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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation en France · Décryptage

Que fait le FRR depuis 2011 ?

Publié le 5 octobre 2026

Le Fonds de réserve pour les retraites devait aider les régimes à partir de 2020. Depuis 2011, il fait autre chose : il rembourse chaque année une part de la dette sociale. Fin 2025, il gérait encore 20,7 milliards d'euros.

Son histoire jusqu'en 2010 est racontée dans le FRR, une promesse de 1999. Cet article décrit le fonds tel qu'il fonctionne depuis : sa mission, ses placements, ses résultats et le débat sur son avenir.

L’essentiel : Depuis 2011, le Fonds de réserve pour les retraites ne prépare plus de pensions : il verse chaque année une somme fixe à la Caisse d'amortissement de la dette sociale, 2,1 milliards d'euros jusqu'en 2024 puis 1,45 milliard jusqu'en 2033. Fin 2025, il gérait 20,7 milliards d'euros, dont 11,6 milliards restent dus à cette caisse, et affichait selon ses comptes une performance de 4,4 % par an depuis fin 2010.

Un fonds qui rembourse une dette

Depuis la réforme de 2010, le FRR ne reçoit plus de recettes, selon son rapport annuel. Il touchait auparavant de 1,5 à 2 milliards d'euros par an. Ses versements vont désormais à la Caisse d'amortissement de la dette sociale, la Cades.

Le calendrier a été fixé par la loi. Le fonds a versé 2,1 milliards d'euros par an de 2011 à 2024. Une loi du 7 août 2020 a prolongé l'amortissement de la dette sociale et prévu 1,45 milliard par an de 2025 à 2033. Le code de la sécurité sociale encadre ce versement « dans la limite des réserves du fonds ».

Après quinze versements, le FRR a remis 30,85 milliards d'euros à la Cades. En juillet 2020, il a aussi versé 5 milliards d'euros à l'assurance vieillesse, selon la Cour des comptes. Cette soulte venait de l'adossement du régime des industries électriques et gazières au régime général. Au total, selon le COR, le fonds a « restitué 3,6 Md€ de plus que les fonds dont il a été doté ».

Il reste huit versements à faire, de 2026 à 2033. Le bilan du fonds les inscrit en dettes : 11,6 milliards d'euros à la fin de 2025. Sur les 20,7 milliards gérés, plus de la moitié est donc déjà promise à la Cades.

Des placements bâtis autour de ce passif

Fin 2010, le fonds a adopté un modèle de gestion fondé sur son passif. Son portefeuille se répartit en trois groupes. Les actifs de couverture, surtout des obligations d'État et d'entreprises de bonne qualité, suivent de près les versements dus. Les actions non couvertes et les actifs de « risque intermédiaire » visent le rendement.

Répartition du portefeuille du FRR, en % de l'actif (en %)
41,445,4Actions noncouvertes38,938Actifs de risqueintermédiaire19,816,5Actifs decouvertureFin 2024Fin 2025

Source : FRR, rapport annuel 2025, expositions y compris produits dérivés.

Fin 2025, les actions non couvertes représentaient 45,4 % de l'actif, contre 41,4 % un an plus tôt. Les actifs de risque intermédiaire, obligations à haut rendement, dette émergente ou actions protégées par des options, pesaient 38,0 %, contre 38,9 %. Les actifs de couverture sont passés de 19,8 % à 16,5 %.

Ce mouvement découle d'une décision de 2024 : allonger l'horizon de gestion au-delà de 2033. Le fonds dit pouvoir ainsi sécuriser d'éventuels versements d'environ 500 millions d'euros par an à partir de 2034. Son allocation de juin 2026 marque une pause, avec 46 % d'actions non couvertes.

Le coussin qui autorise ce risque a un nom : la marge de couverture du passif. C'est l'écart entre l'actif et la valeur actualisée des versements dus. Il atteignait 10,3 milliards d'euros fin 2025, en hausse de 1,5 milliard sur l'année.

