Aller au contenu
Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation en France · Décryptage

Agirc-Arrco : la répartition qui épargne

Publié le 5 octobre 2026

L'Agirc-Arrco verse chaque mois la retraite complémentaire de 14 millions de retraités du secteur privé. Les cotisations de l'année paient les pensions de l'année : c'est la répartition. Pourtant, ce régime détient la plus grosse réserve financière du système de retraite français.

Ces réserves sont parfois présentées comme un trésor à distribuer, parfois comme la preuve que la répartition capitalise déjà. Elles ne sont ni l'un ni l'autre, et leurs règles expliquent pourquoi.

L’essentiel : Fin 2025, l'Agirc-Arrco détenait 92,1 milliards d'euros de réserves de financement, soit près de onze mois de prestations, selon le COR. Ces réserves ne paient pas de pensions capitalisées : elles amortissent les crises, sous une règle d'or qui impose de garder au moins six mois de prestations en réserve sur quinze ans glissants.

Un régime par répartition et par points

L'Agirc-Arrco est né le 1er janvier 2019 de la fusion de deux régimes. L'Agirc avait été créé en 1947 pour les cadres, l'Arrco en 1961 pour l'ensemble des salariés. Selon le régime, 28 millions de salariés et 1,8 million d'entreprises y cotisent. Les allocations versées atteignent 101 milliards d'euros par an.

Chaque année, les cotisations sont converties en points. À la retraite, le nombre de points multiplié par la valeur du point donne le montant annuel de la pension.

En 2025, les cotisations ont atteint 103,3 milliards d'euros. Les dépenses totales s'élevaient à 103,0 milliards, dont 100,9 milliards de pensions. Le résultat technique, avant produits financiers, s'est limité à 0,3 milliard, contre 1,6 milliard en 2024. Avec 1,1 milliard de résultat financier, le régime a dégagé 1,4 milliard d'excédent.

D'où viennent les réserves

Selon l'Agirc-Arrco, ses réserves résultent de deux sources. Il y a d'abord les excédents accumulés quand le rapport entre cotisants et retraités était plus favorable. S'y ajoute le rendement financier de ces excédents, placés sur les marchés.

Le Conseil d'orientation des retraites (COR) recense chaque année ces réserves. Fin 2025, leur valeur de marché atteignait 92,1 milliards d'euros, soit près de onze mois de prestations, contre 86,5 milliards fin 2024. En ajoutant la trésorerie courante du régime, son fonds de roulement, le total montait à 113,6 milliards, proche de quatorze mois.

L'Agirc-Arrco publie un chiffre voisin : 91,2 milliards d'euros de réserves disponibles fin 2025. Il ne compte que ses valeurs mobilières, en valeur de marché.

Ces réserves ont déjà été plus importantes en proportion. Selon un document présenté au COR en décembre 2025, elles dépassaient un an d'allocations avant la crise financière de 2008.

À quoi elles servent

Le régime le résume ainsi. « Dans le pilotage d'un régime par répartition, les réserves sont un amortisseur nécessaire pour compenser temporairement les déséquilibres économiques et démographiques ». Elles permettent de payer les pensions sans emprunter. L'Agirc-Arrco affiche zéro euro de dette.

L'amortisseur a déjà servi. Selon le document de décembre 2025, plus de 40 milliards d'euros de réserves ont été mobilisés après les crises de 2008, 2011 et 2020. Le régime indique aussi avoir traversé dix années de déficits cumulés, de 2009 à 2019.

Pendant la crise sanitaire, 5 milliards d'euros de réserves ont financé les droits à retraite de 9 millions de salariés au chômage partiel.

Ces réserves ne créent aucun droit individuel. Elles appartiennent au régime, comme l'explique la distinction entre réserve et fonds de pension. C'est ce qui les distingue d'une capitalisation, où chaque affilié a un droit sur les actifs.

La règle d'or

Le pilotage repose sur une règle simple, que le régime appelle sa règle d'or. Il doit détenir au moins six mois de prestations en réserve, à tout moment, sur les quinze années à venir. Le calcul repose sur des projections faites avec des hypothèses économiques prudentes, selon le document de décembre 2025.

Le pilotage se fait à deux niveaux. Tous les quatre ans, les organisations patronales et syndicales négocient un accord national interprofessionnel qui fixe la trajectoire des paramètres. Chaque année, le conseil d'administration ajuste la valeur du point et son prix d'achat dans les limites de cet accord.

