Capitalisation en France · Étude de cas
Erafp : la retraite capitalisée des fonctionnaires
Publié le 5 octobre 2026
La France a un fonds de pension public, et il appartient aux fonctionnaires. Depuis 2005, chaque fonctionnaire cotise sur ses primes à un régime qui place l'argent sur les marchés. Vingt ans plus tard, ce régime gère plus de 50 milliards d'euros.
Selon l'Erafp, qui le gère, c'est le seul fonds de pension public français. Son fonctionnement montre ce que donne la capitalisation quand elle est collective, encadrée et pilotée dans la durée.
L’essentiel : Créé en 2005, le RAFP place les cotisations prélevées sur les primes des fonctionnaires : il gérait 53,6 milliards d'euros fin 2025, selon son rapport annuel. Son portefeuille a rapporté 4,7 % par an depuis l'origine, avant inflation, et ses actifs couvraient 146,3 % de ses engagements en valeur économique.
Un régime né d'une réforme
Le régime a été créé par l'article 76 de la loi du 21 août 2003 portant réforme des retraites. Un décret du 18 juin 2004 lui a donné son nom : retraite additionnelle de la fonction publique, ou RAFP. Il fonctionne depuis 2005 et couvre les fonctionnaires de l'État, des collectivités territoriales et des hôpitaux.
Il faut distinguer deux sigles. Le RAFP désigne le régime, qui n'a pas de personnalité juridique. L'Erafp est l'établissement public administratif qui le gère.
Son conseil d'administration compte 19 membres : 8 représentants des fonctionnaires cotisants, 8 représentants des employeurs publics et 3 personnalités qualifiées. Il fixe chaque année la valeur du point et les orientations de placement. La gestion administrative est confiée à la Caisse des dépôts.
Le RAFP est un fonds de pension public, et non une réserve : ses actifs servent à payer les droits de ses affiliés. C'est ce qui le distingue des autres fonds publics décrits dans la page consacrée à la capitalisation d'État. Il fonctionne par capitalisation, à la différence du régime principal des fonctionnaires, financé par répartition.
Une cotisation sur les primes
Le RAFP porte sur les rémunérations exclues du calcul de la pension principale : primes, heures supplémentaires, indemnités et avantages en nature. Ces éléments sont pris en compte jusqu'à 20 % du traitement indiciaire brut.
Le taux de cotisation est de 10 % de cette assiette, partagé à parts égales entre l'agent et son employeur. En 2025, 4,4 millions d'agents et environ 43 000 employeurs ont cotisé, pour 2,23 milliards d'euros.
Sur les 2,11 milliards versés au titre de 2025, près de la moitié vient des employeurs de l'État, à 49,6 %. La fonction publique territoriale en apporte 30 % et la fonction publique hospitalière 19 %. Le reste, 1,3 %, vient d'employeurs privés qui accueillent des fonctionnaires détachés.
Un régime par points
Les cotisations achètent des points, et chaque point donne droit à une rente. En 2025, selon le rapport annuel, 143,94 € de cotisations permettaient d'acquérir 100 points. Ces 100 points augmentaient la rente de 5,60 € par an, pendant toute la retraite.
Le rapport entre ces deux valeurs donne le rendement technique du régime : 3,89 %, selon l'Erafp et le COR. D'après l'Erafp, un affilié récupère ses cotisations en 25,7 ans sans revalorisation de la rente. Avec une revalorisation de 2 % par an, il lui faut 21 ans. La durée moyenne de service de la rente est estimée à 29,4 ans, et à 32,2 ans en comptant la réversion.
Au départ, la prestation prend deux formes. Un affilié qui détient au moins 5 125 points reçoit une rente. En dessous de ce seuil, il reçoit un capital.
En 2025, 126 649 affiliés ont liquidé leurs droits. Parmi les droits directs, 63,3 % l'ont été en rente et 36,7 % en capital. La rente moyenne liquidée cette année-là atteignait 536 € par an, et le capital moyen 4 365 €.
Sur les 509 millions d'euros de prestations versées en 2025, 300 millions l'ont été en rente et 209 millions en capital. Les rentes représentaient 59 % des montants, contre 23 % en 2020 et 5 % en 2015. Selon l'Erafp, cette part va continuer de croître à mesure que les affiliés cotisent plus longtemps.
Un portefeuille de long terme
Un arrêté de 2004 encadre les placements. Les actifs à revenus variables, comme les actions, sont limités à 45 % du portefeuille, dont 10 % au plus de fonds non cotés. Les obligations doivent peser au moins 40 %, et l'immobilier 15 % au plus.
