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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Risques et conditions de réussite · Explication

Concentration et biais domestique

Publié le 5 octobre 2026

Les placements des ménages français confiés aux banques, aux assureurs et aux fonds sont investis à 58 % en France. Dans l'indice mondial MSCI World, la France pèse 2,24 %. L'écart entre les deux chiffres porte un nom : le biais domestique.

Pour une épargne retraite, il pose une question de risque. Un capital trop concentré, sur un pays ou sur quelques entreprises, dépend de peu de choses, et parfois des mêmes que le salaire de l'épargnant.

L’essentiel : Les épargnants placent d'abord chez eux : les placements des ménages français confiés aux banques, assureurs et fonds sont investis à 58 % en France, alors que la France pèse 2,24 % de l'indice MSCI World. Un indice n'élimine pas pour autant la concentration : les dix premières valeurs font 60,36 % du CAC 40, et les États-Unis 72,94 % du MSCI World.

Le biais domestique, mesuré

La direction générale du Trésor a retracé ce que finance l'épargne des ménages. Fin juin 2025, leurs placements auprès des institutions financières atteignaient 4 770 milliards d'euros. Ils étaient investis à 58 % en France, à 19 % dans le reste de la zone euro et à 23 % hors de la zone euro.

Ces placements comprennent des prêts bancaires, des obligations et des actions : ils ne se comparent pas directement au poids d'un pays dans un indice d'actions. Le Trésor qualifie pourtant ce penchant de biais domestique, qui « met en défaut la théorie de diversification des portefeuilles ». Selon lui, ce biais peut s'expliquer par des risques politiques, un manque d'information sur les autres pays ou les imperfections du marché international des titres.

Les fonds de pension n'y échappent pas, à des degrés très divers. L'OCDE publie la part de leurs placements investie à l'étranger fin 2024.

Part des placements des fonds de pension investie à l'étranger, fin 2024
Pays-Bas87,6 %Canada50,1 %Danemark43,1 %Suisse39,8 %Royaume-Uni27,1 %Japon23,4 %Norvège19,9 %Pologne11,2 %Turquie3,5 %

Fournisseurs de retraite par capitalisation de chaque pays. La France ne figure pas dans la série. Source : OCDE, Pension Markets in Focus 2025, figure 2.4.

Les fonds néerlandais placent 87,6 % de leurs actifs hors des Pays-Bas, les fonds canadiens 50,1 % et les fonds danois 43,1 %. La part tombe à 39,8 % en Suisse, 27,1 % au Royaume-Uni et 23,4 % au Japon. Elle n'est que de 19,9 % pour les fonds de pension norvégiens, hors fonds souverain, 11,2 % en Pologne et 3,5 % en Turquie.

Pourquoi le biais domestique pèse sur une retraite

Un salarié dépend déjà de l'économie de son pays par son emploi. Une épargne placée dans le même pays ajoute une seconde dépendance au même risque. C'est le même raisonnement que pour l'épargne placée chez l'employeur, décrit dans quand l'employeur fait faillite, appliqué à toute une économie.

L'OCDE en donne une illustration. En 2024, les fonds de pension lettons, investis surtout à l'étranger, ont obtenu de bons résultats malgré la faiblesse de leur marché local. L'organisation note aussi des appels à investir davantage dans son pays, pour soutenir l'économie locale.

Investir à l'étranger a toutefois un coût propre. Les gains dépendent alors aussi des taux de change, rappelle l'OCDE. Un fonds de la zone euro qui investit dans un autre pays de la zone euro limite ce risque de change.

La concentration d'un indice national

Le biais domestique se double souvent d'une concentration sur quelques entreprises. Le CAC 40 regroupe les 40 plus grandes valeurs de la Bourse de Paris, pondérées par leur capitalisation.

Au 30 juin 2026, selon Euronext, ses dix premières valeurs représentaient 60,36 % de l'indice. La plus importante, Schneider Electric, pesait à elle seule 8,79 %. Suivaient TotalEnergies avec 7,45 %, LVMH avec 6,46 % et Airbus avec 6,17 %. Un épargnant qui détient le CAC 40 détient bien 40 entreprises, mais six dixièmes de son placement dépendent de dix d'entre elles.

La concentration d'un indice mondial

Un indice mondial répartit l'épargne sur bien plus d'entreprises, sans échapper à toute concentration. Au 30 septembre 2026, le MSCI World comptait 1 249 valeurs de 23 pays développés.

Ses dix premières valeurs pesaient pourtant 27,85 % de l'indice, dont 5,81 % pour la seule NVIDIA, 5,41 % pour Apple et 4,00 % pour Microsoft. Les technologies de l'information représentaient 31,78 %. Surtout, les États-Unis comptaient pour 72,94 %, loin devant le Japon à 5,91 %.

L'indice MSCI ACWI, qui ajoute les pays émergents, compte 2 414 valeurs. Les États-Unis y pèsent 64,21 % et les dix premières valeurs 25,40 %. Un indice pondéré par la capitalisation suit le marché tel qu'il est : quand quelques entreprises grossissent, leur poids grossit avec elles.

Ce que font les grands fonds publics

Les fonds publics de long terme choisissent explicitement leur répartition. Fin 2025, le fonds souverain norvégien était investi dans 7 201 entreprises et 68 pays. Les États-Unis représentaient 52,9 % de ses placements, la France 3,4 %.

Ce choix passe par un indice de référence fixé par son propriétaire, comme le montre l'article qui décide des placements d'un fonds public. Le fonds par défaut suédois suit la même logique d'un portefeuille mondial, décrite dans le cas suédois.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les chiffres du Trésor portent sur l'épargne confiée aux institutions financières, prêts bancaires compris, et pas sur les seules actions. Le Trésor précise que l'information est lacunaire sur les placements détenus en direct par les ménages.

Les poids des indices changent chaque mois, avec les cours. La part d'un pays dans un indice mondial mesure la taille de sa bourse, pas celle de son économie ni son rendement futur.

Une concentration n'annonce pas une perte. Dans un indice pondéré par la capitalisation, une entreprise pèse lourd parce que sa valeur boursière est élevée. Ce poids ne dit rien de son évolution future. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Conclusion

Les ménages français placent d'abord en France. Les indices concentrent aussi : dix valeurs font six dixièmes du CAC 40, et un seul pays près des trois quarts du MSCI World. Pour une épargne de plusieurs décennies, la question utile est de savoir de combien d'économies et d'entreprises elle dépend vraiment.

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