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Risques et conditions de réussite · Comparaison

Hommes et femmes : l'écart de capital

Publié le 5 octobre 2026

Fin 2024, la pension de droit direct des retraitées est inférieure de 36 % à celle des retraités, selon la Drees. L'écart vient surtout de la vie active, avec des carrières plus courtes et des salaires plus bas. La retraite par répartition en corrige une partie, par des droits accordés au titre des enfants et du conjoint.

Une épargne retraite proportionnelle au salaire n'aurait pas ces corrections, sauf à les prévoir. Comparer les deux logiques montre quels mécanismes corrigent l'écart dans chacune.

L’essentiel : Fin 2024, la pension de droit direct des femmes est inférieure de 36 % à celle des hommes, et de 25 % une fois la réversion comptée ; en 2020, les droits familiaux représentaient 12,4 % de la pension de droit direct des femmes. Une capitalisation qui placerait un pourcentage du salaire transmettrait l'écart de revenus de toute la carrière sans ces corrections, sauf si l'État ou l'employeur cotise pendant les interruptions.

Un écart qui se réduit au fil des générations

La Drees suit l'écart de pension de droit direct, majoration pour enfants comprise, génération par génération.

Écart de pension de droit direct entre femmes et hommes, selon l'année de naissance (en %)
57Nés en 193040Nés en 194629Nés en 1956

Retraités résidant en France ; pension des femmes inférieure à celle des hommes de ce pourcentage. Source : Drees, Les retraités et les retraites, édition 2025, fiche 06.

L'écart atteint 57 % pour les retraités nés en 1930, 40 % pour ceux nés en 1946 et 29 % pour la génération 1956. La Drees explique ce recul par la hausse de la qualification des femmes et l'allongement de leur carrière. Elle cite aussi les trimestres accordés depuis les années 1970 pour la maternité et l'éducation des enfants.

Le COR suit un indicateur voisin. Pour la génération 1957, la pension moyenne de droit direct des femmes atteint 72,1 % de celle des hommes, hors majorations et réversion. Selon ses projections, elle atteindrait 87,1 % pour la génération 1987, majorations comprises. L'écart ne disparaîtrait pas, parce que les écarts de salaire subsisteraient.

Ces écarts portent sur des moyennes, que l'article pension moyenne ou médiane aide à lire.

Le point de départ : les revenus

Une pension proportionnelle aux revenus hérite d'abord de leurs écarts. Selon l'Insee, le revenu salarial moyen des femmes du secteur privé est inférieur de 21,8 % à celui des hommes en 2024. Il atteint 22 060 € par an, contre 28 220 €.

Cet écart combine deux effets. À temps de travail identique, le salaire des femmes reste inférieur de 14,0 %. Leur volume de travail annuel est aussi inférieur de 9,1 % : en 2025, 26,6 % des femmes en emploi travaillent à temps partiel, contre 9,2 % des hommes.

Les enfants creusent l'écart. En 2022, le revenu salarial des mères est inférieur de 29,9 % à celui des pères. L'écart atteint 40,9 % pour les parents de trois enfants ou plus.

L'OCDE mesure l'écart sur toute la vie active. En moyenne dans ses pays membres, les femmes peuvent s'attendre à gagner environ 35 % de moins que les hommes sur leur carrière. L'organisation note que cet écart dépasse nettement celui des pensions : les systèmes de retraite ne transmettent pas toutes les inégalités de revenus.

Ce que la répartition corrige

Le COR a chiffré les droits familiaux, des trimestres accordés pour les enfants jusqu'aux majorations de pension des parents de trois enfants. En 2020, ils représentent 12,4 % des pensions de droit direct des femmes. Ils portent le rapport entre la pension moyenne des femmes et celle des hommes de 57,4 % à 62,8 %.

L'assurance vieillesse des parents au foyer compte beaucoup. Selon le COR, plus d'une femme sur deux née entre 1954 et le début des années 1980 en a bénéficié. C'est le cas d'environ un homme sur dix. La réversion réduit encore l'écart : fin 2024, il passe de 36 % à 25 % une fois celle-ci comptée.

L'OCDE a simulé le cas d'une mère de deux enfants qui s'arrête cinq ans, au salaire moyen. En France, sa pension dépasse de 3,3 % celle d'une femme sans enfant à carrière complète. En moyenne dans les pays de l'OCDE, elle reste inférieure de 3,6 %.

Ce que ferait une capitalisation proportionnelle au salaire

Supposons une capitalisation où chacun place chaque mois le même pourcentage de son salaire, au même rendement. Le capital reproduit alors l'écart cumulé de revenus, sans aucune correction. Les interruptions au moment des naissances pèsent même davantage, parce qu'elles privent l'épargne de ses années de placement les plus longues. Le mécanisme est détaillé dans le temps vaut plus que le taux.

L'épargne retraite existante montre déjà cet écart. Selon la Drees, les femmes représentaient en 2023 44 % des adhérents à un contrat de retraite supplémentaire, contre 49 % de la population active. Elles ne pesaient que 39 % des adhérents aux plans d'épargne retraite d'entreprise collectifs ou aux Perco. L'article qui peut vraiment capitaliser décrit les autres inégalités d'accès.

Une règle joue en sens contraire. Dans l'Union européenne, rappelle l'OCDE, les retraites privées ne peuvent pas tenir compte de la longévité plus élevée des femmes. Le même capital donne donc la même rente aux femmes et aux hommes. Hors de l'Union, les régimes à cotisations définies leur versent au contraire moins chaque mois.

L'OCDE relève enfin que les femmes choisissent plus souvent des placements prudents, ce qui peut réduire leur rendement moyen sur la durée. Dans une capitalisation, ce choix de placement s'ajoute à l'écart de versements.

Ce qu'une capitalisation pourrait prévoir

Les corrections existent ailleurs. En Suède, la pension de prime, placée en fonds, reçoit 2,5 % du revenu ouvrant droit à pension, allocations parentales comprises. Pendant un congé parental, l'État compense les droits à pension, selon l'autorité suédoise des pensions. Des versements supplémentaires sont aussi accordés pendant les quatre premières années de l'enfant.

L'OCDE cite aussi des pays où l'État cotise au compte de retraite des mères en congé, comme l'Estonie, la Lettonie ou la Pologne. Au Chili, en Allemagne et en Lituanie, les mères reçoivent des aides publiques sur leur plan selon le nombre d'enfants. L'organisation juge que ces aides devraient être plafonnées ou forfaitaires pour limiter les inégalités à la retraite.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Une pension ne mesure pas un niveau de vie.

Selon le COR, le niveau de vie moyen des femmes retraitées atteint 98 % de celui de toute la population en 2023. Celui des hommes retraités atteint 103 %. La vie en couple réduit les écarts. Les retraitées divorcées ont en revanche un niveau de vie inférieur de 26 % à celui des retraités en couple.

Les écarts de revenus cités par l'Insee portent sur le secteur privé. Les simulations de l'OCDE reposent sur des cas types, au salaire moyen.

Enfin, la capitalisation décrite ici est un schéma de raisonnement, pas un dispositif existant ou proposé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Conclusion

L'écart de pension entre femmes et hommes se réduit, mais il reste de 36 % sur les droits directs fin 2024. La répartition en efface une partie par les droits familiaux et la réversion. Une capitalisation proportionnelle au salaire transmettrait l'écart de revenus de toute la carrière, et pèserait plus lourd sur les interruptions précoces. Elle ne le corrigerait que si l'État ou l'employeur cotise pendant les creux, comme le font déjà plusieurs pays.

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