Capitalisation en France · Explication
L'épargne salariale au service de la retraite
Publié le 5 octobre 2026
Participation, intéressement, plan d'épargne entreprise : ces mots reviennent chaque année sur les relevés de millions de salariés. On les range rarement du côté de la retraite. Pourtant, une partie de ces sommes aboutit sur un plan qui ne s'ouvre qu'au départ.
L'épargne salariale couvre plus d'un salarié du privé sur deux. Mesurer ce qui en part vraiment vers la retraite situe la place réelle de la capitalisation en France.
L’essentiel : En 2024, les entreprises de 10 salariés ou plus ont distribué 26,4 milliards d'euros de participation, d'intéressement et d'abondements, selon la Dares. Les plans de retraite en recueillent beaucoup moins que les plans à cinq ans : 3,2 milliards d'euros ont été versés sur les plans d'épargne retraite collectifs, contre 14,0 milliards sur les plans d'épargne entreprise.
Quatre dispositifs, deux horizons
L'intéressement associe les salariés aux résultats ou aux performances de l'entreprise. Selon le code du travail, il est facultatif et « présente un caractère aléatoire ». Le total des primes ne peut dépasser 20 % des salaires bruts. La prime d'un salarié est plafonnée aux trois quarts du plafond annuel de la sécurité sociale.
La participation, elle, est obligatoire dans les entreprises d'au moins cinquante salariés. Les sommes sont bloquées cinq ans, sauf si le salarié demande à les percevoir.
La loi fixe une formule de base. On retire du bénéfice net 5 % des capitaux propres. La réserve est égale à la moitié du résultat, multipliée par la part des salaires dans la valeur ajoutée. Dans les entreprises de 10 salariés ou plus dotées de la participation, 81,4 % des salariés relèvent de cette formule, selon la Dares.
Le plan d'épargne entreprise, ou PEE, est un portefeuille collectif que l'employeur peut compléter. Cet abondement ne peut dépasser le triple du versement du salarié, ni 8 % du plafond annuel de la sécurité sociale. Les sommes sont disponibles au bout de cinq ans, sauf cas de déblocage anticipé fixés par décret.
Le quatrième dispositif vise la retraite. L'ancien plan d'épargne pour la retraite collectif, le Perco, cède la place depuis 2019 au plan d'épargne retraite d'entreprise collectif. Son épargne reste bloquée jusqu'à la retraite, sauf exceptions prévues par la loi, puis sort en capital ou en rente.
Ce qui a été distribué en 2024
La Dares, le service statistique du ministère du Travail, mesure ces dispositifs chaque année. En 2024, 54,0 % des salariés du secteur privé non agricole étaient couverts par au moins l'un d'eux, soit 10,6 millions de personnes. Cette part a progressé de 1,8 point en un an.
Le PEE reste le plus répandu, avec 45,4 % des salariés couverts. Suivent la participation, à 39,3 %, l'intéressement, à 35,6 %, et le Perco ou PER collectif, à 28,4 %. La couverture dépend surtout de la taille : 19,8 % des salariés des entreprises de moins de 10 salariés, contre 61,8 % au-delà.
Dans les entreprises de 10 salariés ou plus, les montants distribués au titre de 2024 se répartissent ainsi.
| Dispositif, entreprises de 10 salariés ou plus | Montant brut distribué | Bénéficiaires | Moyenne par bénéficiaire |
|---|---|---|---|
| Participation | 11,4 Md€ | 5,8 millions | 1 959 € |
| Intéressement | 11,9 Md€ | 5,6 millions | 2 130 € |
| Abondement du PEE | 2,2 Md€ | 2,4 millions | 887 € |
| Abondement du Perco ou PER collectif | 858 M€ | 1,2 million | 739 € |
| Ensemble | 26,4 Md€ | 8,5 millions | 3 113 € |
Tous dispositifs confondus, les primes représentent 7,1 % de la masse salariale des bénéficiaires. En ajoutant les petites entreprises, la Dares estime le total à 27,2 milliards d'euros pour l'ensemble du secteur privé non agricole.
