Risques et conditions de réussite · Explication
Inflation et rentes non indexées
Publié le 5 octobre 2026
Une rente de 1 000 € par mois versée pendant trente ans semble offrir un revenu stable. En euros, c'est vrai. En pouvoir d'achat, elle peut perdre plus de la moitié de sa valeur avant la fin.
La différence tient à une clause : l'indexation. Une rente revalorisée suit les prix ; une rente fixe les subit.
L’essentiel : Une rente fixe de 1 000 € par mois ne vaut plus que 820 € d'aujourd'hui après vingt ans à 1 % d'inflation, 673 € à 2 % et 554 € à 3 %. Les pensions de base françaises sont, elles, revalorisées chaque 1er janvier selon les prix, avec un décalage d'un an qui a pesé en 2022 et 2023.
Ce que l'inflation fait à une rente fixe
Une rente non indexée verse chaque mois le même nombre d'euros. Chaque année, ces euros achètent un peu moins. L'effet se compose, comme des intérêts, mais en sens inverse.
Source : calcul du blog.
À 2 % d'inflation par an, l'hypothèse retenue par l'OCDE dans ses projections, la rente ne vaut plus que 820 € d'aujourd'hui après dix ans. Elle tombe à 673 € après vingt ans, puis à 552 € après trente ans.
À 1 % par an, elle vaut encore 905 €, 820 € puis 742 €. À 3 %, elle descend à 744 €, 554 € puis 412 €. Après trente ans à 3 %, il reste donc moins de la moitié du pouvoir d'achat de départ.
Un repère aide à lire ces chiffres. À 2 % d'inflation, une rente fixe perd la moitié de son pouvoir d'achat en 35 ans ; à 3 %, en un peu plus de 23 ans. Or, selon la Drees, vingt-cinq ans correspondent à peu près à la durée moyenne d'une retraite.
Le même mécanisme réduit le rendement d'un placement, comme le montre l'article sur le rendement réel. Pour une rente, il joue sur le revenu lui-même, chaque mois.
Revenu revalorisé ou revenu fixe
Une rente revalorisée augmente chaque année selon un indice, le plus souvent celui des prix. Son montant en euros grimpe, mais son pouvoir d'achat reste stable. C'est la convention de l'OCDE dans ses projections : les capitaux accumulés y sont convertis en rentes indexées sur les prix.
Cette protection n'est pas gratuite. À capital égal, un revenu revalorisé démarre plus bas qu'un revenu fixe. L'OCDE le rappelle : à dépense égale, une indexation généreuse se paie par une pension initiale plus faible.
Le calcul du blog le montre sur un exemple. Un capital de 100 000 € à 65 ans est converti en retraits mensuels pendant 23,6 ans. C'est l'espérance de vie d'une femme de 65 ans, selon l'Insee. L'inflation est supposée de 2 % par an.
| Scénario | Retrait revalorisé, en euros d'aujourd'hui | Retrait fixe, au départ | Le fixe passe sous le revalorisé après |
|---|---|---|---|
| Défavorable, 0 % réel | 353 € | 442 € | environ 11 ans |
| Central, 2,5 % réel | 466 € | 570 € | environ 10 ans |
| Favorable, 4 % réel | 541 € | 653 € | environ 9 ans et demi |
Dans le scénario central, la version fixe verse 22 % de plus au départ. Au bout d'une dizaine d'années, vers 75 ans, son pouvoir d'achat passe sous celui de la version revalorisée. Après vingt ans, elle ne vaut plus que 383 € d'aujourd'hui, contre 466 €.
La version fixe favorise donc les premières années, la version revalorisée les dernières. L'OCDE relève qu'une indexation généreuse pénalise les personnes à faible espérance de vie, et profite davantage aux femmes, qui vivent plus longtemps.
Comment sont revalorisées les pensions de base
Les pensions de base françaises sont des revenus revalorisés. Le code de la sécurité sociale en fixe la règle. Selon son article L161-23-1, le coefficient applicable aux pensions du régime général et des régimes agricoles est fixé chaque 1er janvier.
