Scénarios pour la France · Simulation
L'adhésion automatique en France
Publié le 5 octobre 2026
En France, épargner pour sa retraite suppose une démarche : ouvrir un plan, choisir un montant. Au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande, l'employeur inscrit le salarié d'office, et c'est le refus qui demande une démarche.
Ce renversement du choix par défaut a changé la participation dans ces deux pays. Le blog décrit le mécanisme, puis chiffre ce qu'il donnerait pour un salarié français avec une cotisation hypothétique.
L’essentiel : Au Royaume-Uni, l'adhésion automatique a porté la part des salariés éligibles qui épargnent pour leur retraite de 55 % en 2012 à 90 % en 2025 ; en Nouvelle-Zélande, 86 % de la population d'âge actif participe au KiwiSaver. Appliquée à titre d'hypothèse à un salarié français au salaire moyen, une cotisation de 8 % pendant 40 ans donnerait environ 1 100 € par mois de complément à 2,5 % de rendement réel.
Inscrit d'office, libre de sortir
L'adhésion automatique se situe entre l'épargne volontaire et l'obligation. L'employeur inscrit le salarié dans un plan de retraite et prélève une cotisation sur sa paie. Le salarié peut en sortir, à condition de le demander.
Selon l'OCDE, sept pays membres avaient un tel programme national fin 2024. Il s'agit de l'Italie, de la Lituanie, de la Nouvelle-Zélande, de la Pologne, de la Slovaquie, de la Turquie et du Royaume-Uni. L'Irlande l'a adopté en 2024 pour un démarrage en 2026, et la Lituanie y renonce à partir de 2026.
Royaume-Uni : de 55 % à 90 %
Depuis 2012, l'employeur britannique doit inscrire ses salariés qui gagnent plus de 10 000 livres par an. La règle vaut de 22 ans à l'âge légal de la pension.
La loi de 2008 sur les retraites fixe la cotisation minimale à 8 % des revenus compris dans une bande. L'employeur en paie au moins 3 %. Pour 2026-2027, cette bande va de 6 240 à 50 270 livres par an.
Source : Department for Work and Pensions, Workplace pension participation and savings trends: 2009 to 2025, tableau 1.1 (Grande-Bretagne).
Selon le ministère du Travail et des Retraites, 55 % des salariés éligibles épargnaient dans une retraite d'entreprise en 2012. La part est passée à 71 % en 2014, 84 % en 2017 et 90 % en 2025, soit 22,6 millions de personnes. Dans le secteur privé, elle est montée de 42 % à 88 %.
Le droit de sortie est utilisé, mais par une minorité. Au dernier trimestre 2025, 11,8 % des salariés nouvellement inscrits ont choisi d'en sortir dans le délai prévu. Le ministère a gelé les seuils pour 2026-2027, le temps des travaux d'une commission sur les retraites lancée le 21 juillet 2025.
Nouvelle-Zélande : 86 % de participants
L'administration fiscale néo-zélandaise décrit le KiwiSaver comme une épargne retraite volontaire, adossée au travail. Tout salarié de 18 à 65 ans qui commence un nouvel emploi y est inscrit d'office. Il peut en sortir entre le 14e et le 56e jour ; au-delà, sauf exceptions, il ne peut plus que suspendre ses versements.
Par défaut, le salarié cotise 3,5 % de sa paie brute, et l'employeur au moins autant. L'État ajoute 25 centimes par dollar épargné, jusqu'à 260,72 dollars néo-zélandais par an. Selon l'OCDE, les cotisations passeront à 4 % en 2028.
L'OCDE relève que 86 % de la population d'âge actif participe au KiwiSaver. C'est un taux aussi élevé que dans bien des pays où l'épargne retraite est obligatoire.
Un résultat qui dépend des règles
L'adhésion automatique ne produit pas partout le même effet. En Italie, l'indemnité de fin de contrat des salariés du privé va par défaut vers un plan de retraite depuis 2007. La grande majorité a choisi d'y renoncer : 14 % de la population d'âge actif participe à un plan professionnel, selon l'OCDE.
En Pologne et en Turquie, la participation aux plans à adhésion automatique atteint 19 % et 13 %. Au Royaume-Uni même, 52 % seulement de la population d'âge actif participe à une retraite d'entreprise. Cette mesure inclut les personnes sans emploi et les indépendants.
Le cas australien montre l'étape suivante, une cotisation obligatoire sans possibilité de sortie, décrite dans l'étude de cas sur l'Australie.
