Modèles internationaux · Étude de cas
Irlande : moins de 4 % quittent l'épargne automatique
Publié le 4 novembre 2026
L'Irlande a ouvert le 1er janvier 2026 un régime d'épargne retraite où l'on entre sans rien signer. Huit mois plus tard, la première fenêtre de sortie s'est refermée. Sur près de 850 000 inscrits, 29 352 en sont partis.
Ce premier bilan dit combien de salariés restent quand l'épargne se fait par défaut. Il dit aussi qui part, et pourquoi.
L’essentiel : Depuis le 1er janvier 2026, les salariés irlandais de 23 à 60 ans qui gagnent au moins 20 000 € par an et n'ont pas de retraite d'entreprise épargnent d'office dans MyFutureFund. Fin août, 29 352 participants en étaient sortis, sur 847 743 inscrits en août : moins de 4 % selon le ministre.
Qui entre dans MyFutureFund
La loi de 2024 sur l'adhésion automatique fixe trois conditions. Le salarié a au moins 23 ans et moins de 60 ans. Il gagne au moins 20 000 € par an, tous emplois confondus. Son emploi n'est pas déjà couvert par une retraite d'entreprise jugée suffisante.
Ce dernier point vise un trou de couverture précis : le régime s'adresse à ceux que leur employeur n'affilie à rien. Personne ne s'inscrit lui-même. L'autorité chargée du régime, la NAERSA, repère les salariés éligibles à partir des fiches de paie transmises à l'administration fiscale. Elle envoie ensuite à l'employeur la liste des retenues à opérer.
Les salariés de 18 à 22 ans, de 60 à 66 ans ou sous le seuil de revenu peuvent adhérer volontairement. Les indépendants ne le peuvent pas, selon la présentation du ministère du 10 septembre 2026.
Trois cotisants et une montée en dix ans
Chaque versement a trois sources : le salarié, l'employeur et l'État. La loi en fixe les taux par paliers de trois ans, en pourcentage du salaire brut.
| Années | Salarié | Employeur | État | Total |
|---|---|---|---|---|
| 1 à 3 (2026-2028) | 1,5 % | 1,5 % | 0,5 % | 3,5 % |
| 4 à 6 (2029-2031) | 3 % | 3 % | 1 % | 7 % |
| 7 à 9 (2032-2034) | 4,5 % | 4,5 % | 1,5 % | 10,5 % |
| 10 et suivantes | 6 % | 6 % | 2 % | 14 % |
Source : Automatic Enrolment Retirement Savings System Act 2024, section 61.
Le ministère résume le premier palier ainsi : 3 € épargnés par le salarié deviennent 7 € sur son compte. La cotisation n'est plus due sur la part du salaire annuel qui dépasse 80 000 €.
Pour un salaire brut de 40 000 €, le calcul est simple. Le compte reçoit 1 400 € par an jusqu'en 2028, dont 600 € retenus sur la paie. Au dernier palier, il recevrait 5 600 € par an, dont 2 400 € à la charge du salarié.
Les frais sont fixés à l'avance. Les frais d'administration valent 55 centimes par semaine de cotisation, soit 28,60 € sur une année pleine. Les frais de gestion financière sont annoncés à un peu moins de 0,04 % de l'encours en moyenne.
Un forfait pèse plus lourd sur un petit compte : 28,60 € représentent 2 % des 1 400 € versés en un an au salaire de 40 000 €. Notre article sur les frais publiés détaille les autres couches de frais d'un placement.
Où va l'argent
Sans choix du salarié, la loi place les versements selon l'horizon de départ. À plus de quinze ans de l'âge de la pension publique, ils vont au niveau de risque le plus élevé. Entre quinze et cinq ans, au niveau moyen ; à moins de cinq ans, au niveau le plus prudent.
