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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation d'État · Comparaison

Investir chez soi ou à l'étranger ?

Publié le 5 octobre 2026

Le fonds souverain norvégien n'achète aucune action norvégienne. Le fonds de réserve français place près d'un tiers de ses actifs en France. Entre ces deux extrêmes, chaque fonds public a dû répondre à la même question : où investir l'argent des retraites futures ?

Le choix pèse sur le risque. Un fonds placé dans son propre pays dépend de l'économie qui devra aussi financer les pensions, au moment où elles seront dues.

L’essentiel : La part investie dans le pays du fonds va de zéro pour le fonds souverain norvégien à 85 % de l'indice de référence de son fonds domestique, en passant par 12 % pour le fonds canadien et 32 % pour le FRR. Investir chez soi soutient l'économie nationale mais concentre le risque sur le pays qui devra aussi payer les retraites.

Deux arguments opposés

Le premier argument est la diversification. Un pays ne représente qu'une petite part des marchés mondiaux. Selon le gouvernement suédois, les actions suédoises pèsent un peu moins de 1 % du marché mondial. Selon le gestionnaire néo-zélandais, la bourse de son pays en représente environ 0,12 %.

Le second argument est le soutien à l'économie nationale. Un fonds qui investit chez lui finance des entreprises, des infrastructures ou des emplois locaux. Il connaît aussi mieux ces marchés, et évite les coûts de change.

Entre les deux se trouve un risque de concentration. Si l'économie nationale traverse une crise, les cotisations baissent, les déficits montent, et les actifs du fonds perdent de la valeur en même temps.

La Norvège : tout à l'étranger, ou presque tout chez soi

La Norvège a créé deux fonds aux choix opposés. Pour le fonds souverain, il a été décidé qu'il investirait uniquement à l'étranger, selon son gestionnaire. Les revenus pétroliers devaient être utilisés avec prudence, pour éviter des déséquilibres dans l'économie norvégienne. Fin 2025, le fonds était investi dans 68 pays et 41 devises.

L'autre fonds, géré par Folketrygdfondet, investit dans le pays. Son indice de référence, fixé par le ministère des Finances, compte 60 % d'actions et 40 % d'obligations. Il se répartit à 85 % en Norvège et à 15 % au Danemark, en Suède et en Finlande.

Fin 2025, ce fonds détenait 271 milliards de couronnes d'actions et 145 milliards d'obligations. Folketrygdfondet possédait, avec un second fonds qu'il gère, 5,7 % de la valeur des actions cotées à la bourse d'Oslo. Le fonds souverain, présenté dans l'étude de cas du fonds norvégien, est environ cinquante fois plus gros.

Le Canada et la Nouvelle-Zélande : une petite part chez soi

Le fonds du régime public canadien, CPP Investments, investit surtout à l'étranger. Au 30 juin 2026, il détenait 100,4 milliards de dollars canadiens au Canada, soit 12 % de ses actifs. Les États-Unis en représentaient 51 %, l'Asie-Pacifique 17 %, l'Europe 16 % et l'Amérique latine 4 %.

Le fonds néo-zélandais suit la même pente. Ses placements dans le pays représentaient 11 % du fonds fin juin 2025, contre 18 % en 2009. Selon son gestionnaire, cette baisse reflète la croissance plus rapide des marchés mondiaux et la petite taille du marché néo-zélandais.

La Suède : un penchant assumé

Fin 2025, les fonds tampons du système suédois, AP1 à AP4, détenaient davantage d'actions suédoises que leur poids mondial. Selon le gouvernement, elles représentaient 14,6 % de leurs portefeuilles, contre un peu moins de 1 % du marché mondial. Ensemble, ces fonds possédaient environ 2,4 % des actions cotées en Suède.

Le fonds AP4 justifie ce choix dans son rapport annuel. Il attend de la Suède un rendement plus élevé que celui de nombreux autres marchés et y voit des occasions de battre son indice. Il évite aussi des frais de couverture de change. Fin 2025, ses actions suédoises pesaient 15 % de son portefeuille, et ses obligations suédoises 9 %.

Le fonds par défaut de l'épargne individuelle, AP7, fait l'inverse. Selon l'évaluation externe annexée au rapport du gouvernement, son fonds d'actions ne détenait qu'environ 0,7 % d'actions suédoises en 2025. Il suit la répartition du marché mondial, sans surpondérer la Suède. La même évaluation relève qu'un marché domestique commun accroît le risque de concentration des fonds AP1 à AP4 dans l'immobilier et les infrastructures suédois.

La France : un tiers dans le pays

Les fonds publics français investissent nettement plus chez eux. Le Fonds de réserve pour les retraites place 32 % de ses actifs en France, selon son rapport annuel 2025. La part atteint 80 % pour ses actifs non cotés. Il revendique un soutien affirmé à l'économie française et aux enjeux de souveraineté.

L'Erafp, qui gère la retraite additionnelle des fonctionnaires, finançait fin 2025 l'économie française à hauteur de 18 milliards d'euros, près de 33 % de son actif. Avec 25 milliards investis ailleurs en Europe, 80 % de ses actifs étaient placés en Europe. Son portefeuille est décrit dans l'article Erafp : la retraite capitalisée des fonctionnaires.

Les réserves de l'Agirc-Arrco sont investies à 90 % en Europe, selon le régime. Elles servent à garantir les pensions complémentaires des salariés du privé.

Part investie dans le pays du fonds, en pourcentage
Fonds souverain norvégien, actifs0 %AP7, fonds d'actions, actions suédoises0,7 %Fonds néo-zélandais, actifs11 %CPP Investments, actifs12 %AP1 à AP4, actions suédoises14,6 %FRR, actifs32 %Erafp, actifs33 %Fonds domestique norvégien, indice85 %

Mesures différentes : part des actifs, part des actions détenues ou indice de référence, selon le fonds. Source : rapports et sites des fonds, gouvernement suédois ; dates de 2025 et 2026.

Quand le soutien devient une mission

Le soutien à l'économie nationale peut aussi prendre la place de la mission de retraite. En Irlande, une loi de 2014 a transféré les actifs du fonds de réserve des pensions à un nouveau fonds. Celui-ci doit investir sur une base commerciale, de façon à soutenir l'activité et l'emploi dans le pays.

Le fonds de réserve des pensions a ainsi laissé la place à un fonds d'investissement stratégique. Cette histoire, et celle d'autres fonds réorientés, est retracée dans l'article protéger un fonds des tentations politiques. Le site présente aussi le cas suédois dans sa page consacrée aux pays qui capitalisent.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les parts comparées ne mesurent pas la même chose. Certaines portent sur l'ensemble des actifs, d'autres sur les seules actions ou sur un indice de référence. Les dates diffèrent aussi, de fin 2025 à mi-2026.

Une part domestique faible ne signifie pas que le fonds ignore son pays. Une part élevée ne prouve pas non plus qu'il soutient l'économie davantage qu'un autre investisseur ne l'aurait fait. Ces chiffres ne disent rien du rendement obtenu grâce à ces choix.

Le poids d'un pays dans les marchés mondiaux dépend enfin de la taille de sa bourse. Un tiers d'actifs nationaux n'a pas le même sens pour un grand marché et pour un petit.

Conclusion

Les fonds publics se répartissent entre deux pôles. Les uns investissent hors du pays pour ne pas lier les retraites à une seule économie, les autres chez eux pour la soutenir. La Norvège pratique les deux, avec deux fonds distincts. La France penche nettement vers le second, avec environ un tiers des actifs du FRR et de l'Erafp placé dans le pays.

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