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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation personnelle · Explication

Vivre plus longtemps que son capital

Publié le 5 octobre 2026

À 60 ans, une femme a devant elle 27,9 années en moyenne, selon l'Insee. Selon la mortalité de 2025, près d'une sur deux atteindrait pourtant 90 ans, et près d'une sur quatre 95 ans. L'espérance de vie est une moyenne, et presque personne ne vit exactement la moyenne.

Pour qui consomme un capital à la retraite, cet écart crée le risque de longévité : vivre plus longtemps que l'argent censé durer jusqu'au bout.

L’essentiel : Selon la mortalité observée en 2025, une femme de 60 ans a 48 % de chances d'atteindre 90 ans et un homme 31 % ; plus d'une personne sur deux vit au-delà de son espérance de vie. Un capital consommé sur cette durée moyenne s'épuise donc trop tôt pour la majorité, un risque que la rente viagère mutualise, au prix d'un coût.

Une moyenne qui cache une dispersion

L'espérance de vie à 60 ans est le nombre moyen d'années restant à vivre, selon la mortalité d'une année donnée. En 2025, elle était de 23,9 ans pour les hommes et de 27,9 ans pour les femmes. C'est l'un des indicateurs du débat présentés dans les chiffres à comprendre.

Une moyenne ne dit rien de l'écart autour d'elle. Pour le mesurer, l'Insee publie une table des survivants : sur 100 000 nouveau-nés, combien atteignent chaque âge, selon la mortalité de l'année. Le blog en tire la probabilité, pour une personne de 60 ans, d'atteindre 85, 90 ou 95 ans.

Probabilité d'atteindre un âge donné pour une personne de 60 ans (en %)
68,651,785 ans48,431,290 ans23,71295 ansFemmesHommes

Source : calcul du blog d'après la table des survivants de l'Insee, mortalité de 2025 (résultats provisoires).

Une femme de 60 ans a 68,6 % de chances d'atteindre 85 ans, 48,4 % d'atteindre 90 ans et 23,7 % d'atteindre 95 ans. Pour un homme, ces probabilités sont de 51,7 %, 31,2 % et 12,0 %.

Autrement dit, sur cent femmes de 60 ans, près de vingt-quatre fêteraient leurs 95 ans si la mortalité restait celle de 2025. Sur cent hommes, douze.

Un retrait calé sur la moyenne

Le blog a déjà converti un capital de 100 000 € en revenu, dans l'article un capital n'est pas un revenu. Avec un rendement réel de 2,5 %, un retrait programmé sur l'espérance de vie verse 461 € par mois à un homme de 60 ans. Une femme du même âge reçoit 413 €.

Ce retrait s'arrête à l'âge moyen de décès : vers 84 ans pour l'homme, vers 88 ans pour la femme. Or, selon la même table, 55,3 % des hommes de 60 ans atteindraient 84 ans, et 57,3 % des femmes 88 ans.

Plus d'une personne sur deux survit donc à son capital. Et pas de peu : à 84 ans, un homme a encore 7,3 ans à vivre en moyenne ; à 88 ans, une femme, 6,4 ans.

Le paradoxe n'est qu'apparent. Les décès précoces tirent la moyenne vers le bas, si bien que la majorité vit plus longtemps qu'elle.

Le capital ne disparaît pas d'un coup. Dans le scénario central, il en reste 44 311 € à 75 ans pour l'homme, puis 20 670 € à 80 ans. Pour la femme, il en reste 35 649 € à 80 ans, puis 13 951 € à 85 ans.

Se couvrir seul coûte cher

Pour ne pas manquer, on peut retirer moins et viser un horizon plus lointain. Un retrait programmé jusqu'à 95 ans, soit 35 ans de retraits, verse 355 € par mois dans le scénario central. C'est 23 % de moins que les 461 € calculés sur l'espérance de vie d'un homme, et 14 % de moins que les 413 € d'une femme.

