Modèles internationaux · Étude de cas
Royaume-Uni : une pension par défaut à la sortie
Publié le 5 novembre 2026
Au Royaume-Uni, l'adhésion automatique a fait entrer des millions de salariés dans l'épargne retraite sans qu'ils aient à choisir. À la sortie, en revanche, chacun reste seul face à son capital. Le 3 novembre 2026, le Gouvernement a mis en consultation un dispositif pour changer cela.
Son nom : la « retraite guidée ». Elle oblige les régimes à proposer, par défaut, un revenu qui dure toute la vie.
L’essentiel : Le 3 novembre 2026, le Gouvernement britannique a mis en consultation la « retraite guidée » : à la sortie, chaque régime d'épargne retraite d'entreprise devra présélectionner une pension par défaut, qui protège contre le risque de vivre longtemps au-delà de 10 000 £ d'épargne. L'obligation s'appliquerait à la plupart des régimes vers l'été 2029.
Le constat : un capital, pas une pension
Le ministre des Pensions, Torsten Bell, résume le problème dans l'avant-propos. Le système actuel crée selon lui des « savings pots », des cagnottes, plutôt qu'un vrai système de pensions. À la retraite, on attend soudain de l'épargnant qu'il devienne actuaire, gérant et devin.
Le document chiffre ce manque de préparation. Parmi les détenteurs d'une épargne retraite à cotisations définies, 53 % disent vouloir un revenu garanti à vie. Mais 77 % de ceux qui n'y ont pas encore touché n'ont pas de plan clair. Un sur cinq ignore même qu'il devra faire un choix.
L'offre manque aussi. Environ 40 % des régimes d'entreprise à cotisations définies ne proposent aucun produit de sortie. Le salarié doit alors chercher seul une solution sur le marché.
Ce que font les épargnants aujourd'hui
Les données de l'autorité financière, la FCA, montrent la conduite réelle. En 2025-2026, plus d'un million de comptes d'épargne retraite ont été entamés pour la première fois. Près de la moitié, 46 %, ont été vidés d'un coup.
Le choix dépend beaucoup du montant épargné. Les petits comptes partent presque tous en retrait total ; les gros vont surtout en retraits programmés, où le capital reste placé.
Source : DWP, Guided retirement policy consultation, figure 2 (données FCA).
| Montant du compte | Retrait total | Retraits programmés | Rente viagère | Retrait partiel non fiscalisé |
|---|---|---|---|---|
| Moins de 10 000 £ | 82 % | 11 % | 2 % | 5 % |
| 10 000 à 30 000 £ | 49 % | 34 % | 9 % | 9 % |
| Plus de 30 000 £ | 11 % | 67 % | 16 % | 6 % |
La rente viagère reste minoritaire à tous les niveaux. Sur dix ans, la FCA compte environ 670 000 premiers accès en 2015-2016 et 1,04 million en 2025-2026. Les retraits programmés ont été multipliés par plus de quatre, d'environ 80 000 à 400 000.
Or un retrait programmé n'assure rien sur la durée. Le retraité qui puise trop vite risque de manquer d'argent en fin de vie ; celui qui puise trop peu se prive sans raison. Notre article sur le risque de vivre plus longtemps que son capital mesure ce danger avec les tables de mortalité françaises.
La règle proposée : un défaut avec protection viagère
La loi de 2026 sur les régimes de retraite pose le principe ; la consultation en précise l'application. Quand un salarié contacte son régime pour toucher son épargne, une « pension par défaut » lui est présentée comme option présélectionnée. Elle est conçue pour un groupe d'adhérents, pas pour lui seul.
Le Gouvernement retient quatre principes, publiés en juillet 2026. Aucune décision complexe ne doit être exigée, et la pension par défaut protège contre le risque de longévité. L'épargnant reste libre de choisir autre chose. Un seul consentement suffit pour entrer dans le dispositif.
La protection viagère est le cœur du texte. Le régime ne peut pas fixer d'âge au-delà duquel elle s'arrêterait. Selon le Gouvernement, de simples retraits programmés ne suffisent pas à l'assurer.
