431 dollars sur une plateforme.

L'écart entre bons et mauvais produits se resserre aussi. L'APRA compare un membre parti de 50 000 dollars dans un produit MySuper peu performant et dans un bon produit. Sur 2014-2021, le premier avait environ 11 300 dollars de moins au bout de sept ans. Sur 2019-2026, l'écart n'est plus que d'environ 7 400 dollars.

Les comptes en double reculent lentement. Au 30 juin 2026, selon l'ATO, près de 15 millions de personnes n'avaient qu'un compte, soit 79 %, contre 77 % en 2023. Environ 4 millions en détenaient encore au moins deux.

Ce qui reste à faire

Le stock de comptes oubliés grossit encore. Au 30 juin 2026, l'ATO recensait un peu plus de 21,2 milliards de dollars australiens d'épargne perdue ou non réclamée. Cette épargne se répartissait sur près de 7,5 millions de comptes. Le montant était de 16,0 milliards en 2023.

Le test lui-même est discuté. Une revue du Trésor publiée en 2023 relevait un effet pervers. Une mesure unique de performance pouvait pousser les fonds au court-termisme et à coller à leur indice de référence. En mai 2026, le gouvernement fédéral a ouvert une consultation pour l'adapter, en assurant que ces réformes « n'affaibliront pas le test ».

Un écart de frais minime sur un an pèse lourd sur une carrière, comme le chiffre l'article sur 1 % de frais pendant 40 ans. La page du site sur ce que coûte un point de frais permet de le mesurer.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les montants sont en dollars australiens. Les frais cités par l'APRA cachent des écarts entre produits, et ne comptent pas les frais de conseil payés à part.

Le test compare chaque produit à son propre indice de référence, pas à un rendement absolu. Un produit qui le réussit peut rapporter peu si son indice rapporte peu.

Les comptes de l'APRA portent sur les fonds de plus de six membres, ceux de l'ATO sur les personnes : les deux séries ne s'additionnent pas. Les résultats mêlent l'effet de chaque mesure et celui des marchés ; aucune source ne les isole un par un. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

La Suède a choisi une autre voie pour ceux qui ne choisissent pas : un fonds public unique, décrit dans l'article sur le système suédois.

Conclusion

L'Australie a traqué les frais par couches successives. Elle a encadré le produit par défaut, protégé les petits comptes, puis instauré un test annuel et un comparateur public. Le nombre de produits par défaut est passé de 116 à 52, et les échecs au test sont devenus rares. Restent des frais élevés sur certaines plateformes et 21,2 milliards de dollars australiens oubliés dans des comptes perdus.

Lectures recommandées