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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Comprendre les chiffres · Décryptage

Le déficit des retraites, quel chiffre ?

Publié le 5 octobre 2026

Selon le chiffre retenu, le besoin de financement des retraites va d'un peu plus d'un milliard à plus de cinq milliards d'euros pour 2025. D'autres chiffrages, qui comptent autrement la contribution de l'État, aboutissent à des montants très différents.

Ces chiffres ne se contredisent pas toujours. Ils ne mesurent pas la même chose. Savoir lire un solde, c'est d'abord savoir ce qu'on a mis de chaque côté.

L’essentiel : Selon le COR, le système de retraite a été déficitaire de 5,1 milliards d'euros en 2025, soit 0,2 % du PIB, et le serait de 2,4 % du PIB en 2070. Ce solde dépend d'une convention comptable sur les ressources : avec une autre convention, le besoin de 2070 tombe à 1,5 % du PIB, sans rien changer au solde des finances publiques.

Le chiffre de référence : 5,1 milliards en 2025

Le Conseil d'orientation des retraites (COR) publie chaque année le solde de l'ensemble des régimes obligatoires. Selon son rapport de juin 2026, ce solde était déficitaire de 5,1 milliards d'euros en 2025. Cela représente 0,2 % du PIB.

Ce chiffre exclut les charges et produits financiers. En les réintégrant, notamment les revenus des réserves, le déficit tombe à 1,3 milliard d'euros. Le COR prévoit un déficit du même ordre en 2026, environ 5,0 milliards d'euros.

Pour donner un repère, le besoin de financement avait atteint environ 14 milliards d'euros en 2020, soit 0,6 % du PIB. Le système est resté à l'équilibre de 2021 à 2023, avant de redevenir déficitaire en 2024.

Un total qui cache des situations opposées

Le solde global additionne des régimes aux comptes très différents. En 2025, selon le COR, les régimes de base des salariés du privé et des indépendants affichaient un déficit d'environ 6,0 milliards d'euros. La caisse des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, la CNRACL, perdait environ 2,1 milliards.

À l'inverse, les régimes complémentaires étaient excédentaires de 1,8 milliard d'euros. Les régimes de base des non-salariés l'étaient de 0,6 milliard. Le régime des fonctionnaires de l'État et les régimes spéciaux dégageaient 0,7 milliard, un solde que le COR qualifie lui-même de conventionnel.

Un solde est une différence, donc un chiffre fragile

Les dépenses et les ressources dépassent chacune 400 milliards d'euros. Le solde n'en est que l'écart, quelques milliards. Une petite erreur sur l'un des deux termes déplace donc fortement le résultat.

Le COR en donne un exemple. En février 2025, les ressources de 2024 étaient estimées à 405 milliards d'euros, et le solde à −3,8 milliards. Une fois les comptes définitifs connus, les ressources ont atteint 407 milliards : un écart de 0,5 %. Le solde, lui, a été revu à −1,7 milliard, soit un écart de 55 %.

Le vrai débat : que compte-t-on comme ressource ?

Les dépenses de retraite font peu débat : ce sont les pensions versées. Les ressources, elles, dépendent de choix du législateur. En 2025, elles s'élevaient à 416,6 milliards d'euros hors produits financiers, selon le COR, et à 422,2 milliards en les comptant.

Sur ce second total, les cotisations des actifs représentaient 65,6 %, soit 277,0 milliards d'euros. La contribution de l'État employeur au régime de ses fonctionnaires en apportait 11,7 %, soit 49,3 milliards. Le reste provient d'impôts affectés et de transferts d'autres organismes.

Cette contribution de l'État n'est pas fixée à l'avance. Elle est ajustée chaque année pour que le régime des fonctionnaires de l'État soit à l'équilibre. En 2026, le taux de contribution employeur atteint 82,28 % du traitement pour les fonctionnaires civils et 126,07 % pour les militaires.

Conséquence : ces régimes équilibrés par l'État, qui pèsent environ un quart des dépenses, sont pour l'essentiel à l'équilibre par construction. Le COR retient ce cadre, celui des lois de financement de la sécurité sociale, sous le nom de « convention conforme à la législation ».

Deux lectures qui tirent en sens opposé

Une première variante maintient l'effort de l'État. Les dépenses de ces régimes diminuent en part de PIB, donc la contribution de l'État aussi. Le COR calcule une variante qui fige cette contribution en part de PIB, au niveau moyen de 2021 à 2025.

Dans cette convention, dite « effort de l'État constant », le besoin de financement de 2070 serait de 1,5 % du PIB. La convention légale donne 2,4 %. Le COR prévient toutefois qu'elle considère « comme acquise pour le futur » la part financée par l'État.

