Aller au contenu
Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation en France · Explication

La capitalisation existe déjà en France

Publié le 5 octobre 2026

La France passe pour le pays de la répartition pure. C'est presque exact pour les pensions versées aujourd'hui. Ce ne l'est plus pour les dispositifs : plusieurs régimes et produits fonctionnent déjà par capitalisation.

Les connaître évite deux erreurs symétriques. La première : croire que la capitalisation serait une nouveauté à importer. La seconde : croire qu'elle pèse déjà lourd dans les retraites des Français.

L’essentiel : La France capitalise déjà : 21,4 Md€ ont été versés en 2024 sur des contrats de retraite supplémentaire, et le RAFP des fonctionnaires gérait 53,6 Md€ fin 2025. Mais ces dispositifs pèsent peu : la retraite supplémentaire représentait 2,2 % des pensions versées en 2023, selon la Drees.

Quatre familles de dispositifs

La capitalisation française prend quatre formes, qui ne relèvent pas de la même logique.

Famille Exemples Qui détient l'argent
Épargne retraite individuelle plan d'épargne retraite individuel l'épargnant
Épargne retraite d'entreprise plan collectif, plan obligatoire le salarié
Réserves des régimes collectifs Agirc-Arrco, autres régimes le régime
Régimes publics capitalisés RAFP, Fonds de réserve pour les retraites les affiliés pour le RAFP, l'État pour le FRR

La loi Pacte du 22 mai 2019 a réorganisé les deux premières familles autour du plan d'épargne retraite. Il existe en trois versions : individuelle, collective d'entreprise et obligatoire d'entreprise. Depuis le 1er octobre 2020, ces plans ont remplacé les anciens produits à la commercialisation ; les contrats existants continuent de fonctionner.

Les deux dernières familles sont publiques ou paritaires. Elles relèvent de la distinction entre réserve et fonds de pension public : les réserves des régimes amortissent la répartition, le RAFP verse des pensions capitalisées.

L'épargne retraite supplémentaire, en chiffres

Selon la Drees, 21,4 Md€ de cotisations ont été versés en 2024 sur des contrats de retraite supplémentaire. Les plans d'épargne retraite en représentaient 77 %, signe que la réforme de 2019 a pris le relais des anciens produits.

Plan d'épargne retraite, 2024 Cotisations
Individuel 10,1 Md€
Entreprise, collectif 3,6 Md€
Entreprise, obligatoire 2,8 Md€

La même année, 8,9 Md€ de prestations ont été versés à 2,7 millions de personnes. Fin 2024, les encours accumulés atteignaient 299,8 Md€.

Fin 2023, la Drees dénombrait 17,3 millions d'adhésions à un contrat de retraite supplémentaire. Ce chiffre compte des contrats, pas des personnes : une personne qui en détient deux compte deux fois. Seuls 7,7 millions de contrats avaient reçu un versement dans l'année.

Ces contrats ne se ressemblent pas. Un plan individuel est alimenté par des versements volontaires, souvent irréguliers. Un plan obligatoire d'entreprise reçoit des cotisations fixées par un accord ou une décision de l'employeur, prélevées chaque mois. Les montants moyens, les frais et les publics concernés diffèrent donc fortement d'un plan à l'autre.

Le RAFP, un régime public entièrement capitalisé

Le RAFP, la retraite additionnelle de la fonction publique, est obligatoire pour les fonctionnaires. Créé en 2005, il fonctionne entièrement par capitalisation, à la différence de leur régime principal.

Fin 2025, selon son rapport annuel, il gérait un actif net de 53,6 Md€ en valeur économique. Il comptait 4,4 millions d'agents cotisants et 43 000 employeurs publics. Ses cotisations ont atteint 2,23 Md€ en 2025, pour 509 M€ de prestations.

L'écart entre ces deux montants est typique d'un régime capitalisé jeune. Il encaisse bien plus qu'il ne verse, parce que peu de ses affiliés ont cotisé toute une carrière. La rente moyenne liquidée en 2025 atteignait 536 € par an, en hausse de 11 % sur un an.

Les réserves, un patrimoine au service de la répartition

Les régimes par répartition détenaient 223,9 Md€ de réserves fin 2025, selon le Conseil d'orientation des retraites. L'Agirc-Arrco en concentrait 113,6 Md€, fonds de roulement compris ; ses seules réserves de financement atteignaient 92,1 Md€, soit environ onze mois de prestations. Le Fonds de réserve pour les retraites ajoutait 20,7 Md€.

Ces sommes sont placées sur les marchés, mais elles ne financent pas de pensions capitalisées. Elles servent à absorber les déficits, ce qui les rattache à la répartition. Le site explique cette différence entre les deux modes de financement.

Un poids encore modeste

Rapportée à l'ensemble du système, la capitalisation reste marginale. En 2023, la retraite supplémentaire représentait 5,0 % de l'ensemble des cotisations de retraite et 2,2 % des prestations, selon la Drees. Elle qualifie elle-même sa place de « marginale ».

La comparaison internationale le confirme. L'OCDE mesure les actifs détenus par les fournisseurs de retraite, rapportés au PIB, fin 2024. Ils atteignaient 206,4 % du PIB au Danemark, 157,9 % au Canada, 150,9 % aux Pays-Bas et 135,1 % en Australie. En France, ils n'en représentaient que 12,9 %.

Actifs des fournisseurs de retraite, en % du PIB, fin 2024
Danemark206 %Canada158 %Pays-Bas151 %Australie135 %France12,9 %

Source : OCDE, Pensions at a Glance 2025, tableau 9.2.

La France n'a pas choisi de ne rien capitaliser. Elle a fait de la répartition le cœur du système et laissé la capitalisation en complément. C'est pourquoi l'évolution du nombre de cotisants par retraité pèse autant sur les pensions françaises.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les montants ne portent pas sur les mêmes années. Les cotisations, prestations et encours de retraite supplémentaire datent de 2024, le RAFP et les réserves de 2025. Les additionner donnerait un ordre de grandeur, pas un total.

Les encours de la Drees sont des provisions, c'est-à-dire des engagements des organismes. Les réserves et le RAFP sont mesurés en valeur de marché, qui varie avec les cours.

L'assurance-vie, souvent utilisée pour préparer la retraite, n'est pas comptée ici. Ce n'est pas un produit de retraite au sens de la Drees, même si des ménages s'en servent pour préparer leur retraite.

Le classement de l'OCDE compare des systèmes de nature différente. Une part élevée peut refléter des régimes obligatoires, comme aux Pays-Bas, ou une épargne volontaire concentrée chez les plus aisés. Le chiffre ne dit rien de la répartition de ces actifs entre ménages.

Conclusion

La capitalisation n'est pas une idée étrangère à la France. Elle existe dans des produits individuels, des plans d'entreprise, un régime public obligatoire et des réserves placées sur les marchés. Les outils existent déjà, mais leur poids reste faible : 2,2 % des prestations de retraite en 2023, selon la Drees. Les dispositifs français et leur logique sont rassemblés sur la carte des dispositifs existants.

Correction

Le 5 octobre 2026. L'article plaçait 92,1 Md€ de réserves de l'Agirc-Arrco dans un total qui en compte 113,6 Md€. Les 92,1 Md€ ne sont que ses réserves de financement. Il présentait aussi les encours de la Drees comme des valeurs de marché ; ce sont des provisions.

Lectures recommandées