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Suisse : le taux de conversion en débat

Publié le 5 octobre 2026

En Suisse, un chiffre inscrit dans la loi fixe la rente minimale du deuxième pilier : 6,8 % de l'avoir de vieillesse chaque année, dès 65 ans. Les électeurs ont refusé de l'abaisser en 2010, en 2017 et en 2024. Pourtant, la plupart des assurés relèvent déjà de caisses qui appliquent un taux bien plus bas.

Ce taux concentre la question que pose toute capitalisation au moment de la retraite. Combien verser chaque année, et pendant combien de temps, à partir d'un capital donné ? Le décryptage suisse montre ce que le taux suppose, et pourquoi il résiste.

L’essentiel : Le taux de conversion minimal de 6,8 % suppose, selon l'administration fédérale, un rendement d'environ 5 % par an pendant toute la retraite, alors que l'espérance de vie d'un homme de 65 ans est passée de 14,9 à 20,7 ans depuis 1985. Les électeurs ont refusé de l'abaisser en 2010, 2017 et 2024, mais les caisses le contournent : elles prévoient d'appliquer en moyenne 5,17 % à l'ensemble de l'avoir.

Ce que fixe le taux de conversion

La loi sur la prévoyance professionnelle, la LPP, calcule la rente de vieillesse en pour-cent de l'avoir accumulé au départ à la retraite. Ce taux de conversion minimal s'élève à 6,8 % à 65 ans. Selon l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS), un avoir de 100 000 francs ouvre droit à 6 800 francs de rente par an.

La promesse va au-delà de l'assuré. Au décès d'un retraité, son conjoint survivant peut recevoir, sous conditions, une rente égale à 60 % de la sienne. La loi n'impose pas, en revanche, d'indexer les rentes de vieillesse : elles suivent les prix seulement si la caisse en a les moyens.

Ce minimum ne vaut que pour la partie obligatoire de l'avoir, décrite dans l'article consacré aux trois piliers suisses. Au-delà, chaque caisse fixe son propre taux.

Deux paramètres : la durée et le rendement

L'OFAS résume le calcul en deux paramètres. Le premier est la durée moyenne de versement de la rente, donc l'espérance de vie à 65 ans. Le second est le rendement promis sur le capital restant.

Selon l'OFAS, le taux de 6,8 % repose sur une promesse d'intérêts d'environ 5 % par an. Le taux de 6,0 %, proposé par la réforme de 2024, correspondait à environ 3,75 %.

La durée s'est allongée. Selon l'Office fédéral de la statistique, il restait en moyenne 14,9 années à vivre à un homme de 65 ans en 1985. C'était 18,1 années en 2005 et 20,7 en 2025. Pour une femme, ces durées sont passées de 19,0 à 21,6, puis à 23,2 années.

Espérance de vie à 65 ans en Suisse, en années
1015202519852005202520,7 ans23,2 ansHommesFemmes

Nombre moyen d'années restant à vivre à 65 ans. L'axe vertical commence à 10 ans, pas à zéro. Source : OFS, Espérance de vie de 1981 à 2025.

Plus la rente dure, plus le rendement nécessaire monte, rappelle l'OFAS. Or les taux ont baissé.

Les caisses évaluent leurs rentes en cours avec un taux d'intérêt technique. Selon l'OFAS, sa moyenne est passée de 3,05 % en 2013 à 1,72 % en 2022. Selon la CHS PP, elle était de 1,73 % fin 2025, quand l'obligation de la Confédération à dix ans rapportait 0,3 %.

Le Conseil fédéral résumait la situation dès 2020. Selon lui, le deuxième pilier affronte le « double défi » de l'espérance de vie qui s'allonge et du rendement insuffisant des placements. Promettre un rendement chaque année n'est pas l'obtenir en moyenne, comme le rappelle la page sur ce que vaut un rendement moyen.

Une baisse acquise, trois refus

À l'entrée en vigueur de la LPP, en 1985, le taux légal était de 7,2 %. La première révision de la loi l'a abaissé progressivement à 6,8 % entre 2005 et 2014. Le Conseil fédéral doit présenter un rapport sur le taux au moins tous les dix ans.