Ce coefficient est défini à l'article L161-25. Il est « égal à l'évolution de la moyenne annuelle des prix à la consommation, hors tabac ». Le calcul porte sur les douze derniers indices mensuels publiés par l'Insee. S'il est inférieur à un, le coefficient est porté à un : les pensions ne baissent pas en euros.
Au 1er janvier 2026, ce coefficient était de 1,009, soit une hausse de 0,9 %, selon la Cnav. Le législateur peut toutefois déroger à la règle. En 2019, selon la Drees, les pensions de base n'ont été revalorisées que de 0,3 %, un niveau inférieur à l'inflation.
Les pensions complémentaires suivent d'autres règles. À l'Agirc-Arrco, selon la Drees, l'accord du 5 octobre 2023 fixe la règle pour 2024 à 2026. La valeur du point suit au moins l'inflation moins 0,4 point, sans pouvoir baisser. Ces pensions relèvent toutes d'un système par répartition, décrit dans la page sur les deux façons de financer la retraite.
2022 : un an de retard sur les prix
La règle a un défaut : elle regarde en arrière. Selon la Drees, l'inflation d'une année n'est en général répercutée sur les pensions que l'année suivante. Quand les prix accélèrent, les pensions perdent donc du pouvoir d'achat pendant un temps.
L'année 2022 l'a montré. Selon l'Insee, les prix ont augmenté de 5,2 % en moyenne sur l'année, après 1,6 % en 2021. Au 1er janvier 2022, les pensions de base n'avaient été revalorisées que de 1,1 %, au titre de l'inflation passée.
Face à l'écart, le législateur a anticipé. La loi du 16 août 2022 sur le pouvoir d'achat a revalorisé les pensions de base de 4 % au 1er juillet. Elle prévoyait aussi de retrancher cette avance de la revalorisation suivante.
D'où la faible hausse du 1er janvier 2023 : 0,8 %, selon la Drees. Sur l'année 2023, la pension de base des personnes déjà retraitées a baissé de 2,8 % en euros constants. Le rattrapage est venu l'année suivante : 5,3 % au 1er janvier 2024, au titre de l'inflation de 2023.
L'indexation protège donc le pouvoir d'achat sur la durée, pas d'une année sur l'autre. Pour une rente fixe, aucun rattrapage n'existe : chaque point d'inflation est perdu pour de bon.
Même revalorisée, une pension s'érode un peu
La Drees suit deux cas types partis à la retraite à 60 ans en 1999. Entre fin 1999 et fin 2024, la pension brute d'un ancien salarié non-cadre a perdu 5,8 % de pouvoir d'achat, et celle d'un ancien cadre 6,8 %.
Ces baisses tiennent surtout à des revalorisations inférieures à l'inflation dans certains régimes, notamment complémentaires. Une fois déduits les prélèvements sociaux, qui ont augmenté, les pertes atteignent 6,5 % et 9,2 %.
Une rente fixe aurait fait bien pire. À 2 % d'inflation, elle aurait perdu 39 % de son pouvoir d'achat en vingt-cinq ans. Le risque d'inflation pèse d'abord sur les revenus que rien ne revalorise.
Ce que ces chiffres ne disent pas
L'inflation est supposée constante, ce qu'elle n'est jamais. L'épisode de 2022 montre qu'un choc de quelques années suffit à creuser l'écart, et qu'il ne se rattrape pas pour une rente fixe.
L'indice des prix mesure le panier moyen des ménages. Celui d'un retraité n'a pas la même composition, et peut évoluer autrement.
La comparaison entre retrait fixe et retrait revalorisé suppose un rendement constant et ignore les frais d'un assureur. Un contrat réel fixe sa propre règle de revalorisation : l'article L161-25 ne s'applique qu'aux prestations qui y renvoient. La fiscalité n'est pas prise en compte.
Conclusion
Une rente fixe en euros perd un quart de son pouvoir d'achat en trente ans à 1 % d'inflation, et plus de la moitié à 3 %. Les pensions de base françaises échappent à cette érosion par une revalorisation annuelle sur les prix, avec un an de décalage. Pour une rente, la règle d'indexation compte autant que le montant de départ.
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