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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Modèles internationaux · Étude de cas

Australie : l'épargne retraite obligatoire

Publié le 5 octobre 2026

En Australie, chaque employeur verse 12 % du salaire de ses salariés sur un compte retraite à leur nom, en plus de la paie. Personne ne choisit d'épargner : c'est la loi. En trente ans, cette cotisation a fait de l'épargne retraite australienne l'une des plus importantes au monde.

Le cas australien montre ce que donne une capitalisation obligatoire appliquée à tout un pays. Il montre aussi ce qu'il a fallu corriger en chemin.

L’essentiel : Depuis une loi de 1992, chaque employeur australien verse une part du salaire sur un compte retraite au nom du salarié : 12 % depuis le 1er juillet 2025. L'encours atteignait 4 767 milliards de dollars australiens fin juin 2026, mais il a fallu corriger des frais excessifs et des fonds durablement sous-performants.

Comment fonctionne la « superannuation »

Le système porte un nom, la « superannuation », et repose sur une obligation, la « super guarantee ». L'employeur doit verser un pourcentage de la rémunération de chaque salarié éligible sur un fonds de retraite. Le salarié peut choisir ce fonds ; à défaut, ses cotisations vont dans un produit par défaut.

L'argent est placé jusqu'à la retraite. Depuis le 1er juillet 2026, selon l'administration fiscale australienne, les cotisations doivent être versées à chaque paie, et non plus chaque trimestre. Elles portent sur la rémunération jusqu'à un plafond, fixé à 270 830 dollars australiens par an pour 2026-2027.

Un étage public subsiste à côté : la pension de vieillesse, versée à partir de 67 ans. Elle est soumise à des conditions de résidence, de revenus et de patrimoine, selon l'organisme qui la verse. La capitalisation obligatoire ne l'a pas remplacée : elle s'y ajoute, et en réduit le montant pour ceux qui ont accumulé davantage.

Trente ans de montée en charge

L'obligation a été créée par une loi de 1992. Le taux n'a pas été fixé d'un coup : il a augmenté par paliers, et s'est parfois arrêté.

Taux de la cotisation retraite obligatoire en Australie
89101112200220132021202412 %

Hausses au 1er juillet de chaque année. L'axe vertical commence à 8 %, pas à zéro. Source : Australian Taxation Office, Super guarantee, tableau 21.

Le taux est resté à 9 % de 2002 à 2013, puis à 9,25 % pendant un an. Il a ensuite été bloqué à 9,5 % pendant sept ans, de 2014 à 2021. Sa hausse a repris d'un demi-point par an : 10 %, 10,5 %, 11 %, puis 11,5 % au 1er juillet 2024. L'administration fiscale a présenté le passage à 12 %, le 1er juillet 2025, comme la dernière hausse programmée.

Cette chronologie rappelle une réalité : même obligatoire, une cotisation de capitalisation reste un choix politique, que chaque gouvernement peut accélérer ou suspendre.

Les montants

L'autorité australienne de contrôle prudentiel, l'APRA, publie les encours chaque trimestre. Au 30 juin 2026, l'épargne retraite atteignait 4 767,2 milliards de dollars australiens, en hausse de 9,5 % sur un an.

Composante, au 30 juin 2026 Encours
Fonds contrôlés par l'APRA 3 411,5 milliards
Fonds gérés par les épargnants eux-mêmes 1 107,2 milliards
Régimes publics exemptés du contrôle de l'APRA 187,8 milliards
Reliquat des fonds statutaires des assureurs vie 60,7 milliards
Total, toutes catégories 4 767,2 milliards

Sur l'année, 236,3 milliards de cotisations sont entrées, dont 164,4 milliards versés par les employeurs. Les prestations versées ont atteint 148,2 milliards.

L'OCDE rapporte ces actifs à la taille de l'économie. Fin 2024, ceux des fournisseurs de retraite australiens représentaient 135,1 % du PIB, contre 12,9 % en France. Sur vingt ans, l'Australie figure parmi les pays où le rendement réel moyen a approché ou dépassé 4 % par an.

Ce qui n'a pas marché

En 2018, la Commission de la productivité, organisme public d'évaluation, a rendu un bilan sévère. Elle relevait deux défauts de structure, qui touchaient des millions d'affiliés.

Le premier était la multiplication des comptes. Un tiers des comptes, environ 10 millions, étaient des doublons involontaires, ouverts à chaque changement d'emploi. Ils coûtaient aux affiliés 2,6 milliards de dollars australiens par an en frais et en assurances inutiles.

Le second était la persistance de produits sous-performants. Au moins 1,6 million de comptes avaient été placés par défaut dans un produit sous-performant. Selon la Commission, cela pouvait amputer près de la moitié de leur capital à la retraite.

La Commission chiffrait le gain d'une correction à 3,8 milliards de dollars australiens par an. Un salarié entrant sur le marché du travail aurait, selon elle, 533 000 dollars de plus à sa retraite, en 2064.

La réponse : un test de performance chaque année

Depuis 2021, l'APRA soumet les produits de retraite à un test de performance annuel. En 2026, elle en a évalué 547. Un seul des 50 produits par défaut a échoué, ainsi que 11 des 141 produits vendus sur des plateformes.

En 2025, selon l'APRA, le nombre d'affiliés placés dans des produits en échec est passé d'environ un million à 8 500 depuis l'introduction du test. La correction a donc fonctionné, mais elle est arrivée près de trente ans après la création du système.

Ce que l'Australie enseigne

L'Australie et la Suède ont affronté le même problème : que faire de ceux qui ne choisissent pas ? La Suède a confié leur épargne à un fonds public unique et très peu coûteux, comme le montre le cas suédois. L'Australie a laissé des fonds en concurrence, puis a dû imposer un contrôle annuel pour écarter les moins bons.

Dans les deux cas, les frais ont été au cœur du problème. Un écart de frais qui paraît faible sur un an pèse lourd sur une carrière. L'article sur 1 % de frais sur 40 ans le chiffre.

Ces questions, défaut, frais et risque, font partie de la grille de lecture commune appliquée à chaque pays. Le site présente aussi l'Australie dans sa page consacrée aux pays qui capitalisent.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les montants sont en dollars australiens, et ne se comparent pas directement à des montants en euros. L'encours total inclut les fonds gérés par les épargnants eux-mêmes, qui relèvent d'une autre logique que les fonds collectifs.

Un encours élevé ne dit rien de sa répartition. Une cotisation proportionnelle au salaire accumule peu pour ceux qui gagnent peu, travaillent à temps partiel ou interrompent leur carrière.

Le rendement cité par l'OCDE porte sur l'ensemble des fournisseurs de retraite australiens, pas sur un fonds en particulier. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Conclusion

L'Australie a rendu la capitalisation obligatoire pour tous les salariés, et l'a fait monter en charge pendant plus de trente ans. Le résultat est l'un des plus grands patrimoines de retraite au monde. Il a aussi fallu des décennies pour corriger ce qu'une obligation mal encadrée produit : comptes en double, frais excessifs, produits médiocres attribués par défaut.

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