Scénarios pour la France · Simulation
Livret A ou actions : trente ans de versements
Publié le 5 octobre 2026
Cent euros par mois pendant trente ans font 36 000 € versés. Selon le rendement obtenu, le capital final varie presque du simple au double, en pouvoir d'achat d'aujourd'hui.
Le Livret A et un placement en actions diversifiées encadrent ce choix pour qui capitalise seul. L'écart entre les deux se chiffre en euros constants, et il se paie en années de baisse.
L’essentiel : Cent euros versés chaque mois pendant trente ans donnent 36 000 € à 0 % de rendement réel, l'ordre de grandeur du Livret A depuis 2001, et 68 751 € à 4 %, celui du fonds souverain norvégien, dont la part d'actions avoisinait 70 % en 2025. Cet écart de 32 751 € en euros constants a un prix : en 2008, ce fonds a perdu 23,3 %, et ses actions 40,7 %.
La simulation
Les versements suivent l'évolution des prix et les montants sont exprimés en euros d'aujourd'hui. Le rendement est réel, net de frais, et identique chaque année. Les conventions sont celles de la méthode de simulation du blog.
Source : calcul du blog, rendements réels nets de frais.
L'axe horizontal compte les années de versement. Après dix ans, le capital atteint 12 000 €, 13 625 € ou 14 718 € selon le scénario. Après vingt ans, 24 000 €, 31 067 € ou 36 503 €. Après trente ans, 36 000 €, 53 394 € ou 68 751 €.
Les écarts restent modestes pendant dix ans, puis se creusent. À 4 %, les gains représentent 48 % du capital final ; à 2,5 %, 33 %.
Trois rendements, trois références publiées
Le scénario à 0 % correspond au Livret A. De 2001 à 2025, son taux moyen a rapporté 58,9 % en euros, quand les prix augmentaient de 51,1 %. Le rendement réel ressort à 0,2 % par an, selon les taux de la Banque de France et l'inflation de l'Insee. Sur les dix dernières années, il est négatif : −0,56 % par an.
Le scénario à 2,5 % est l'hypothèse de l'OCDE. Pour ses projections de retraite, l'organisation suppose un rendement réel net de 2,5 % par an sur longue période pour l'épargne retraite par capitalisation.
Le scénario à 4 % correspond au fonds souverain norvégien, dont la part d'actions du monde entier avoisinait 70 % en 2025. De 1998 à 2025, son rendement réel net d'inflation et de frais a atteint 4,34 % par an, selon son rapport annuel. Un placement entièrement en actions aurait connu des écarts plus forts, à la hausse comme à la baisse.
Ces références arrondissent dans les deux sens. Au rendement effectivement constaté pour le Livret A, 0,2 % par an, le capital atteindrait 37 104 €. Au rendement du fonds norvégien, 4,34 % par an, il atteindrait 72 919 €. L'OCDE relève, sur vingt ans, des rendements réels proches de 4 % par an ou plus pour les fonds de retraite du Canada ou de l'Australie.
L'écart en euros constants
Après trente ans, le scénario à 4 % laisse 32 751 € de plus que le scénario à 0 %. Le scénario à 2,5 % en laisse 17 394 € de plus.
Pour obtenir 68 751 € sans rendement réel, il faudrait verser environ 191 € par mois pendant trente ans, au lieu de 100 €. Le rendement fait donc presque le même travail qu'un doublement de l'effort d'épargne.
Source : calcul du blog, rendements réels nets de frais.
Le prix de cet écart
Le rendement des actions n'arrive jamais régulièrement. En 2008, le fonds norvégien a perdu 23,3 %, la pire année de son histoire selon son rapport annuel. Son portefeuille d'actions a perdu 40,7 %.
Fin 2008, après onze ans, son rendement réel net depuis 1998 n'atteignait plus que 1,0 % par an. Il a fallu les dix-sept années suivantes pour le porter à 4,3 %. En 2022, le fonds a encore perdu 14,11 %, et ses actions 15,36 %.
Un indice d'actions mondiales montre la pire baisse documentée de la période. Selon son éditeur, l'indice MSCI World a perdu jusqu'à 57,46 %, mesuré en dollars, entre le 31 octobre 2007 et le 9 mars 2009.
Le moment de la baisse décide de son coût. Une chute de 23,3 % juste à la fin des versements ramènerait le capital du scénario à 4 % à environ 52 700 €. Il resterait au-dessus des 36 000 € du Livret A. Une chute de 57,46 % au même moment le ramènerait à 29 200 €, sous la somme versée.
L'article sur une baisse au moment du départ détaille ce risque.
La durée change la nature de ce risque sans le supprimer. Sur les actions américaines depuis 1871, aucune période de vingt ans ou plus n'a perdu de pouvoir d'achat. L'article sur la volatilité et la durée le montre, avec ses limites.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le rendement est supposé constant. Dans la réalité, l'ordre des bonnes et des mauvaises années change le résultat, d'autant plus que la baisse survient tard.
Un seul Livret A ne peut pas recevoir les 36 000 € de la simulation. Son plafond de dépôts, 22 950 €, serait dépassé au 230e versement de 100 €, soit après un peu plus de dix-neuf ans.
La fiscalité n'est pas comptée. Les intérêts du Livret A en sont exonérés, les gains d'actions non. Au taux général de 18,6 % en 2026, les prélèvements sociaux sur 32 751 € de gains retireraient environ 6 100 €. Calculés sur les gains nominaux, plus élevés, ils pèseraient davantage.
Le rendement du fonds norvégien est mesuré dans un panier de devises, l'indice MSCI World en dollars. Un épargnant en euros subit aussi le change. Les rendements passés ne disent rien des rendements futurs.
Conclusion
Sur trente ans, 100 € par mois au rendement du Livret A conservent leur valeur sans la faire croître : 36 000 € en euros constants. Au rendement réel d'un fonds investi à 70 % en actions, ils en deviennent près de 69 000 €. Cet écart a pour contrepartie des baisses de 23 % à 57 % lors des pires épisodes, dont le coût dépend surtout du moment où elles surviennent.
Correction
Le 5 octobre 2026. Une phrase présentait l'indice MSCI World comme le panier de devises du fonds norvégien. Ce sont deux mesures distinctes : le fonds mesure son rendement dans un panier de devises, l'indice est publié en dollars.
Lectures recommandées
- Méthode de simulation du blog — La méthode de simulation du blog et la raison de ses trois scénarios.
- Scénario noir : une décennie perdue — Ce que coûte une décennie de baisse selon le moment où elle frappe une épargne longue.
- 1 % de frais sur 40 ans — Ce qu'un point de frais retire à l'écart calculé ici.