Ce que le fonds a rapporté

En 2025, la performance du FRR, nette de frais, a atteint 9,1 %. Elle avait été de 6,5 % en 2024 et de 9,7 % en 2023. Depuis fin 2010, le rendement annualisé est de 4,4 % par an, soit 3,04 points au-dessus du coût moyen de la dette française, selon le fonds.

Les années difficiles existent. Selon les données publiées par le fonds, la performance a été de −5,0 % en 2018 et de −10,0 % en 2022. Le fonds estime à 20,2 % de l'actif, soit 4,18 milliards d'euros, la perte moyenne sur un an dans le 1 % des cas les plus défavorables.

Le FRR résume ses résultats par un indicateur de « création de valeur ». Il compare la hausse de son actif au coût des intérêts que l'État aurait payés en empruntant au lieu d'utiliser ces fonds. Le fonds l'évalue à 15,6 milliards d'euros depuis fin 2010, dont 1,5 milliard en 2025.

Ses charges ont atteint 78,3 millions d'euros en 2025, contre 84,1 millions en 2024. Le premier poste, 35,4 millions, rémunère les sociétés de gestion.

Une gouvernance à part

Le FRR est un établissement public administratif. Son conseil de surveillance réunit deux députés et deux sénateurs, selon le code de la sécurité sociale. Il compte aussi des représentants des syndicats, des employeurs et de l'État, ainsi que des personnalités qualifiées. Le fonds indique qu'il compte vingt membres.

Ce conseil fixe les orientations de la politique de placement. Un directoire de trois membres, présidé par le directeur général de la Caisse des dépôts, dirige le fonds. Les questions de gouvernance d'un fonds public sont développées dans l'article sur qui décide des placements.

Hors trésorerie, le fonds ne gère rien lui-même : il confie ses actifs à des sociétés de gestion. Il les choisit pour l'essentiel par appels d'offres, selon les règles de la commande publique. Fin 2025, 32 % de ses investissements étaient réalisés en France.

Un fonds dont l'avenir reste ouvert

En 2022, la Cour des comptes a dressé un constat sévère. Selon elle, « le maintien de la dénomination historique du fonds entretient donc la confusion ». Le FRR ne détiendrait « plus de réserves destinées à financer des pensions de retraite dans le futur ».

La Cour recommandait de « transférer l'actif résiduel » du fonds à la Cades, « ou redéfinir sa nature et ses missions ». En réponse, le président du directoire a rejeté l'hypothèse d'une suppression du fonds. Il a fait valoir que l'excédent d'actif est un indicateur de gestion prudente, et non un reliquat à transférer.

La loi laisse une porte ouverte. Selon le code de la sécurité sociale, les réserves qui excèdent les engagements envers la Cades peuvent recevoir une autre affectation. Une loi de financement peut les consacrer à corriger des déséquilibres conjoncturels des régimes de retraite.

Ce que ces chiffres ne disent pas

La performance du FRR est mesurée en euros courants, avant inflation. La création de valeur est un indicateur du fonds lui-même. Elle compare son rendement au coût de la dette, pas à un placement de même risque.

Depuis 2010, ses actions et actifs de risque intermédiaire ont progressé de 163,1 % au total, ses actifs de couverture de 27,6 %. Le résultat dépend donc surtout des marchés d'actions, qui peuvent aussi reculer.

Enfin, selon la Cour des comptes, les actifs adossés à la dette de la Cades « ne sont donc pas des réserves du système de retraite ». La distinction entre réserve, fonds de pension et fonds souverain aide à situer le fonds. Ses 20,7 milliards d'euros pèsent 0,7 % du PIB. Le site présente aussi des fonds publics étrangers alimentés dans la durée, comme le fonds norvégien.

Conclusion

Depuis 2011, le FRR rembourse une dette au lieu de préparer des pensions, et il l'a fait chaque année. Sa gestion, adossée à ce passif, a rapporté 4,4 % par an depuis fin 2010. Il lui reste huit versements à faire, avec une marge de 10,3 milliards d'euros ; son rôle après 2033 reste à décider.

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