Ce qui va vraiment vers la retraite
Une prime distribuée n'est pas une prime épargnée : le salarié peut en demander le versement. La Dares mesure donc aussi ce qui arrive sur les plans. En 2024, dans les entreprises de 10 salariés ou plus, 4,5 millions de salariés ont versé 14,0 milliards d'euros sur un PEE.
Les Perco et PER collectifs ont reçu 3,2 milliards d'euros, versés par 1,6 million de salariés, soit 2 048 € en moyenne. L'argent n'y arrive pas par les mêmes canaux que sur le PEE.
Source : Dares, L'épargne salariale en 2024, tableau 3 (entreprises de 10 salariés ou plus).
Sur le PEE, l'intéressement fournit 40,3 % des sommes et la participation 30,8 %. Sur les plans de retraite, la participation pèse 26,5 % et l'intéressement seulement 19,3 %. L'abondement de l'employeur y atteint 24,4 %, contre 13,9 % sur le PEE, et le compte épargne-temps 8,8 %, contre 0,3 %.
Les versements volontaires des salariés représentent 18,2 % des sommes sur les plans de retraite et 12,5 % sur le PEE. Les transferts d'un autre plan pèsent 2,3 % et 1,2 %, la prime de partage de la valeur 0,5 % et 1,0 %.
La loi oriente une partie de la participation vers la retraite. Quand un salarié ne dit rien, sa part de participation va pour moitié sur le plan de retraite collectif, s'il en existe un. L'intéressement non réclamé va, lui, sur le PEE.
La Drees, qui suit la retraite supplémentaire, aboutit à un ordre de grandeur voisin. Selon elle, les PER d'entreprise collectifs ont reçu 3,6 milliards d'euros de cotisations en 2024. C'est une petite partie des 21,4 milliards versés cette année-là sur l'ensemble des contrats de retraite supplémentaire.
Le PER collectif, une épargne d'appoint
Le code monétaire et financier encadre le PER collectif. Il doit être ouvert à tous les salariés, avec une condition d'ancienneté de trois mois au plus. Il peut prévoir l'adhésion par défaut, sauf refus du salarié.
L'employeur peut y faire un versement initial, puis des versements périodiques, à condition d'en faire bénéficier tous les salariés de la même façon. Quand le plan propose d'autres supports que des fonds d'épargne salariale, un comité de surveillance est obligatoire. Les représentants des titulaires y occupent au moins la moitié des sièges, et le président est choisi parmi eux.
Ce qui fait la valeur de ces plans, c'est la régularité. Des sommes versées tôt et longtemps pèsent plus qu'un meilleur rendement obtenu sur peu d'années. L'article le temps vaut plus que le taux le montre. Le site explique ce mécanisme dans sa page sur les intérêts composés.
Leur poids reste toutefois limité. L'épargne salariale fait partie des dispositifs de capitalisation qui existent déjà en France, qui restent un complément de la répartition.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les montants de la Dares sont bruts et exprimés en euros courants. Ils portent sur l'exercice : la participation et l'intéressement de 2024 sont le plus souvent versés en 2025. La Dares a aussi corrigé en 2026 le montant de la participation de 2023, ramené de 11,5 à 10,8 milliards d'euros.
Les versements sur les plans ne disent rien du stock accumulé ni des retraits. Un salarié peut placer une prime sur son PEE, puis la retirer cinq ans plus tard. Les chiffres de la Dares et de la Drees ne portent pas non plus sur le même champ.
Les moyennes masquent de fortes inégalités d'accès. Dans les entreprises de moins de 10 salariés, moins d'un salarié sur cinq est couvert par un dispositif. Les montants moyens ne disent rien non plus de leur dispersion entre salariés.
Conclusion
L'épargne salariale distribue plus de 26 milliards d'euros par an dans les entreprises de 10 salariés ou plus.
Ce qui est placé va surtout sur des plans disponibles au bout de cinq ans. Les plans de retraite collectifs n'en recueillent qu'une fraction, nourrie par la participation, l'abondement et le compte épargne-temps. Leur place dans l'ensemble est décrite sur la carte de la capitalisation en France.
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