Selon le scénario, ce retrait jusqu'à 95 ans va de 238 € par mois sans rendement réel à 437 € à 4 %. La prudence a un prix certain, alors que le risque qu'elle couvre reste incertain.

Elle ne suffit d'ailleurs pas toujours : 23,7 % des femmes et 12,0 % des hommes de 60 ans dépasseraient encore 95 ans. À l'inverse, ceux qui décèdent tôt laissent un capital qu'ils auraient pu dépenser.

Un État peut, lui, ne dépenser que le rendement d'un fonds et le faire durer sans limite. C'est ce que montre l'article dépenser le revenu, pas le capital. Une personne seule ne dispose pas de ce temps infini : elle doit choisir un horizon.

La mutualisation par la rente

La rente viagère règle le problème autrement. L'épargnant cède son capital à un assureur, qui lui verse un revenu jusqu'au décès, quelle que soit sa date. Ceux qui décèdent tôt financent ceux qui vivent longtemps.

L'assureur n'a pas besoin de prévoir le cas le plus long pour chacun. Il lui suffit d'estimer la durée moyenne de l'ensemble de ses rentiers, bien plus prévisible qu'une vie isolée.

Cette garantie a un coût. Dans ses projections, l'OCDE applique un facteur de conversion de 90 %, pour les frais et le coût de la rente. Appliqué au retrait central calculé sur l'espérance de vie d'une femme, il donne un repère d'environ 371 € par mois, versés à vie.

Revenu mensuel tiré de 100 000 € à 60 ans, selon la règle de sortie
Retrait sur l'espérance de vie d'un homme, jusqu'à 84 ans461 €Retrait sur l'espérance de vie d'une femme, jusqu'à 88 ans413 €Repère de rente viagère, versée à vie371 €Retrait jusqu'à 95 ans355 €

Source : calcul du blog, scénario central à 2,5 % de rendement réel, euros constants ; espérance de vie à 60 ans en 2025 : Insee.

Le repère de rente dépasse les 355 € d'un retrait programmé jusqu'à 95 ans, et il continue au-delà. Selon le scénario, il va de 269 € à 441 € par mois. C'est un ordre de grandeur : le tarif d'un assureur peut s'en écarter.

Le repère retient l'horizon le plus long, celui des femmes. Dans l'Union européenne, rappelle l'OCDE, les régimes privés ne peuvent pas distinguer hommes et femmes pour calculer une rente. Le même capital donne donc la même rente aux deux.

La rente a d'autres contreparties. Rien ne revient aux héritiers, sauf si une réversion a été prévue. Et son pouvoir d'achat dépend de la façon dont elle est revalorisée.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les probabilités sont calculées sur la mortalité observée en 2025, une seule année. Elles ignorent les progrès futurs : une personne de 60 ans aujourd'hui vivra probablement plus longtemps que ne l'indique la table. Les chances d'atteindre 90 ou 95 ans sont donc plutôt sous-estimées.

Ce sont aussi des moyennes nationales. L'espérance de vie varie selon le niveau de vie : l'Insee constate que l'écart entre personnes modestes et aisées s'est accru entre 2012-2016 et 2020-2024.

Le rendement est supposé constant. Une baisse des marchés au début des retraits raccourcirait la durée du capital. La fiscalité n'est pas prise en compte.

Le repère de rente ne remplace pas un devis : les tarifs dépendent de l'assureur, des garanties et des taux du moment. Et la mutualisation n'efface pas tout : l'assureur garde le risque que tous ses rentiers vivent plus longtemps que prévu.

Conclusion

L'espérance de vie dit combien de temps on vit en moyenne, pas combien de temps il faut prévoir. Un capital consommé sur cette durée s'épuise avant le décès pour plus d'une personne sur deux. Se couvrir seul oblige à viser loin et à retirer moins. La rente répartit le risque entre tous, au prix d'un coût et de la transmission.

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