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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Comprendre les chiffres · Explication

Le taux de remplacement expliqué

Publié le 5 octobre 2026

On lit souvent qu'une pension remplace « environ 75 % » du dernier salaire. C'est vrai pour certains salariés, très loin de la réalité pour d'autres. Selon le Conseil d'orientation des retraites (COR), un cadre né en 1964 toucherait 52 % de son dernier salaire net. Une salariée non-cadre mère de deux enfants, 81 %.

Le taux de remplacement est pourtant l'indicateur le plus parlant pour chacun : il dit de combien le revenu baisse au passage à la retraite. Encore faut-il savoir ce qu'il mesure.

L’essentiel : Le taux de remplacement rapporte la première pension au dernier revenu d'activité. Pour la génération 1964, le COR l'estime en net entre 52 % pour un cadre et 81 % pour une salariée non-cadre mère de deux enfants, au départ à 62 ans et 9 mois.

La définition

Le taux de remplacement rapporte la première pension au dernier revenu d'activité. Un taux de 75 % signifie qu'un salaire de 2 000 € net par mois laisse place à une pension de 1 500 € net.

Il se calcule au moment du départ, sur une personne donnée. Il ne dit rien des pensions déjà versées aux retraités plus âgés, ni de l'évolution de la pension pendant la retraite.

Il existe en brut et en net. Le taux net est plus élevé, parce que les prélèvements sociaux sur les pensions sont plus faibles que sur les salaires.

Ce que donnent les cas types du COR

Le COR suit des « cas types » : des carrières fictives, mais représentatives, dont il calcule la pension à différents âges. Voici les taux nets pour la génération 1964, pensions de base et complémentaires comprises, dans son scénario de référence.

Taux de remplacement net, génération 1964
Cadre du privé51,9 %58,6 %Non-cadre du privé75,2 %86,8 %Non-cadre avec chômage en fin de carrière66,7 %63,1 %Salariée non-cadre, deux enfants80,9 %92,5 %Fonctionnaire de catégorie B58,3 %71,4 %Fonctionnaire de catégorie A+, fort taux de primes39,9 %51,9 %Départ à 62 ans et 9 moisDépart à 67 ans

Source : COR, rapport annuel de juin 2026, tableau 3.3, scénario de référence, pensions de base et complémentaires.

À 62 ans et 9 mois, le cadre obtient 51,9 %, le fonctionnaire de catégorie B 58,3 % et la salariée mère de deux enfants 80,9 %. À 67 ans, leurs taux montent à 58,6 %, 71,4 % et 92,5 %. Le non-cadre passe alors à 86,8 %, le fonctionnaire A+ à 51,9 %.

L'éventail va de 40 % à plus de 90 %. Parler d'un taux de remplacement « moyen » a donc peu de sens : tout dépend de la carrière.

Pourquoi les taux diffèrent autant

Quatre facteurs expliquent l'essentiel des écarts.

Le niveau de salaire. Un cadre a une part importante de son salaire au-dessus du plafond de la Sécurité sociale. La pension de base ne la couvre pas, et les régimes complémentaires la remplacent moins bien. Son taux de remplacement est donc plus faible.

Les primes. Pour un fonctionnaire, la pension principale se calcule sur le traitement indiciaire, hors primes. Plus la part des primes est élevée, plus le taux baisse : 39,9 % pour un cadre A+ dont les primes représentent 44 % de la rémunération.

La carrière. Le chômage en fin de carrière réduit les droits : 66,7 % pour un non-cadre au chômage à partir de 55 ans, contre 75,2 % sans chômage. Les enfants, à l'inverse, ouvrent des trimestres supplémentaires, ce qui relève le taux.

L'âge de départ. Partir plus tard augmente la pension, par la surcote et par les droits supplémentaires. Pour un cadre, passer de 62 ans et 9 mois à 67 ans fait gagner près de sept points.

Le non-cadre au chômage fait exception : son taux recule de 66,7 % à 63,1 %. Le COR rapporte sa pension à son dernier salaire, perçu à 55 ans et revalorisé comme le salaire moyen jusqu'au départ.

Deux définitions qui coexistent

L'OCDE publie aussi des taux de remplacement, mais selon une autre méthode. Elle suppose une carrière complète, au même niveau relatif de salaire du début à la fin : dernier salaire et salaire moyen de carrière se confondent. Elle calcule les droits d'une personne qui commence sa carrière aujourd'hui, sous les règles en vigueur.

Prenons un salarié français au salaire moyen, entré dans la vie active à 22 ans en 2024 et partant à 65 ans. Selon le rapport 2025 de l'OCDE, son taux de remplacement serait de 56,6 % en brut et de 70,0 % en net. Aux Pays-Bas, le taux net atteint 96,0 %.

Ces chiffres ne se comparent pas directement à ceux du COR. Les deux institutions ne mesurent ni la même génération, ni le même salaire de référence.

Taux de remplacement et pension moyenne relative

Un autre indicateur circule dans le débat : la pension moyenne de tous les retraités, rapportée au revenu d'activité moyen de tous les actifs. Selon le COR, elle passerait de 54,6 % en 2025 à 45,3 % en 2070.

Les deux indicateurs ne se confondent pas. Le taux de remplacement photographie un départ ; la pension moyenne relative mesure l'ensemble des retraités, y compris ceux partis il y a vingt ans. Le premier relève des dix indicateurs à connaître, le second aussi, et ils racontent des histoires différentes.

La baisse de la pension moyenne relative découle notamment de l'évolution du nombre de cotisants par retraité. Les règles actuelles ajustent le système par ce levier.

Ce que la capitalisation peut ajouter

L'écart entre le dernier salaire et la première pension est précisément ce que les dispositifs de retraite supplémentaire cherchent à combler. En France, ils restent modestes, comme le montre l'article sur la capitalisation qui existe déjà en France.

Pour un cadre, l'écart dépasse 45 % du dernier salaire net à 62 ans et 9 mois. Pour un non-cadre, il est d'environ 25 %. Le besoin de complément n'est donc pas le même pour tous.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Un cas type n'est pas une moyenne. Il décrit une carrière complète et régulière, que beaucoup de salariés n'ont pas. Les carrières heurtées, à temps partiel ou à l'étranger donnent des résultats différents.

Les taux de la génération 1964 sont en partie projetés, comme le scénario économique qui les sous-tend. Ils intègrent la suspension de la réforme de 2023 pour cette génération. Une nouvelle réforme les modifierait.

Le taux de remplacement ne dit rien de la suite. Une pension revalorisée comme les prix, et non comme les salaires, perd du terrain sur les revenus d'activité au fil de la retraite. Le niveau de vie des retraités dépend aussi de leur patrimoine et de la taille de leur ménage.

Conclusion

Le taux de remplacement est l'indicateur qui parle le plus à chacun, et celui qui se prête le moins à une moyenne. Pour la génération 1964, il va de 40 % à plus de 90 % selon la carrière, le statut et l'âge de départ. Avant de citer un taux, il faut toujours savoir de qui il parle, en brut ou en net, et par rapport à quel salaire.

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