L'accord du 5 octobre 2023 couvre la période 2023-2026. Selon une fiche du COR, il a revalorisé la valeur du point de 4,9 % au 1er novembre 2023. Il a ensuite prévu une hausse inférieure de 0,4 point à l'inflation hors tabac.

Selon la même fiche, les pensions ne peuvent pas baisser en euros courants. D'après le document de décembre 2025, le conseil d'administration dispose chaque année d'une marge de plus ou moins 0,4 point.

En 2025, faute d'accord entre les partenaires sociaux, la valeur du point n'a pas été revalorisée, selon le COR. Dans ses projections de juin 2026, le COR estime que l'Agirc-Arrco resterait proche de l'équilibre jusqu'en 2070.

Ces projections restent conventionnelles. Le COR indique que l'hypothèse d'indexation retenue jusqu'ici aurait conduit à des niveaux de réserves « jugés peu plausibles ». La fédération Agirc-Arrco l'a donc assouplie à partir de 2038. Elle rappelle que ces hypothèses n'engagent pas les décisions futures des partenaires sociaux.

Comment elles sont placées

Selon l'Agirc-Arrco, les réserves sont investies à 70 % en obligations et à 30 % en actions. Environ 90 % des placements sont réalisés en Europe. Une partie finance des petites et moyennes entreprises et des entreprises de taille intermédiaire françaises.

La gestion suit une charte d'investissement socialement responsable et une politique de vote, dont les principes remontent à 2017. Un règlement financier encadre les placements et favorise la France et l'Europe. Le document de décembre 2025 résume l'objectif : un équilibre entre performance et maîtrise des risques, en gardant la liquidité nécessaire.

En 2025, la performance financière des réserves a atteint 5,92 %, selon le régime. Le résultat financier inscrit dans les comptes, 1,1 milliard d'euros, n'en reflète qu'une partie.

Cette prudence s'explique par la mission. Une réserve doit rester disponible le jour où les cotisations ne suffisent plus à payer les pensions. L'histoire du Fonds de réserve pour les retraites montre aussi qu'une réserve peut changer de destination quand ses règles changent.

Une réserve modeste au regard des engagements

Rapportées aux droits que le régime devra honorer, ces réserves restent limitées. L'Agirc-Arrco évalue ces droits à 3 500 milliards d'euros sur les quarante prochaines années. Ses réserves en représentent environ 2,6 %.

Comparée à d'autres régimes complémentaires, la réserve de l'Agirc-Arrco est la plus grosse en euros, mais pas en durée.

Réserves de quelques régimes complémentaires, en mois de prestations, fin 2025
Régime complémentaire des indépendants107 moisComplémentaires des professions libérales (CNAVPL)71 moisIrcantec50 moisAgirc-Arrco14 mois

Source : COR, rapport annuel de juin 2026, tableau 2.3.

Selon le COR, le régime complémentaire des indépendants détenait 23,4 milliards d'euros, soit 107 mois de prestations. Les complémentaires des professions libérales en détenaient 39 milliards, soit 71 mois, et l'Ircantec 19,2 milliards, soit 50 mois. L'Agirc-Arrco, avec 113,6 milliards fonds de roulement compris, en couvre 14 mois.

Selon l'Agirc-Arrco, le régime dépend à court terme de la conjoncture et à long terme de la démographie, donc du nombre de cotisants par retraité. Les réserves n'en lissent que les effets temporaires. Le site explique cette logique dans sa page sur la répartition.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Trois chiffres circulent pour les mêmes réserves : 92,1, 91,2 et 113,6 milliards d'euros. Ils ne portent pas sur le même périmètre. Les comparer d'une source à l'autre sans le préciser conduit à des écarts trompeurs.

Ces montants sont des valeurs de marché, qui varient avec les cours. Une année de baisse des marchés peut réduire les réserves sans qu'aucun euro ne soit dépensé.

Le rapport de 2,5 % entre réserves et droits futurs se lit avec prudence. Selon une fiche du COR de 2024, ce type d'estimation ne tient pas compte des cotisations futures, qui financent ces droits en répartition. Enfin, les durées en mois dépendent de la démographie propre à chaque régime.

Conclusion

L'Agirc-Arrco épargne, mais ne capitalise pas. Ses 92,1 milliards d'euros de réserves servent à absorber les crises et à éviter la dette. Une règle impose de garder en réserve au moins six mois de prestations sur quinze ans. Placées surtout en obligations européennes, elles couvrent près de onze mois de pensions et servent d'amortisseur ; elles ne financent aucune pension capitalisée.

Lectures recommandées