En France, une faculté déjà inscrite dans la loi
Le droit français connaît le mécanisme, à l'échelle de l'entreprise. Le code monétaire et financier le permet dans le plan d'épargne retraite d'entreprise collectif. Ce plan peut « prévoir l'adhésion par défaut des salariés de l'entreprise, sauf avis contraire de ces derniers ».
Cette faculté reste au choix de l'entreprise qui ouvre un tel plan ; aucune règle nationale n'impose d'inscrire les salariés. Le cadre de ce plan est décrit dans l'article sur l'épargne salariale et la retraite.
Selon l'OCDE, qui reprend des données de la Drees, 27,7 % de la population d'âge actif participait en 2023 à un plan de retraite professionnel facultatif. L'accès dépend fortement de l'employeur et du revenu, comme le montre l'article qui peut vraiment capitaliser.
Ce que donnerait une cotisation de 8 %
Le blog prend un salarié payé au salaire moyen du secteur privé : 3 602 € bruts par mois en équivalent temps plein en 2024, selon l'Insee. Il lui applique une cotisation hypothétique de 8 % du salaire brut, comme le minimum britannique : 5 % à sa charge, 3 % à celle de l'employeur.
Cela fait 288 € par mois, dont 180 € prélevés sur la paie. À la différence du Royaume-Uni, la cotisation porte ici sur tout le salaire, sans bande de revenus.
Source : calcul du blog, rendements réels nets de frais, euros constants ; salaire moyen du privé en 2024 : Insee.
Sur quarante ans, le capital atteint 236 217 € dans le scénario central, 138 317 € sans rendement réel et 335 667 € à 4 %. Sur vingt ans, il va de 69 158 € à 105 188 €, et atteint 89 523 € dans le scénario central.
Le blog le convertit en retraits sur 23,6 ans, l'espérance de vie d'une femme de 65 ans en 2025. Le capital central de quarante ans verse alors 1 100 € par mois. C'est 30,5 % du salaire brut, contre 13,6 % sans rendement réel et 50,4 % à 4 %. Sur vingt ans de cotisation, le revenu va de 244 € à 569 € par mois, dont 417 € au scénario central.
Une rente viagère coûterait plus cher. L'OCDE retient un facteur de conversion de 90 % pour en tenir compte. Appliqué au capital central de quarante ans, il donne un repère d'environ 990 € par mois, versés à vie.
Le calcul est proportionnel. Pour un salaire deux fois plus faible, tous les montants sont divisés par deux. Avec 7 %, le total des cotisations minimales néo-zélandaises, ils baissent d'un huitième.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le salaire est supposé constant pendant toute la carrière, sans interruption. Le salaire moyen est tiré vers le haut par les plus hauts revenus. Selon l'Insee, le salaire net médian lui est inférieur de 19,9 %.
La simulation ignore la fiscalité, qui dépendrait des règles retenues. Elle ne chiffre pas les effets d'une cotisation de 8 % sur les salaires et l'emploi. Elle ne dit pas non plus quelle part des salariés français resterait inscrite : les écarts entre pays montrent que le résultat dépend des règles.
Cette simulation décrit un mécanisme, sans le recommander. Le rendement est supposé constant, et les scénarios ne sont pas des probabilités. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Conclusion
Avec l'adhésion automatique, le salarié qui ne fait rien épargne. Sans obligation, ce renversement a porté la participation à 90 % des salariés éligibles au Royaume-Uni, et à 86 % de la population d'âge actif en Nouvelle-Zélande. En France, la loi l'autorise déjà dans les plans d'entreprise collectifs. Une cotisation hypothétique de 8 % du salaire moyen produirait, sur une carrière, un complément de 489 € à 1 815 € par mois selon le rendement.
Lectures recommandées
- Australie : l'épargne retraite obligatoire — L'étape suivante : une cotisation obligatoire de 12 %, sans possibilité de sortie.
- Suède : choisir son fonds de pension — Ce que décide le fonds par défaut quand la majorité ne choisit pas.
- Le PER, ce que dit la loi — Le cadre légal du plan d'épargne retraite, dont l'adhésion par défaut au PER collectif.
- Que fait le FRR depuis 2011 ? — Le FRR rembourse la dette sociale : versements, actif et rendement depuis 2011.
- Danemark : les pensions professionnelles — Les fonds de pension danois prévus par les conventions collectives.