Modèles internationaux · Étude de cas
Italie : l'adhésion à un fonds devient automatique
Publié le 21 octobre 2026
Depuis le 1er juillet 2026, un salarié italien du privé embauché pour la première fois adhère d'office à un fonds de retraite complémentaire. Son TFR, somme qui s'accumule pendant le contrat, part vers ce fonds sauf renonciation sous soixante jours. L'ancienne règle, qui laissait six mois pour décider, a disparu.
Fin 2025, ces fonds comptaient déjà près de 10,5 millions d'adhérents. La question est de savoir si l'automatisme fera monter la participation.
L’essentiel : Depuis le 1er juillet 2026, un salarié italien du privé embauché pour la première fois adhère d'office à un fonds de retraite complémentaire, et son TFR y est versé s'il ne renonce pas dans les 60 jours. Fin 2025, 10,5 millions de personnes, soit 39,9 % des forces de travail, adhéraient déjà à ces fonds ; la règle n'a pas encore de bilan chiffré.
Ce que change la règle du 1er juillet 2026
La loi du 30 décembre 2025 (n° 199) a modifié l'article 8 du décret législatif de 2005 sur les retraites complémentaires. Elle s'applique aux embauches faites à partir du 1er juillet 2026. Les employés de maison et les agents des administrations publiques en sont exclus.
Avant, l'adhésion était tacite. Le salarié qui se taisait six mois voyait son TFR versé dans le compartiment garanti d'un fonds. Les salariés embauchés jusqu'au 30 juin 2026 restent soumis à cette ancienne règle.
Selon les directives du 19 juin 2026 de la COVIP, l'autorité de contrôle, le salarié « est considéré comme adhérent » dès la première embauche. Il a soixante jours pour renoncer. La renonciation a un effet rétroactif, comme si l'adhésion n'avait jamais eu lieu. Le silence vaut confirmation.
Les versements commencent le mois qui suit ces soixante jours et couvrent ce qui est dû depuis le premier jour de travail. Si le contrat dure moins de soixante jours, l'adhésion automatique ne s'applique pas.
Où part l'argent
Le fonds de destination dépend des accords collectifs applicables à l'entreprise. Quand plusieurs fonds sont possibles, la directive retient celui que désigne l'accord d'entreprise. À défaut, c'est celui qui compte le plus de salariés de l'entreprise à la date d'embauche. Le fonds doit aussi respecter les critères minimaux de placement fixés par la COVIP.
L'ancienne règle ne déplaçait que le TFR. La nouvelle y ajoute les cotisations du salarié et de l'employeur, au niveau que fixe l'accord collectif. Une exception protège les bas salaires. Le salarié ne cotise pas si sa rémunération annuelle brute reste sous l'assegno sociale annuel, l'allocation minimale de vieillesse italienne.
| Cas | TFR versé au fonds | Cotisations salarié et employeur |
|---|---|---|
| Un accord collectif désigne un fonds | La totalité, ou le pourcentage choisi dans les 60 jours si l'accord le permet | Selon l'accord |
| Aucun accord ni contrat | La totalité, vers le fonds COMETA, fonds de repli de la métallurgie | Non dues |
Le salarié qui renonce a deux issues. Il peut choisir un autre fonds, auquel cas le TFR lui est versé depuis la date d'embauche. Il peut aussi garder son TFR selon le régime de l'article 2120 du code civil, c'est-à-dire sans le placer dans un fonds.
La règle vaut aussi pour les salariés déjà adhérents d'un fonds, avec versement de TFR, qui changent d'employeur après le 30 juin 2026. S'ils n'indiquent rien dans les soixante jours, leur TFR suit l'adhésion automatique.
Un point de départ élevé, mais pas uniforme
La COVIP présente le 10 juin 2026 son bilan de 2025. À la fin de l'année, les fonds comptent près de 10,5 millions d'adhérents, soit 4,8 % de plus qu'un an plus tôt. Ils représentent 39,9 % des forces de travail. Leur actif atteint 262 milliards d'euros, soit 11,6 % du PIB et 4 % des actifs financiers des ménages.
Sur les 18,7 milliards d'euros versés en 2025 pour les salariés, plus de la moitié vient du TFR.
Source : COVIP, communiqué du 10 juin 2026.
Le TFR pèse donc plus que les cotisations des salariés et des employeurs réunies : 9,6 milliards contre 9,1.
La participation reste inégale. Les hommes forment 61,2 % des adhérents, et la contribution moyenne des femmes est inférieure de 16 % à celle des hommes. Dans les régions du Nord se concentrent 57,3 % des adhérents ; le taux de participation est bien plus bas dans la majeure partie du Sud. Parmi les adhérents, environ 2,7 millions ne versent rien ; la COVIP note que leur nombre cesse de croître pour la première fois.
Ce que les fonds ont rapporté et coûté
De fin 2015 à fin 2025, les lignes d'investissement les plus riches en actions ont rapporté environ 5 % par an en moyenne composée. Le TFR laissé chez l'employeur s'est revalorisé de 2,5 % par an en moyenne sur la même période. Ces lignes ne sont choisies que par 13,9 % des adhérents.
Les coûts diffèrent beaucoup selon le type de fonds. Sur dix ans, l'indicateur de coût de la COVIP vaut 0,47 % par an pour les fonds négociaux et 1,36 % pour les fonds ouverts. Il atteint 2,17 % pour les plans individuels, où les réseaux de vente pèsent lourd. La COVIP calcule aussi qu'après trente-cinq ans de participation, un coût inférieur d'un point par an donne une prestation supérieure de 18 à 20 %.
Notre simulation sur un point de frais pendant quarante ans en montre le mécanisme.
À la sortie, le capital domine : 5,5 milliards d'euros de prestations en capital en 2025, contre 347 millions d'euros en rente. Le choix entre rente et capital est donc, en Italie, déjà tranché dans les faits.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Aucun chiffre ne mesure encore l'effet de la règle : les données de la COVIP portent sur 2025, avant le 1er juillet 2026. On ne sait pas combien de salariés renonceront, ni si l'automatisme fera monter le taux de 39,9 %. Notre article sur l'adhésion automatique à l'étranger rapporte les participations observées au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande ; l'Italie n'a pas encore de mesure comparable. Le premier bilan viendra avec la relation annuelle sur 2026, au printemps 2027.
Le rendement de 5 % est celui des lignes les plus investies en actions sur une décennie particulière. Il ne vaut pas pour le fonds qui accueille le nouveau salarié : la directive impose des critères minimaux de placement, pas un rendement. Le taux de 39,9 % rapporte aussi les adhérents aux forces de travail, y compris les 2,7 millions qui ne versent rien.
Enfin, une adhésion automatique ne dit rien du montant. Les cotisations dépendent des accords collectifs, et la contribution moyenne en 2025 était de 2 990 euros par an pour les adhérents qui ont versé.
Conclusion
Le salarié italien garde la liberté de refuser dans les soixante jours. Le texte inverse toutefois la charge de la décision : il faut désormais une démarche pour rester hors du fonds.
Le résultat se lira dans les chiffres de la COVIP à partir de 2027 : nombre d'adhérents, versements, renonciations.
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