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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Modèles internationaux · Étude de cas

Danemark : ATP, la base collective

Publié le 5 octobre 2026

Rapporté à la taille de son économie, le Danemark a accumulé le plus grand patrimoine de retraite de l'OCDE : 206,4 % du PIB fin 2024. À la base de l'édifice se trouve un fonds unique, ATP, auquel presque tous les salariés versent un montant forfaitaire, quel que soit leur salaire.

ATP montre une capitalisation collective réduite à l'essentiel : une petite cotisation, une rente garantie à vie, une gestion confiée aux employeurs et aux syndicats.

L’essentiel : Au Danemark, presque tous les salariés cotisent à ATP, un fonds collectif né en 1964 qui verse une rente viagère garantie, pour une cotisation forfaitaire de 297 couronnes par mois à temps plein, payée aux deux tiers par l'employeur. ATP s'ajoute à la pension publique et aux pensions professionnelles, qui portent ensemble les actifs de retraite danois à 206,4 % du PIB, le niveau le plus élevé de l'OCDE.

Trois étages

Le portail public danois distingue trois types de pensions : les pensions légales, les pensions professionnelles et l'épargne individuelle. À côté de la pension publique, la « folkepension », figure ATP, qui couvre presque tout le monde. Les pensions professionnelles, elles, sont prévues par le contrat de travail.

Ces pensions professionnelles découlent des accords collectifs. L'OCDE les classe comme quasi obligatoires, avec des taux de cotisation supérieurs à 10 % du salaire. En 2023, selon elle, 67,7 % des 15-64 ans y détenaient des droits, et plus de 90 % dans ATP.

La pension publique : un socle sous conditions

La folkepension est versée par l'État à partir de l'âge légal. En 2026, son montant de base atteint 7 544 couronnes par mois avant impôt, pour une personne seule comme en couple. S'y ajoute un complément de 8 729 couronnes pour une personne seule, et de 4 467 couronnes pour une personne en couple.

Les revenus du travail ne réduisent ni le montant de base ni le complément. Mais le complément diminue avec les autres revenus, dont les pensions professionnelles, au-delà d'un seuil. Une pension professionnelle élevée réduit donc le complément public.

L'âge légal monte par étapes. Il est de 67 ans pour les personnes nées entre juillet 1955 et 1962, de 68 ans pour celles nées de 1963 à 1966. Il atteint 69 ans pour les générations 1967 à 1970, et 70 ans à partir de 1971. Selon l'OCDE, le Parlement a confirmé en mai 2025 le passage à 70 ans en 2040.

ATP : une cotisation forfaitaire, une rente garantie

Selon sa loi, les cotisations à ATP ont commencé le 1er avril 1964, et les premières pensions ont été versées le 1er avril 1965.

La cotisation ne dépend pas du salaire, mais du temps de travail. En 2026, un salarié du secteur privé à temps plein verse 297 couronnes par mois : 99 à sa charge, 198 à celle de l'employeur. À deux tiers de temps, la cotisation tombe à 198 couronnes, et elle est nulle sous 39 heures par mois.

En échange, ATP verse une rente à vie à partir de l'âge légal de la pension publique. Selon son rapport annuel, 80 % des cotisations servent à acquérir des droits garantis. Les 20 % restants sont placés pour augmenter les pensions et faire face aux imprévus, comme un allongement de l'espérance de vie.

Après une hausse de 2 % au 1er janvier 2026, la pension ATP moyenne atteint 17 850 couronnes par an. C'est la quatrième revalorisation en dix ans. Pour certains retraités, note le fonds, elle n'est qu'un complément mineur ; pour d'autres, elle pèse davantage.

Un fonds collectif et paritaire

ATP compte 5,8 millions de membres. Fin 2025, ses provisions de retraite atteignaient 694 milliards de couronnes, dont 530 milliards de pensions garanties. Une réserve de 117 milliards couvre les risques et finance les hausses. En 2025, il a versé 20,1 milliards de couronnes à 1,1 million de retraités.

Sa gouvernance est paritaire. Selon sa loi, son assemblée des représentants compte 15 représentants des employeurs, 15 des salariés et un président sans attache avec leurs organisations. Son conseil de surveillance réunit ce président et 12 membres, six du côté des employeurs, employeurs publics compris, et six du côté des salariés.

Les frais sont faibles. ATP déclare des dépenses totales égales à 0,31 % de ses provisions en 2025. Sur une carrière, le niveau des frais pèse lourd, comme le montre 1 % de frais sur 40 ans. Le site détaille aussi ce que pèsent les frais.

Ce que montrent les chiffres de l'OCDE

Pour un salarié au salaire moyen entré sur le marché du travail en 2024, l'OCDE projette un taux de remplacement brut de 72,7 %. La pension publique en apporte 29,0 points, les régimes privés obligatoires ou quasi obligatoires 43,8 points. En France, où l'OCDE ne compte que des régimes publics, le taux est de 56,6 %.

Taux de remplacement brut d'un salarié au salaire moyen, selon l'OCDE (en %)
2943,8Danemark, départ à 74 ans56,60France, départ à 65 ansPension publiqueRégimes privés obligatoires

Salarié entré sur le marché du travail à 22 ans en 2024, carrière complète. Source : OCDE, Pensions at a Glance 2025, tableau 4.2.

Ce calcul suppose un départ à 74 ans, l'âge que donnerait le lien actuel avec l'espérance de vie. L'OCDE note que le Danemark pourrait assouplir ce lien, ce qui abaisserait cet âge projeté. En net, le taux danois atteint 77,1 %, contre 70,0 % en France.

Ce qui ne se transpose pas

ATP associe depuis plus de soixante ans l'État, les employeurs et les syndicats : son patrimoine est le fruit de six décennies de cotisations. Les pensions professionnelles danoises reposent, elles, sur des accords collectifs, qui ne couvrent pas tous les secteurs.

Le principe est pourtant simple : une cotisation forfaitaire, une gestion collective, une rente garantie. C'est une réponse à la question du risque, cinquième point de la grille de lecture commune. Ici, le fonds porte la garantie, et les membres partagent les hausses quand les résultats le permettent.

Une rente viagère protège aussi contre un risque que l'épargne individuelle laisse à chacun : vivre plus longtemps que prévu. C'est ce que détaille un capital n'est pas un revenu.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les montants sont en couronnes danoises et ne se comparent pas directement à des montants en euros. Les provisions d'ATP, souvent présentées comme ses actifs, regroupent ses pensions garanties, sa réserve et d'autres provisions.

La garantie a ses limites. ATP reconnaît que l'inflation des dernières années l'a empêché de maintenir la valeur réelle des pensions. Une rente garantie protège contre les marchés ; elle ne protège pas entièrement contre la hausse des prix.

Le taux de remplacement de l'OCDE repose sur un âge de départ de 74 ans qui pourrait être révisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Conclusion

ATP montre qu'une capitalisation collective peut rester simple. Une cotisation forfaitaire, payée aux deux tiers par l'employeur, finance une rente viagère garantie, gérée par les partenaires sociaux. Seule, elle ne fait pas une retraite. Au Danemark, elle s'ajoute à la pension publique et aux pensions professionnelles, qui portent le patrimoine de retraite à plus de deux fois le PIB.

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