D'autres travaux jugent au contraire le taux de contribution trop élevé. Selon des travaux de l'Institut des politiques publiques cités par le COR, le taux employeur d'équilibre serait de 34,7 % en 2020. Ce taux exclut les pensions d'invalidité et les départs anticipés de certaines catégories.

Le Conseil d'analyse économique en tire un chiffrage pour 2023 dans une note de septembre 2025. La cotisation de l'État serait de 21,5 milliards d'euros, contre 50,4 milliards inscrits au compte des pensions. La note conclut, dans son titre, à « pas de déficit caché mais un coût salarial surévalué ».

Le COR constate que le cadre légal se situe entre ces deux évaluations. Surtout, tous s'accordent sur un point : ces choix ne changent rien au solde global des finances publiques. Ce qui dégrade le solde des retraites améliore d'autant celui du reste des finances publiques.

Ce que disent les projections

Dans la convention légale, le COR projette un déficit de 0,2 % du PIB en 2030, soit 6,8 milliards d'euros courants. Il atteindrait 0,9 % du PIB en 2045, puis 2,4 % en 2070. Ce scénario suppose une fécondité de 1,45 enfant par femme et une productivité en hausse de 0,7 % par an.

Ces chiffres varient fortement avec les hypothèses. Avec 1 % de gains de productivité par an, le déficit de 2070 serait de 1,7 % du PIB. Avec 0,4 %, il atteindrait 3,1 %.

Besoin de financement du système de retraite en 2070, selon la convention et la productivité
Convention légale, productivité 0,4 %3,1 % du PIBConvention légale, référence 0,7 %2,4 % du PIBConvention légale, productivité 1,0 %1,7 % du PIBEffort de l'État constant, référence 0,7 %1,5 % du PIB

Source : COR, rapport annuel de juin 2026 (synthèse et annexe 2).

Le COR présente aussi un solde moyen, qui lisse les années. Calculé à partir de 2026, il serait de −0,2 % du PIB jusqu'en 2030 et de −0,4 % jusqu'en 2045. Il atteindrait −0,6 % sur 25 ans, l'horizon du Comité de suivi des retraites, et −1,1 % jusqu'en 2070.

L'indicateur que le COR préfère

Puisque le solde dépend de conventions, le COR privilégie un autre indicateur : la part des dépenses de retraite dans le PIB. Elle dit ce qu'il faut prélever sur la richesse produite, quelle que soit la forme du prélèvement. La Commission européenne utilise le même indicateur pour comparer les pays.

Selon le COR, cette part passerait de 14,1 % du PIB en 2025 à 14,2 % en 2045, puis à 15,3 % en 2070. Les ressources, dans la convention légale, reculeraient de 13,9 % à 12,9 % du PIB. Le déficit projeté tient donc presque autant à la baisse des ressources, −1,0 point, qu'à la hausse des dépenses, +1,2 point.

Le rapport entre cotisants et retraités, présenté dans combien d'actifs paient pour un retraité, explique une partie de cette évolution. Les autres indicateurs du débat, et leurs pièges, sont réunis dans le pilier comprendre les chiffres.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Un solde ne dit pas si le système est généreux ou avare. Il compare deux flux annuels, sans tenir compte des réserves accumulées. Les régimes en répartition détenaient pourtant 223,9 milliards d'euros de réserves fin 2025, selon le COR, sans compter le Fonds de réserve pour les retraites.

Les projections ne sont pas des prévisions. Elles supposent une réglementation inchangée, alors que les règles bougent souvent. Ainsi, la suspension de la réforme de 2023 coûte 1,8 milliard d'euros par an en moyenne jusqu'en 2032. Ce chiffrage de la Drees est repris par le COR.

Aucun de ces chiffres ne dit enfin comment combler un déficit. Hausse des cotisations, recul de l'âge, moindre revalorisation des pensions ou ressources nouvelles : le choix relève du débat public. Le principe de la répartition éclaire les termes de ce choix, sans le trancher.

Conclusion

Le déficit des retraites n'a pas un chiffre, mais plusieurs, tous exacts dans leur cadre. Pour 2025, le chiffre de référence est de 5,1 milliards d'euros, soit 0,2 % du PIB. Pour 2070, il va de 1,5 % à 3,1 % du PIB selon la convention et l'hypothèse de productivité.

Devant un chiffre de déficit, trois questions suffisent : quel champ, quelle convention, quelles hypothèses. La part des dépenses dans le PIB dépend beaucoup moins des conventions : c'est l'indicateur que le COR privilégie.

Correction

Le 5 octobre 2026. L'article laissait entendre que le système était redevenu déficitaire dès 2023. Selon le COR, il est resté à l'équilibre de 2021 à 2023. Les pourcentages de 65,6 % et 11,7 % étaient rapportés aux ressources hors produits financiers ; ils portent sur les ressources produits financiers compris, 422,2 Md€.

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