Le salarié peut choisir lui-même entre ces trois niveaux, à tout moment. La gestion est confiée à trois sociétés, BlackRock, Amundi et Irish Life, selon le ministère. Les sommes sont disponibles à l'âge de la pension publique, aujourd'hui 66 ans. Dans les premières années, elles seront versées en capital, d'un seul coup.
Les premiers chiffres
Au 31 juillet 2026, le ministère comptait 826 000 participants et 115 000 employeurs inscrits. Les comptes avaient reçu 447 millions d'euros, dont 70,8 millions versés par l'État. Salariés et employeurs avaient apporté chacun environ 223 millions.
La loi interdit de sortir pendant les six premiers mois. Le salarié peut le faire aux septième et huitième mois, puis à chaque hausse de palier. La première fenêtre a donc couru en juillet et en août 2026.
Le 24 septembre, le ministre de la Protection sociale a répondu par écrit à un député. En août, MyFutureFund comptait 847 743 participants ; fin août, 29 352 étaient sortis. Rapporté à ce total d'août, cela fait 3,5 %.
Le ministre parle de « moins de 4 % » des participants éligibles. Il compare ce taux à environ 10 % au Royaume-Uni et 12 % en Nouvelle-Zélande. Notre article sur l'adhésion automatique à l'étranger détaille ces deux expériences.
Celui qui sort récupère ses propres cotisations. Celles de l'employeur et de l'État restent placées sur son compte jusqu'à la retraite. Sur les remboursements traités, le salarié a reçu en moyenne 331 € et laissé 440 € sur son compte.
Qui part, et pourquoi
Les tableaux joints à la réponse donnent le motif déclaré par chaque partant. Les priorités financières arrivent en tête, avec 44 % des sorties.
Source : Oireachtas, tableaux joints à la réponse écrite n° 371 du 24 septembre 2026.
| Motif déclaré | Sorties | Part |
|---|---|---|
| Priorités financières | 12 953 | 44,1 % |
| Autres motifs | 10 304 | 35,1 % |
| Autre régime de retraite | 4 755 | 16,2 % |
| Autre source de revenu | 1 340 | 4,6 % |
Les partants sont jeunes. Les 23-30 ans en représentent 10 173 et les 31-40 ans 10 095, soit 69 % à eux deux. Les 41-50 ans sont 5 949 et les 51-60 ans 3 108.
On compte 16 613 hommes, 11 449 femmes et 1 290 personnes sans sexe déclaré. La suspension, autre façon d'arrêter de cotiser sans sortir, reste rare : 322 cas au 2 septembre, selon le ministère.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Ils ne donnent pas de taux de sortie par âge ni par sexe. Les tableaux comptent les partants, pas les inscrits de chaque groupe. Que les moins de 41 ans forment 69 % des sorties peut tenir à leur poids parmi les inscrits.
La répartition par revenu manque aussi : le ministre écrit qu'elle n'a pas pu être fournie. On ne sait donc pas si les priorités financières invoquées concernent surtout les bas salaires.
Le taux de 3,5 % porte sur une cotisation de 1,5 % du salaire. Le vrai test viendra en 2029, quand la part du salarié doublera et qu'une nouvelle fenêtre s'ouvrira. Les partants de 2026 seront, eux, réinscrits d'office deux ans après leur sortie s'ils restent éligibles.
Enfin, ces chiffres ne mesurent pas l'épargne nouvelle. Un salarié peut cotiser à MyFutureFund et réduire une autre épargne. Aucun rendement ne figure dans les documents officiels consultés.
Conclusion
L'Irlande retrouve l'inertie observée ailleurs chez les épargnants : quand il faut agir pour partir, la plupart restent. Sur la première fenêtre, plus de 96 % des inscrits n'ont pas demandé à sortir.
Le régime commence toutefois avec un effort modeste, 3,5 % du salaire en tout. Les paliers de 2029, 2032 et 2035 diront si cette fidélité tient quand la retenue sur la paie quadruple.
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