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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Comprendre les chiffres · Décryptage

Projections à 2070 : comment les lire

Publié le 5 octobre 2026

En 2070, les dépenses de retraite atteindraient 15,3 % du PIB, selon le Conseil d'orientation des retraites (COR). Un an plus tôt, le même exercice annonçait 14,2 %. L'écart tient d'abord à la baisse de la fécondité retenue.

Un chiffre projeté à 45 ans ne se lit pas comme un chiffre observé. Il vaut ce que valent ses hypothèses, et il faut savoir lesquelles comptent, et à partir de quand.

L’essentiel : Une projection à 2070 décrit ce qui arriverait si des hypothèses de fécondité, de migration, d'espérance de vie, de productivité et de chômage se réalisaient pendant 45 ans. Le vieillissement jusqu'en 2040 est déjà écrit ; au-delà, chaque hypothèse peut déplacer les dépenses de retraite d'environ un point de PIB, et une seule année de révision les a relevées de 1,1 point.

D'où viennent les hypothèses

Le COR ne fabrique pas ses hypothèses démographiques. Il reprend celles de l'Insee, faute, écrit-il, des « compétences nécessaires » et de la « légitimité » pour en élaborer d'autres. L'Insee révise ses projections de population environ tous les cinq ans ; le précédent exercice datait de fin 2021.

Pour celui de 2026, l'Insee a consulté 220 experts, dont 84 ont répondu. Il retient trois valeurs pour chaque composante : fécondité, mortalité et migrations. L'Insee le dit sans détour : l'hypothèse centrale « est loin d'être certaine, mais elle semble la plus probable ».

Les hypothèses économiques relèvent du COR. Il retient 0,7 % de gains de productivité par an et 7 % de chômage à partir de 2040.

Pour la productivité, la référence dépend de la période. Elle a progressé d'environ 1,0 % par an sur 35 ans, de 0,7 % sur 25 ans et de 0,4 % sur 15 ans. Quant au chômage, il n'est pas descendu sous 7 % depuis 1982.

Ce que les dernières projections ont manqué

Les projections de 2021 retenaient 1,8 enfant par femme et un solde migratoire de 70 000 personnes par an. Le COR les avait conservées dans son rapport de 2025, alors qu'elles semblaient déjà en partie décalées par rapport aux observations.

La fécondité est tombée à 1,56 enfant par femme en 2025, sous le scénario le plus pessimiste de l'exercice 2021, qui était de 1,6. Selon le COR, ces projections « avaient à la fois surestimé le niveau de la fécondité et sous-estimé la vitesse de sa baisse ». Le solde migratoire, lui, a été en moyenne de 100 000 personnes par an sur vingt ans.

Les nouvelles hypothèses centrales retiennent 1,45 enfant par femme à partir de 2028 et 150 000 entrées nettes par an. L'espérance de vie à 65 ans en 2070 a été légèrement abaissée. Elle serait de 26,3 ans pour les femmes et de 24,4 ans pour les hommes, contre 26,7 et 24,8 ans auparavant.

Ce qui est certain et ce qui ne l'est pas

Toutes les composantes ne pèsent pas au même moment. L'Insee l'écrit : « D'ici 2040, la poursuite du vieillissement de la population est inéluctable, et son ampleur connue ». Ce vieillissement dépend surtout du passé : l'arrivée à 65 ans des générations nées de 1961 à 1974 et les gains d'espérance de vie déjà acquis.

L'Insee mesure ce vieillissement par le nombre de personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans. Ce rapport passerait de 40 en 2026 à 49 en 2040 dans le scénario central. Les scénarios extrêmes donnent 47 et 51 : l'écart reste faible.

Personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans
404040202647495120405062782070Scénario « population jeune »Scénario centralScénario « population âgée »

Source : Insee, Insee Première n° 2108, projections de population 2026.

Après 2040, l'éventail s'ouvre. En 2070, le rapport serait de 62 dans le scénario central. Il tomberait à 50 dans un scénario de « population jeune » et monterait à 78 dans un scénario de « population âgée ». Le premier combine faible hausse de l'espérance de vie, fécondité et migrations élevées ; le second, l'inverse.

Le chiffre central de 62 pour 100 correspond à environ 1,6 personne d'âge actif par personne âgée. C'est proche du rapport de 1,62 retenu par le COR, que détaille l'article combien d'actifs paient pour un retraité.

