Scénarios pour la France · Simulation
Scénario noir : une décennie perdue
Publié le 5 octobre 2026
Dix années de placement peuvent ne rien rapporter, ou perdre. De fin 1999 à fin 2009, les actions américaines ont perdu 27,5 % de leur pouvoir d'achat, dividendes réinvestis, selon les données de l'économiste Robert Shiller. Cela représente 3,2 % de perte par an pendant dix ans.
Le scénario défavorable du blog suppose 0 % pendant toute la durée. Ce scénario noir est d'une autre nature : une seule décennie très mauvaise, au milieu d'années normales, dont l'effet dépend du moment où elle survient.
L’essentiel : De fin 1999 à fin 2009, les actions américaines ont perdu 3,2 % par an après inflation. Dans une épargne de 100 € par mois pendant 40 ans à 2,5 % de rendement réel, une telle décennie retire 8,6 % au capital si elle tombe au début, et 40,3 % si elle frappe les dix dernières années.
Des décennies perdues en 154 ans
Les données de Robert Shiller couvrent les actions américaines depuis 1871. Sur les 145 périodes de dix ans mesurées de décembre à décembre jusqu'en 2025, 14 ont perdu du pouvoir d'achat, soit une sur dix.
Elles se regroupent en trois épisodes : autour de la Première Guerre mondiale, de 1964 à 1982, et de 1998 à 2010. La pire période, de fin 1910 à fin 1920, a perdu 4,2 % par an. Celle de fin 1999 à fin 2009 a perdu 3,2 % par an : le blog la retient comme décennie noire.
Ces dix années n'ont pas été uniformes. Elles comptent trois années de baisse de 2000 à 2002, puis une chute de 39,3 % en 2008. Elles comptent aussi des hausses de 20,0 % en 2003 et de 26,6 % en 2009.
Le phénomène ne se limite pas aux États-Unis. L'OCDE relève trois pays où les fonds de retraite privés ont obtenu sur longue période un rendement réel négatif, quoique proche de zéro. Il s'agit de la Tchéquie, de l'Estonie et de la Lettonie, selon son panorama 2025.
Quarante ans d'épargne, une décennie noire
Un épargnant verse 100 € par mois de 25 à 65 ans. Hors décennie noire, son placement rapporte 2,5 % par an après inflation, le scénario central du blog. Pendant dix ans, il perd 3,2 % par an, comme les actions américaines de fin 1999 à fin 2009.
Le blog place cette décennie au début, au milieu ou à la fin de l'épargne. Elle couvre alors les âges de 25 à 34 ans, de 40 à 49 ans ou de 55 à 64 ans. Dans les trois cas, le rendement moyen sur quarante ans est le même : 1,05 % par an.
Source : calcul du blog, euros constants ; décennie à −3,2 % par an : actions américaines de fin 1999 à fin 2009, d'après Robert Shiller.
Sans décennie noire, le capital atteint 81 974 €. Placée au début, la décennie à −3,2 % le réduit à 74 884 €, soit 8,6 % de moins. Au milieu, il tombe à 59 534 €, soit 27,4 % de moins.
À la fin, il n'atteint que 48 935 €, soit 40,3 % de moins, pour un rendement moyen identique. L'épargnant retrouve à peine plus que ses 48 000 € de versements.
Une décennie à rendement nul, moins sévère, suit la même logique. Elle retire 4,2 % au capital au début, 13,7 % au milieu et 20,2 % à la fin, qui atteint alors 65 394 €.
Pourquoi la fin pèse le plus
Une décennie noire frappe le capital présent à ce moment-là. Au début, ce capital est encore petit. À la fin, il contient trente ans de versements et d'intérêts.
Sans versements réguliers, l'ordre ne compterait pas. 10 000 € placés quarante ans donnent 15 199 € où que tombe la décennie, car les rendements de chaque année se multiplient entre eux. Les versements mensuels, eux, exposent davantage d'argent aux dernières années.
Le blog a aussi appliqué les rendements de 2000 à 2009 année par année, au lieu de leur moyenne. Le résultat change peu : en fin d'épargne, le capital atteint 49 863 € au lieu de 48 935 €.
Dans les trois scénarios
Le même calcul vaut quel que soit le rendement des trente autres années.
| Capital à 65 ans | Défavorable, 0 % | Central, 2,5 % | Favorable, 4 % |
|---|---|---|---|
| Sans décennie noire | 48 000 € | 81 974 € | 116 486 € |
| Décennie de 25 à 34 ans | 46 245 € | 74 884 € | 101 981 € |
| Décennie de 40 à 49 ans | 41 288 € | 59 534 € | 75 028 € |
| Décennie de 55 à 64 ans | 36 331 € | 48 935 € | 60 063 € |
En fin d'épargne, la décennie noire retire 24,3 % au capital dans le scénario défavorable, et 48,4 % dans le favorable. L'écart grandit avec le rendement des autres années, parce que la décennie noire remplace alors dix années plus fructueuses.
Au début, elle ne retire que 3,7 % à 12,5 % selon le scénario. Le temps qui reste permet aux versements suivants de travailler, sans effacer la perte.
Ce qu'il faudrait pour compenser
Dans le scénario central, une décennie noire en fin d'épargne demande 168 € par mois au lieu de 100 € pour retrouver 81 974 € à 65 ans. Encore faudrait-il le savoir dès 25 ans : une décennie perdue ne se reconnaît qu'après coup.
Continuer à verser 100 € par mois après 65 ans, à 2,5 %, ne comblerait l'écart qu'au bout de 11,8 ans. Ces ordres de grandeur rappellent pourquoi le risque de marché pèse le plus à l'approche de la retraite, l'un des six risques de la capitalisation.
La durée ne protège pas de ce risque-là. Elle resserre le rendement moyen sur longue période, comme le montre l'article sur la volatilité et la durée. La question du calendrier reste entière.
Ce que ces chiffres ne disent pas
La décennie noire est tirée d'un seul marché, les actions américaines, en dollars corrigés de l'inflation américaine, sans frais ni impôts. Un placement diversifié entre plusieurs pays, ou en partie en obligations, aurait connu une autre décennie, meilleure ou pire.
Les trente autres années sont supposées régulières, ce qui isole l'effet de la décennie noire. La simulation ne suppose aucun rebond ensuite : la forte hausse qui a suivi 2009 n'a rien d'une règle.
Ce scénario n'est pas une prévision. Il complète les trois scénarios de la méthode de simulation du blog, qui ne sont pas des probabilités. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Conclusion
Une décennie perdue n'a rien d'impossible : les actions américaines en ont connu dans trois épisodes en 154 ans. Pour un épargnant qui verse chaque mois, son coût dépend surtout de sa date. À rendement moyen identique, la même décennie retire 8,6 % du capital au début de l'épargne et 40,3 % à la fin.
Lectures recommandées
- Comment ce blog simule — Pourquoi le scénario défavorable du blog est un rendement nul, et ce qu'il ne couvre pas.
- Volatilité : ce que change la durée — Ce que montrent 154 ans d'actions américaines sur un, dix, vingt et trente ans.
- Rendement réel : ce que l'inflation retire — Pourquoi une décennie peut gagner en euros affichés et perdre en pouvoir d'achat.
- L'adhésion automatique en France — Ce que l'adhésion automatique a donné ailleurs, et ce qu'elle donnerait chiffrée.
- Vivre plus longtemps, collectivement — Ce que coûtent les gains d'espérance de vie à un système entier.