Capitalisation personnelle · Simulation
Partir à la retraite en pleine baisse
Publié le 5 octobre 2026
Deux retraités partent avec 100 000 € et retirent la même somme chaque mois. Sur vingt-quatre ans, leurs placements rapportent exactement le même rendement moyen. L'un épuise son capital avant 80 ans, l'autre a encore de quoi tenir au-delà de 88 ans.
La différence tient à l'ordre des bonnes et des mauvaises années. Ce risque de séquence pèse le plus au moment où le capital est le plus élevé, autour du départ à la retraite.
L’essentiel : Avec le même rendement moyen de 2,5 % par an, 100 000 € dont on retire 466 € par mois durent jusqu'à 88 ans et 7 mois si les années se ressemblent, mais s'épuisent à 79 ans et 8 mois si une chute comme celle de 2008 frappe la première année de retraite. Sans retrait, l'ordre des années ne change rien ; avec des retraits, il compte autant que la moyenne.
Sans retrait, l'ordre ne compte pas
Un capital placé sans versement ni retrait est multiplié chaque année par un coefficient. Le produit ne dépend pas de l'ordre des facteurs : une chute suivie de vingt-trois bonnes années donne le même résultat que l'inverse.
Le blog prend ici une chute réelle, celle des actions américaines en 2008. Une fois l'inflation déduite et les dividendes réinvestis, elles ont perdu 39,3 % cette année-là, selon les données de l'économiste Robert Shiller. Les vingt-trois autres années rapportent 4,86 %, si bien que la moyenne sur vingt-quatre ans reste de 2,5 % par an.
Sans retrait, 100 000 € deviennent alors 180 873 € en euros d'aujourd'hui, quelle que soit l'année de la chute.
Avec des retraits, la date de la chute décide
Le retraité retire 466 € au début de chaque mois. Ce retrait programmé épuise 100 000 € en 23,6 ans à 2,5 % de rendement constant, selon la méthode décrite dans un capital n'est pas un revenu. La durée retenue est l'espérance de vie d'une femme de 65 ans en 2025, selon l'Insee.
Chaque retrait vend une partie du placement. Après une chute, il faut en vendre davantage pour obtenir la même somme, et ces parts vendues ne profiteront pas de la remontée.
Source : calcul du blog, rendement moyen de 2,5 % par an dans les quatre cas ; chute de 39,3 % : actions américaines en 2008, d'après Robert Shiller.
Avec un rendement régulier, il reste 43 269 € à 80 ans, et le capital dure jusqu'à 88 ans et 7 mois. Si la chute frappe la première année, il ne reste rien à 80 ans : le capital s'épuise à 79 ans et 8 mois.
Si la chute frappe la douzième année, il reste 38 356 € à 80 ans, et le capital tient jusqu'à 88 ans et 3 mois. Si elle tombe la vingt-quatrième année, il reste 81 345 € à 80 ans, et encore 45 386 € au terme des 23,6 ans.
Les deux autres scénarios du blog donnent le même classement. Avec une moyenne de 0 % et un retrait de 353 € par mois, une chute la première année épuise le capital à 82 ans. Avec une moyenne de 4 % et un retrait de 541 €, elle l'épuise à 78 ans et 3 mois.
Ce que montre l'histoire
Les données de Robert Shiller retracent le rendement réel des actions américaines, dividendes réinvestis, depuis 1871. Le blog y a appliqué le même retrait de 466 € par mois, pour chaque année de départ possible de 1872 à 2002.
Chacune de ces 131 périodes de vingt-quatre ans a rapporté plus de 2,5 % par an en moyenne. Le capital s'est pourtant épuisé avant 88 ans et 7 mois dans 26 cas. Ils se concentrent sur quatre groupes de départs : de 1902 à 1916, de 1929 à 1937, de 1962 à 1973 et de 1999 à 2001.
Deux départs résument le mécanisme. Parti en janvier 1913, un retraité obtient 6,9 % par an en moyenne sur vingt-quatre ans. Mais ses cinq premières années perdent 7,2 % par an, et son capital s'épuise à 85 ans.
Parti en 1923, un autre obtient presque la même moyenne, 6,9 %. Ses cinq premières années rapportent 20,6 % par an : il lui reste 258 528 € au terme des 23,6 ans.
L'expérience se fait aussi à rebours. De 2000 à 2023, les actions américaines ont rapporté 4,38 % par an en moyenne, après inflation. Dans l'ordre réel, avec les chutes de 2000 à 2002 puis celle de 2008, le capital s'épuise à 79 ans et 5 mois. Dans l'ordre inverse, il en reste 112 141 € au terme des 23,6 ans.
Sans retrait, les deux ordres donnent le même capital final, 279 865 €. Le rendement moyen, qui se calcule après coup, ne dit rien de cette différence : une moyenne ne se répète pas chaque année.
Avant le départ aussi
Le risque ne commence pas le jour du départ. Pendant l'épargne, une chute pèse en proportion du capital déjà accumulé, donc davantage à la fin.
Prenons 100 € versés chaque mois pendant quarante ans, avec une moyenne de 2,5 % par an. À rendement constant, le capital atteint 81 974 €. Si la même chute de 39,3 % frappe la dernière année, il tombe à 66 439 €, soit 19 % de moins.
Si elle frappe la première année, il monte à 112 002 €. La chute n'emporte alors qu'une année de versements, et les trente-neuf années suivantes rapportent 3,89 % chacune. Une chute juste avant le départ réduit le capital ; une chute juste après réduit la durée pendant laquelle il verse un revenu.
Ce qui limite ce risque
Plusieurs mécanismes réduisent l'exposition à ce risque, et aucun n'est gratuit. Le premier consiste à réduire la part d'actions à l'approche du départ. En France, la loi en fait la règle par défaut du plan d'épargne retraite, comme le détaille l'article sur le PER.
Sauf choix contraire du titulaire, les versements suivent une allocation « permettant de réduire progressivement les risques financiers », selon le code monétaire et financier. La contrepartie est de renoncer à une partie du rendement espéré des actions.
Le deuxième mécanisme consiste à ajuster les retraits. Retirer moins après une mauvaise année ralentit l'épuisement, au prix d'un revenu qui varie. Le troisième est la rente viagère : l'assureur verse un montant fixé d'avance et garde le risque de marché, contre un coût.
La durée de placement, elle, ne protège pas de ce risque. Elle resserre la moyenne des rendements, comme le montre l'article sur la volatilité et la durée, sans rien changer à leur ordre.
Ce que ces chiffres ne disent pas
La simulation isole une seule chute, dans une suite d'années identiques. La réalité enchaîne souvent plusieurs mauvaises années, comme de 2000 à 2002.
Les séquences historiques portent sur des actions américaines seules, sans frais ni impôts, en dollars corrigés de l'inflation américaine. Un épargnant français subirait aussi le change, des frais et une fiscalité. Les 131 périodes se chevauchent largement : elles partagent l'essentiel de leurs années et reposent sur peu d'observations indépendantes.
Le retrait est supposé fixe en euros constants. Un retraité peut réduire ses dépenses après une chute, ou disposer d'autres revenus. Enfin, les trois scénarios ne sont pas des probabilités, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Conclusion
Le rendement moyen ne suffit pas à juger un capital dont on vit. À moyenne identique, une chute en début de retraite raccourcit sa durée de près de neuf ans dans l'exemple du blog. L'ordre des années pèse le plus autour du départ, quand le capital est au plus haut.
Lectures recommandées
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