Les baisses suivantes ont toutes échoué devant le peuple. Le 7 mars 2010, une modification qui se limitait à abaisser le taux, sans compensation, a été rejetée par 72,73 % des votants. Le 24 septembre 2017, la réforme Prévoyance vieillesse 2020, qui touchait l'AVS et la LPP à la fois, a été refusée par 52,69 %.

Le 22 septembre 2024, la réforme LPP a été rejetée par 67,13 % des votants, avec une participation de 45,04 %. Elle abaissait le taux à 6,0 % et compensait la baisse par un salaire assuré plus élevé. Elle prévoyait aussi un supplément de rente, de 200 francs par mois au plus, pour les quinze générations les plus proches de la retraite.

Le contournement : le taux enveloppant

La plupart des assurés ont une couverture supérieure au minimum légal. Leur caisse peut alors appliquer un seul taux, dit enveloppant, à l'ensemble de leur avoir, obligatoire et surobligatoire. Ce taux est généralement inférieur à 6,8 %.

Une règle protège le minimum : la caisse doit vérifier, par un calcul appelé compte témoin, que la rente versée atteint au moins la rente légale. Celle-ci se calcule sur la seule part obligatoire. Selon la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle (CHS PP), cette part ne représentait que 37,3 % du capital des assurés actifs fin 2025. Ce chiffre porte sur les caisses sans garantie de l'État ni assurance complète.

Selon la CHS PP, les caisses ont appliqué en moyenne un taux de 5,22 % à 65 ans en 2025. Pour les départs dans cinq ans, les mêmes caisses sans garantie de l'État prévoient 5,17 %. Ce taux correspond à une promesse d'intérêts moyenne de 2,32 %, encore supérieure à leur taux technique de 1,73 %.

Rendement annuel promis selon le taux de conversion, en % (en %)
5Minimumlégal, 6,8 %3,75Réformerefusée, 6,0 %2,32Moyenne prévue descaisses, 5,17 %

Promesse d'intérêts implicite dans chaque taux de conversion, à 65 ans. Valeurs de l'OFAS arrondies (« environ »). Source : OFAS, fiche du 24 juin 2024 (6,8 % et 6,0 %) ; CHS PP, rapport 2025 (moyenne des caisses).

Qui paie l'écart

Le taux minimal pèse surtout sur les caisses qui assurent le minimum légal, ou à peine plus. Selon l'OFAS, elles financent alors les rentes en cours en créditant moins d'intérêts sur l'avoir des assurés actifs. Ces financements croisés réduisent la prévoyance des actifs, en particulier celle des plus jeunes.

Les assurés réagissent aussi. Selon l'OFAS, la baisse des taux réglementaires semble expliquer la hausse des retraits en capital, au détriment de la rente. Ce choix déplace le risque de vivre longtemps vers l'assuré lui-même, comme l'explique l'article sur la durée de vie au-delà de la moyenne.

Ce que ces chiffres ne disent pas

L'espérance de vie de l'OFS est calculée avec la mortalité d'une seule année. Les caisses utilisent de plus en plus des tables qui anticipent les progrès futurs : 74 % des engagements fin 2025, selon la CHS PP.

Les rendements de 5 % et de 3,75 % sont des ordres de grandeur donnés par l'OFAS, pas des calculs publiés en détail. Une moyenne de 5,17 % cache des écarts entre caisses, et ne dit rien de la rente de chacun, qui dépend aussi de son avoir.

Les montants sont en francs suisses. Une rente de vieillesse non indexée perd du pouvoir d'achat dès que les prix montent. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Conclusion

Le taux de conversion suisse fixe dans la loi un rendement promis pour des rentes qui durent de plus en plus longtemps. Trois votations ont refusé de le baisser, mais il ne s'applique plus qu'à une part minoritaire de l'épargne. Les caisses ont baissé leurs propres taux vers 5,2 %, et le débat porte désormais sur ceux qui restent liés au minimum légal.

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