Fin 2025, en valeur comptable, les obligations représentaient 49,1 % du portefeuille et les actions 31,8 %. L'immobilier pesait 11,8 %, le capital-investissement et les infrastructures 3,5 %, les fonds multi-actifs 2,4 % et les liquidités 1,3 %. Environ 80 % de l'actif finançait l'économie européenne, dont près de 33 % en France.
Le portefeuille a grossi avec les cotisations et avec les marchés.
Valeur au 31 décembre de chaque année. Source : Erafp, Rapport annuel 2025.
L'actif est passé de 2,9 milliards d'euros fin 2006 à 26,2 milliards fin 2016, puis à 53,6 milliards fin 2025. De 2007 à 2015, il valait en fin d'année 4,5, 6,2, 8,2, 9,9, 11,2, 14,8, 17,3, 21,1 puis 23,5 milliards. Il a presque stagné en 2018, de 29,1 à 29,6 milliards, avant 34,9 milliards fin 2019 et 37,5 fin 2020. La seule baisse notable date de 2022, de 41,9 à 38,2 milliards, avant une reprise à 43,3 milliards en 2023 et 47,8 milliards en 2024.
En 2025, le taux de rendement interne du portefeuille a atteint 8,6 %. Depuis 2006, il s'établit à 4,7 % par an en valeur économique. Ces taux sont nominaux : l'effet de l'inflation, expliqué dans l'article sur le rendement réel, n'en est pas retiré.
Les écarts entre placements sont nets. Depuis leur création, les actions internationales ont rapporté 10,7 % par an, le capital-investissement et les infrastructures 9,0 %, l'immobilier 0,8 %. Les coûts de gestion du régime, 32 millions d'euros en 2025, représentaient 0,07 % de l'actif net mesuré au prix de revient amorti.
Couvrir chaque engagement
La règle de fond est simple : les cotisations sont intégralement provisionnées. Elles sont placées en actifs d'un montant au moins équivalent, pour couvrir à tout moment les droits acquis par chaque bénéficiaire.
Fin 2025, les engagements du régime étaient évalués à 36,9 milliards d'euros, avec un taux d'actualisation de 1,5 %. En valeur comptable, les actifs les couvraient à 121,1 %, contre 117,3 % un an plus tôt. En valeur économique, la couverture calculée par l'Erafp après revalorisation atteignait 146,3 %, contre 135,8 % fin 2024.
Ces marges permettent de revaloriser les rentes. Au 1er janvier 2026, le conseil d'administration a relevé la valeur du point de 1,4 %, pour une inflation de référence de 1 %. Depuis 2013, la revalorisation cumulée atteint 26,5 %, contre 20,4 % d'inflation cumulée.
Une gestion entièrement socialement responsable
L'Erafp applique sa charte d'investissement socialement responsable à tous ses placements. Elle repose sur cinq valeurs, déclinées en 18 critères, et sur une sélection des émetteurs les mieux notés de chaque secteur. Ce filtre écarte environ 19 % des entreprises notées.
Le régime a quitté le secteur du tabac en 2019. En 2025, il a renforcé sa politique sur les énergies fossiles et adopté une politique sur la biodiversité. Ces choix sont faits par le conseil d'administration, où siègent les représentants des cotisants.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le RAFP reste un régime d'appoint. Il ne porte que sur les primes, dans la limite de 20 % du traitement, et ne remplace pas la pension principale. Ses montants ne se comparent pas à ceux d'un régime complémentaire du privé.
Le régime est encore jeune. Peu d'affiliés ont cotisé toute leur carrière. D'où la faiblesse des rentes actuelles, et l'écart entre 2,23 milliards de cotisations et 509 millions de prestations. Selon l'Erafp, les montants actuels ne donnent qu'une vision partielle de ce que percevront les affiliés après une carrière complète.
Les rendements cités sont nominaux et passés. Ils ne préjugent pas des rendements futurs, et la valeur économique des actifs varie avec les marchés, comme en 2022. La couverture des engagements dépend aussi du taux d'actualisation retenu.
Conclusion
Le RAFP montre qu'un régime obligatoire et capitalisé peut fonctionner en France à grande échelle. En vingt ans, il a accumulé 53,6 milliards d'euros, obtenu 4,7 % par an avant inflation et maintenu une couverture complète de ses engagements. Sa limite tient à sa taille dans la retraite de chaque fonctionnaire : elle reste modeste, faute d'assiette plus large et de carrières complètes.
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