Risques et conditions de réussite · Explication
Volatilité : ce que change la durée
Publié le 5 octobre 2026
En 2008, les actions américaines ont perdu 39 % de leur valeur, une fois l'inflation déduite. Pourtant, sur n'importe quelle période de trente ans depuis 1871, elles ont rapporté au moins 3,3 % par an en pouvoir d'achat. Les deux constats sont vrais en même temps.
Pour une retraite par capitalisation, reste à mesurer ce que la durée change à ce risque, et ce qu'elle ne change pas.
L’essentiel : Depuis 1871, les actions américaines ont perdu de l'argent, après inflation, une année sur trois, jusqu'à −39 % en 2008. Sur trente ans, aucune période n'a été négative, mais l'éventail reste large : un dollar est devenu entre 2,6 et 19,5 dollars en pouvoir d'achat selon la période.
Ce que mesure la volatilité
La volatilité mesure l'ampleur des variations d'un placement autour de sa moyenne. Un livret dont le taux bouge peu est peu volatil. Un placement en actions, dont la valeur peut gagner 30 % une année et en perdre 20 % la suivante, l'est beaucoup.
On l'exprime souvent par un écart-type annuel. Le fonds norvégien, investi à environ 70 % en actions, affiche par exemple un écart-type de 8,3 % depuis 1998, selon son rapport annuel 2025. Son rendement moyen de 6,6 % par an est donc une moyenne autour de laquelle les années s'écartent fortement. C'est ce que montre l'étude de cas du fonds norvégien, qui a perdu 1 637 milliards de couronnes en 2022.
La volatilité mesure une incertitude sur le chemin. Elle ne devient une perte que si l'on doit vendre au mauvais moment.
Ce que montrent 154 ans d'actions américaines
Les données réunies par l'économiste Robert Shiller couvrent le marché américain depuis 1871. Elles permettent de calculer le rendement réel, dividendes réinvestis, de chaque période possible : chaque année, chaque décennie, chaque tranche de trente ans. Le calcul ci-dessous part de décembre et arrive en décembre, de 1871 à 2025.
| Durée de la période | Nombre de périodes | Pire | Médiane | Meilleure | Périodes négatives |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 an | 154 | −39,3 % (2008) | +10,1 % | +53,2 % (1933) | 31 % |
| 10 ans | 145 | −4,2 % par an | +7,1 % par an | +17,4 % par an | 10 % |
| 20 ans | 135 | +0,5 % par an | +6,8 % par an | +13,1 % par an | aucune |
| 30 ans | 125 | +3,3 % par an | +6,8 % par an | +10,4 % par an | aucune |
Sur un an, l'éventail va de −39 % à +53 %, et près d'une année sur trois est négative. Sur dix ans, une période sur dix perd encore de l'argent. À partir de vingt ans, aucune période n'a été négative, et le pire rendement sur trente ans atteint 3,3 % par an.
Pourquoi la durée resserre l'éventail
Sur une longue période, les bonnes et les mauvaises années se compensent en partie. Une chute de 39 % pèse lourd sur un an ; noyée dans trente ans, elle ne représente plus qu'une année sur trente. Le rendement annuel moyen se rapproche alors de la tendance de long terme, autour de 7 % par an en réel pour ce marché.
Le site illustre cette idée avec la différence entre une moyenne et un rendement annuel. Un rendement moyen se constate après coup ; il ne se produit jamais chaque année.
Ce que la durée ne resserre pas
Le resserrement concerne le rendement moyen par an. Il ne concerne pas le capital final. Sur trente ans, l'écart entre 3,3 % et 10,4 % par an paraît modeste ; composé trente fois, il devient considérable.
Source : calcul du blog d'après les données de Robert Shiller, décembre 1871 – décembre 2025.
Selon la période, le même placement a multiplié le pouvoir d'achat par 2,6 ou par 19,5. À la médiane des 125 périodes, le multiple est de 7,1. La durée transforme donc le risque de perdre en risque de gagner beaucoup moins que prévu. C'est le mécanisme des intérêts composés, qui amplifie les écarts de rendement autant qu'il amplifie le rendement.
Le risque du calendrier
Les chiffres précédents supposent une somme placée en une fois et laissée trente ans. Une retraite ne se construit pas ainsi. On verse chaque mois, puis on retire chaque mois.
Or une même chute ne pèse pas pareil selon le moment. En début de carrière, le capital est petit : une baisse de 30 % touche peu d'argent, et les versements suivants achètent moins cher. Juste avant ou juste après le départ, le capital est à son maximum et le temps de récupération est court. La même baisse peut alors réduire durablement le revenu de retraite.
C'est pourquoi beaucoup de dispositifs réduisent progressivement la part d'actions à l'approche de la retraite. Ce risque de calendrier figure parmi les six risques majeurs de la capitalisation.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le marché américain a été l'un des plus performants du XXe siècle. Tous les marchés n'ont pas connu la même trajectoire. Dans un pays dont la bourse a été fermée ou ruinée par une guerre, un épargnant aurait obtenu bien pire. S'appuyer sur ce seul marché flatte le résultat.
Les périodes se chevauchent. Les 125 périodes de trente ans partagent l'essentiel de leurs années : entre 1871 et 2025, il n'existe que cinq périodes de trente ans entièrement distinctes. L'absence de période négative repose donc sur peu d'observations indépendantes.
Les calculs sont faits en dollars, corrigés de l'inflation américaine, sans frais ni impôts. Un épargnant français subirait aussi le change, des frais et une fiscalité. Enfin, les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Conclusion
La durée change la nature du risque de marché. Sur un an, il se mesure à la perte possible ; sur trente ans, à l'écart entre des résultats tous positifs depuis 1871. Sur 154 ans de données américaines, aucune période de vingt ans ou plus n'a perdu de pouvoir d'achat. Mais l'écart entre la pire et la meilleure période reste énorme, et personne ne choisit la sienne.
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