Chaque hypothèse a son calendrier

Le COR teste chaque hypothèse séparément, en la remplaçant par une valeur plus basse et une valeur plus haute. Ses données en ligne donnent l'écart obtenu sur les dépenses de retraite, en points de PIB, par rapport au scénario de référence.

Hausse des dépenses de retraite avec l'hypothèse défavorable, en points de PIB
Solde migratoire bas, 70 000 par an0,5 pt1,1 ptEspérance de vie haute0,5 pt1 ptFécondité basse, 1,2 enfant0 pt1 ptProductivité faible, 0,4 % par an0,3 pt0,8 ptChômage élevé, 10 %0,5 pt0,4 ptEn 2045En 2070

Source : COR, rapport annuel de juin 2026, données de la synthèse (feuille « Sensibilité »), arrondies au dixième.

La fécondité agit tard. Avec 1,2 enfant par femme, l'écart serait nul en 2045, puis atteindrait 1,0 point en 2070. Le COR l'explique simplement : les enfants nés à partir de 2025 ne partiront pas en retraite avant 2070, mais ils manqueront dans la population active.

L'espérance de vie et les migrations agissent plus vite. Une espérance de vie plus haute ajouterait 0,5 point en 2045 et 1,0 point en 2070. Un solde migratoire de 70 000 personnes par an ajouterait 0,5 point puis 1,1 point.

Le chômage pèse tôt, puis se stabilise : 0,5 point en 2045 avec un chômage de 10 %, 0,4 point en 2070. La productivité, à l'inverse, s'accumule : 0,3 point en 2045 avec 0,4 % de gains par an, 0,8 point en 2070. Les hypothèses favorables donnent des écarts de même ordre, en sens inverse.

Pourquoi la productivité compte autant

En France, les pensions suivent les prix, pas les salaires. Plus les salaires progressent, plus la pension moyenne décroche des revenus d'activité, et plus la part des retraites dans le PIB baisse. Le COR souligne que cette indexation rend la situation financière du système « fortement dépendante du rythme de la croissance économique ».

D'où un résultat contre-intuitif : une économie plus dynamique allège les dépenses de retraite rapportées au PIB. Avec 1,0 % de gains de productivité, elles atteindraient 14,5 % du PIB en 2070 ; avec 0,4 %, 16,1 %. Les conséquences sur le solde sont détaillées dans l'article sur le déficit des retraites.

Une révision d'un an : 1,1 point de PIB

Le COR décompose l'écart entre ses rapports de 2025 et de 2026. Pour 2070, les dépenses sont relevées de 1,1 point de PIB. La baisse de la fécondité y contribue pour 1,5 point, la hausse du solde migratoire la réduit de 1,0 point.

Le reste vient de l'espérance de vie, −0,2 point, de l'économie, + 0,1 point, et de la loi de financement pour 2026, + 0,1 point. Une nouvelle hypothèse de revalorisation à l'Agirc-Arrco ajoute 0,3 point. Arrondies, ces contributions ne s'additionnent pas exactement au total de 1,1 point. Le solde de 2070 passe ainsi de −1,4 % à −2,4 % du PIB.

Une seule année de nouvelles données a donc déplacé le résultat de 2070 autant qu'une variante. Le COR le reconnaît lui-même : un seul scénario de référence « ne saurait suffire » à rendre compte des trajectoires possibles.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les variantes du COR modifient une hypothèse à la fois. Dans la réalité, plusieurs peuvent dévier ensemble, dans le même sens ou en sens contraire. L'Insee publie 27 scénarios combinés ; le COR n'en traduit en dépenses de retraite qu'une partie.

Les projections supposent aussi que les règles de retraite ne changent pas, alors que les paramètres sont régulièrement modifiés. Elles ne prévoient pas les comportements : les assurés pourraient épargner davantage ou partir plus tard si les pensions relatives baissaient.

Enfin, une part de PIB n'est pas un montant. Une hausse des dépenses rapportées au PIB peut venir d'un PIB plus faible, à pensions inchangées. Le lien entre démographie et financement est expliqué sur la page consacrée à la répartition.

Conclusion

Une projection à 2070 se lit comme un éventail, pas comme une date. Jusqu'en 2040, le vieillissement est connu ; au-delà, chaque hypothèse peut déplacer les dépenses d'environ un point de PIB. Le chiffre central sert de repère, et ses variantes disent ce qui reste incertain.

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