Plusieurs montages restent possibles. Le régime peut verser des retraits programmés puis une rente achetée en bloc pour la fin de vie. Il peut aussi passer par les futurs régimes collectifs de retraite, qui partagent le risque entre adhérents. Les achats groupés de rentes pourraient obtenir de meilleurs tarifs qu'un épargnant isolé.
Le seuil de 10 000 livres
La protection viagère ne serait obligatoire qu'au-delà de 10 000 £ d'épargne chez un même régime. Ce montant s'entend après le retrait de la part versable en capital. En dessous, le régime peut proposer des versements réguliers qui ne durent pas toute la vie.
Le Gouvernement justifie ce niveau par un ordre de grandeur. Aujourd'hui, 10 000 £ permettent à un non-fumeur de 65 ans en bonne santé d'acheter une rente d'environ 600 à 750 £ par an.
Certains professionnels demandaient un seuil de 30 000 £. Selon le Gouvernement, ce seuil plus haut exclurait environ 290 000 comptes supplémentaires de personnes de 60 à 65 ans. Il ajoute que l'épargne accumulée devrait grossir à mesure que les salariés cotisent plus longtemps.
Le calendrier
La consultation est ouverte jusqu'au 22 décembre 2026. Les règlements et les règles de la FCA suivront, en même temps selon le Gouvernement.
La plupart des régimes multi-employeurs et des régimes contrôlés par la FCA disposeraient ensuite de douze mois. Le Gouvernement en déduit une obligation vers l'été 2029. Les régimes multi-employeurs réservés à un groupe fermé d'entreprises auraient vingt-quatre mois, soit vers l'été 2030.
La France en regard
En France, la sortie d'un plan d'épargne retraite ne comporte pas de défaut de ce type. L'article L224-5 du code monétaire et financier impose une rente viagère pour les droits issus des versements obligatoires. Pour les autres, le titulaire choisit entre une rente et un capital, versé en une fois ou en plusieurs.
Notre article sur la rente et le capital détaille ce que chaque option protège. Le projet britannique ne supprime pas ce choix : il change ce qui se passe quand l'épargnant ne choisit pas.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le texte n'est qu'une consultation. Le seuil, le calendrier et les montages admis peuvent changer après le 22 décembre. Le Gouvernement interroge lui-même les professionnels sur le niveau du seuil et sur un éventuel plafond pour les gros comptes.
Les données de la FCA décrivent des comptes, pas des personnes. Un même épargnant peut vider un petit compte et en garder un autre en retraits programmés. Le document le reconnaît : beaucoup de salariés détiennent plusieurs comptes chez des régimes différents.
La consultation ne chiffre pas le gain de revenu attendu. Elle affirme que les achats groupés obtiendront de meilleurs tarifs, sans donner d'écart de prix. Elle prévient aussi que des rentes groupées seront moins personnalisées, faute d'examen médical individuel.
Enfin, le texte et le graphique de la consultation diffèrent d'un point sur deux valeurs. Entre 10 000 et 30 000 £, le texte donne 48 % de retraits totaux, le graphique 49 %. Nous reprenons les valeurs du graphique, qui forment un ensemble complet.
Conclusion
Le Royaume-Uni a d'abord misé sur l'inertie pour faire épargner. Il veut maintenant s'en servir pour faire durer l'épargne : sans décision de sa part, l'épargnant recevrait un revenu viager plutôt qu'un capital à gérer seul.
Le pari repose sur la capacité des régimes à concevoir ces pensions par défaut d'ici 2029. Il repose aussi sur leur aptitude à acheter la protection viagère moins cher que les épargnants isolés.
Lectures recommandées
- Vivre plus longtemps que son capital — Pourquoi un capital consommé sur l'espérance de vie moyenne s'épuise trop tôt pour la majorité des retraités.
- Rente ou capital à la sortie ? — Ce que la loi française permet à la sortie d'un PER, et ce que rente et capital protègent chacun.
- Irlande : moins de 4 % quittent l'épargne automatique — L'Irlande applique l'inertie à l'entrée dans l'épargne ; le Royaume-Uni veut l'appliquer aussi à la sortie.