Capitalisation personnelle · Simulation
Temps partiel, chômage, congés : l'effet sur le capital
Publié le 5 octobre 2026
Cinq ans sans rien verser, entre 30 et 35 ans, et un capital de retraite perd 16 % à 65 ans. Les mêmes cinq ans pris entre 55 et 60 ans lui retirent près de deux fois moins. Une interruption coûte les versements manqués, plus tout ce qu'ils auraient rapporté jusqu'à la retraite.
Les carrières ont des creux : chômage, temps partiel, congés pour enfants. La retraite par répartition en compense une partie ; une capitalisation individuelle n'en compense aucun, sauf si quelqu'un verse à la place du salarié.
L’essentiel : Cinq ans sans versement entre 30 et 35 ans retirent 16,4 % d'un capital constitué à 100 € par mois de 25 à 65 ans, à 2,5 % de rendement réel ; les mêmes cinq ans entre 55 et 60 ans en retirent 8,8 %. La retraite par répartition, elle, valide des trimestres pendant le chômage indemnisé, la maladie ou la maternité, et la caisse d'allocations familiales cotise pour certains parents au foyer.
Cinq parcours pour un même salarié
Le point de départ est une carrière continue : 100 € versés chaque mois de 25 à 65 ans, soit 48 000 €. Quatre parcours s'en écartent. Le premier s'arrête cinq ans à 30 ans, le deuxième cinq ans à 55 ans. Le troisième passe à 80 % de 30 à 40 ans, le quatrième connaît deux ans de chômage à 50 ans.
Le versement suit le temps de travail : rien pendant un arrêt, 80 € par mois pendant le temps partiel. Personne ne verse à la place du salarié.
Source : calcul du blog, rendement réel de 2,5 % net de frais, euros constants.
Dans le scénario central, la carrière continue mène à 81 974 €. L'arrêt de cinq ans à 30 ans ramène le capital à 68 565 €, le même arrêt à 55 ans à 74 741 €. Le temps partiel donne 76 922 €, le chômage de deux ans 78 579 €.
Le tableau donne la perte par rapport à la carrière continue, dans les trois scénarios.
| Parcours | Défavorable, 0 % | Central, 2,5 % | Favorable, 4 % |
|---|---|---|---|
| Arrêt de 5 ans à 30 ans | −12,5 % | −16,4 % | −18,5 % |
| Arrêt de 5 ans à 55 ans | −12,5 % | −8,8 % | −6,9 % |
| 80 % de 30 à 40 ans | −5,0 % | −6,2 % | −6,7 % |
| Chômage de 2 ans à 50 ans | −5,0 % | −4,1 % | −3,6 % |
Le moment de l'arrêt compte autant que sa durée
Sans rendement, les deux arrêts de cinq ans coûtent la même chose : 6 000 € de versements, soit 12,5 % du capital. Dès que le placement rapporte, l'arrêt précoce coûte plus cher. À 4 %, il retire 18,5 % du capital, contre 6,9 % pour l'arrêt tardif.
La raison tient aux intérêts composés. À 2,5 % de rendement réel, un euro versé à 30 ans vaut 2,37 € à 65 ans ; un euro versé à 55 ans vaut 1,28 €. L'article sur le temps et le taux détaille ce mécanisme.
Le temps partiel suit la même logique, en plus doux. Dix ans à 80 % retirent l'équivalent de deux ans de versements, mais en début de carrière : la perte atteint 6,2 % dans le scénario central.
Rattraper reste possible, à un prix. Pour effacer l'arrêt de cinq ans à 30 ans, il faudrait verser environ 125 € par mois de 35 à 65 ans, au lieu de 100 €. Le total versé passerait à 51 041 €, soit 3 041 € de plus que la carrière continue.
Ce que fait la retraite par répartition
Le système public procède autrement. Selon l'Assurance retraite, il est « basé sur le principe de solidarité » : certaines périodes sans cotisation comptent pour la retraite.
Les règles sont précises. Un trimestre est validé tous les 50 jours de chômage indemnisé, dans la limite de quatre par an. La maladie en valide un tous les 60 jours d'indemnisation, la maternité un tous les 90 jours d'indemnités journalières.
Les enfants ouvrent aussi des droits. Jusqu'à huit trimestres supplémentaires sont accordés par enfant : quatre pour la maternité ou l'adoption, quatre pour l'éducation. Pour certains parents au foyer, la caisse d'allocations familiales cotise à l'assurance vieillesse des parents au foyer, sur la base du Smic selon le COR.
Les régimes complémentaires suivent. Le COR indique que l'Unédic finance en partie les droits Agirc-Arrco attribués pendant le chômage indemnisé. Pour le temps partiel, un trimestre se valide selon le salaire cotisé, et non selon la durée du travail.
Cette protection a des limites. Aucun salaire n'est reporté pour une période de chômage, et la pension du régime général se calcule sur les 25 meilleures années de revenus. Une interruption peut donc réduire le montant, prévient l'Assurance retraite. Le revenu de solidarité active, lui, ne valide aucun trimestre.
La logique d'ensemble est décrite dans la section du site consacrée à la répartition et la capitalisation.
Ce que mesure l'OCDE
L'OCDE a chiffré l'effet d'une interruption de cinq ans pour élever deux enfants, à partir de 30 ans, au salaire moyen. En moyenne dans ses pays membres, la pension baisse de 4,6 %, alors que la carrière est raccourcie d'environ 11 %. Selon l'OCDE, les systèmes obligatoires amortissent ainsi à peu près la moitié du choc.
En France, la baisse calculée par l'OCDE n'est que de 2,8 %. Elle atteint 7,1 % aux Pays-Bas et 11,2 % en Turquie, un pays où les mécanismes de compensation sont absents ou très faibles, selon l'organisation.
Pour un arrêt de cinq ans à 30 ans sans versement de remplacement, le calcul du blog donne une perte de 12,5 % à 18,5 %. Les hypothèses diffèrent, mais l'ordre de grandeur montre ce que la solidarité retire du choc.
Une capitalisation peut aussi compenser
Une épargne capitalisée peut recevoir des versements pendant les creux, à condition de le prévoir. En Suède, la pension de prime reçoit chaque année 2,5 % du revenu ouvrant droit à pension. Ce revenu comprend les allocations parentales et de chômage, et l'État compense alors les droits du salarié, selon l'autorité suédoise des pensions. Le fonctionnement de cette épargne est décrit dans le cas suédois.
L'OCDE cite six pays où l'État ou la sécurité sociale cotise au compte de retraite obligatoire des mères en congé. Ce sont l'Estonie, l'Islande, la Lettonie, la Pologne, la Slovaquie et la Suède. En Autriche, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, les employeurs cessent en général de cotiser pendant le congé maternité.
Le plan d'épargne retraite français ne prévoit pas de tels versements. La loi permet même de retirer l'épargne avant la retraite à l'expiration des droits à l'assurance chômage. Ce déblocage soulage le présent et réduit d'autant le capital futur.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le calcul suppose un rendement identique chaque année et un versement fixe en euros constants. En réalité, le salaire progresse souvent au cours de la carrière. Les versements tardifs pèsent alors davantage, et l'écart entre les deux arrêts se réduit.
Les chiffres de l'OCDE portent sur des cas types, au salaire moyen, selon les règles retenues dans son édition 2025. Ils ne disent rien d'une carrière à bas salaire ou d'une succession d'arrêts courts.
La répartition ne compense pas tout : une année de chômage valide des trimestres sans ajouter de revenu au calcul de la pension. Les scénarios ne sont pas des probabilités, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Conclusion
Dans une capitalisation individuelle, chaque mois sans versement manque deux fois : par la somme elle-même et par ce qu'elle aurait rapporté. Dans le scénario central, un arrêt de cinq ans à 30 ans coûte 16,4 % du capital, près de deux fois plus qu'à 55 ans. La répartition amortit une partie de ces creux par la solidarité. Une capitalisation peut le faire aussi, si quelqu'un verse à la place du salarié pendant l'interruption.
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