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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation d'État · Étude de cas

Finlande : une répartition adossée à 300 milliards

Publié le 5 novembre 2026

La Finlande paie ses retraites légales comme la France : avec les cotisations de l'année. Elle met pourtant de côté, depuis des décennies, une partie de ce qu'elle encaisse. Fin juin 2026, cette réserve a dépassé 300 milliards d'euros pour la première fois.

Le pays montre ainsi qu'une répartition peut porter un gros patrimoine. Les chiffres publiés le 28 octobre disent aussi ce que ce patrimoine rapporte, et ce qu'il risque.

L’essentiel : Les retraites légales finlandaises restent payées surtout par les cotisations de l'année, mais une partie est mise en réserve depuis des décennies : 300,2 milliards d'euros fin juin 2026, soit 25 % des droits acquis. En 2025, ces fonds et leurs revenus ont financé environ 7,4 milliards d'euros de pensions.

Une répartition en partie provisionnée

Selon TELA, la fédération des organismes de retraite, les pensions des salariés sont financées surtout par les cotisations collectées chaque année. Le régime des salariés du privé est toutefois en partie provisionné : une fraction des cotisations part en fonds pour les pensions futures. Dans le public, une partie des cotisations a été versée à des fonds tampons.

Ce patrimoine n'appartient pas à un fonds souverain unique. Il est géré par des sociétés d'assurance retraite, des caisses d'entreprise et des organismes publics, dont Keva pour les collectivités locales. Notre rubrique sur la capitalisation d'État distingue ces formes de réserve.

La cotisation est lourde. Dans le privé, elle vaut en moyenne 24,4 % des salaires, un taux convenu jusqu'en 2030, selon le Centre finlandais des pensions (ETK). En 2026, la part du salarié est de 7,3 % du salaire mensuel.

300 milliards, placés surtout en actions

Fin juin 2026, les actifs de retraite légale atteignaient 300,2 milliards d'euros, en hausse de 16 milliards sur le trimestre. Le privé en détenait 189 milliards et le public 111 milliards. C'est plus de quatorze fois l'actif du FRR français fin 2025, 20,7 milliards d'euros, pour un pays de 5,66 millions d'habitants.

Catégorie de placement Montant Part
Actions et assimilés 186 Md€ 62 %
Taux 67 Md€ 22 %
Immobilier 22 Md€ 7 %
Placements alternatifs 26 Md€ 9 %

Les placements se sont tournés vers l'étranger. Fin juin 2026, 18 % des actifs étaient investis en Finlande, 15 % dans le reste de la zone euro et 67 % hors zone euro. Fin 2015, ces parts valaient 27 %, 23 % et 50 %.

Ce que la réserve paie déjà

En 2025, environ 7,4 milliards d'euros tirés des fonds et de leurs revenus ont servi à payer les pensions de l'année. TELA ajoute que les dépenses de retraite dépassent chaque année un peu plus les cotisations encaissées. Une part croissante des pensions viendra donc des fonds, ce qui était l'un des buts de leur création.

Selon l'économiste en chef de TELA, les fonds et leurs revenus couvrent « un peu plus d'un cinquième » des pensions du privé. Il souligne aussi une exception : le régime des indépendants n'a pas de réserve. L'État y contribue cette année pour environ 600 millions d'euros, selon lui.

Rapporté aux engagements, le patrimoine reste minoritaire. L'ETK chiffre à environ 1 127 milliards d'euros les droits acquis fin 2025, actualisés au taux sans risque de l'autorité européenne des assurances. Les fonds en couvrent 25 %.

Les rendements, sur la durée

Depuis 1997, première année de données comparables, les actifs ont rapporté 6,0 % par an, soit 4,1 % après inflation. Le chiffre varie avec la période retenue.

Rendement annuel moyen des actifs de retraite légale finlandais après inflation, jusqu'à fin juin 2026, en % (en %)
4,1Depuis 19973,5Depuis 2006(20,5 ans)4Depuis 2016(10,5 ans)3,3Depuis 2021(5,5 ans)

Source : TELA, Amount of pension assets, situation à fin juin 2026.

Au premier semestre 2026, le rendement a été de 6,2 %, soit 4,2 % après inflation. Les actions ont rapporté 7,0 % réels, les taux −0,3 % et l'immobilier −1,3 %.

Le tableau publié le 28 octobre couvre les six plus grands organismes, de janvier à septembre 2026. Les quatre grands assureurs privés ont obtenu 6,9 % en moyenne. Les obligations d'État y ont perdu 3,7 %, quand les actions cotées gagnaient 13,9 %.

Rendement de janvier à septembre 2026 des six plus grands organismes de retraite finlandais, en %
Keva8,6 %Veritas8,1 %Elo8 %VER7,8 %Varma6,9 %Ilmarinen6,2 %

Rendements avant inflation, à la juste valeur. Keva gère les retraites des collectivités locales, VER est le fonds de retraite de l'État. Source : TELA, Quarterly information, tableau du 28 octobre 2026.

Une réforme qui fait monter le risque

Une réforme du régime privé est entrée en vigueur en juillet 2026. Selon TELA, elle donne aux assureurs plus de marge pour prendre du risque, donc pour détenir plus d'actions. Celles-ci pesaient en moyenne 61 % de leur allocation de risque fin juin 2026, contre 54 % fin 2024.

Toujours selon TELA, des estimations présentées publiquement voient cette part monter vers 70 %. Son économiste en chef prévient que les rendements varieront davantage d'une année à l'autre. La société devra, dit-il, accepter des années faibles, parfois longues.

L'ETK a intégré la réforme dans ses projections de juin 2026. Dans son scénario central, la cotisation privée descend à un peu plus de 22 % dans les années 2040, puis remonte vers le milieu du siècle. Ce scénario suppose un rendement réel de 3,2 % au début, puis de 3,75 %.

L'ETK publie aussi des tirages aléatoires. À trente ans, la cotisation reste sous 29 % des salaires dans 95 % des cas. La moitié des résultats se situe entre 18 % et 26 %.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les 300 milliards ne mesurent pas un excédent. Ils couvrent un quart des droits déjà acquis, dans un calcul qui dépend du taux d'actualisation choisi. Avec un autre taux, la couverture changerait.

Les rendements cités sont des moyennes passées, arrêtées à fin juin 2026 ; ils ne disent rien des décennies à venir. Notre article sur les fonds tampons suédois montre une autre manière de loger une réserve dans la répartition. Comparer les deux pays demanderait de tenir compte des taux de cotisation et des règles de pension, très différents.

La comparaison avec le FRR ne vaut pas jugement. La réserve finlandaise vient de cotisations prélevées depuis des décennies, à un taux proche du quart des salaires. Le FRR a reçu des recettes jusqu'en 2010 seulement, comme le rappelle notre article sur sa mission d'origine.

Enfin, les projections de l'ETK reposent sur des hypothèses de rendement, d'emploi et de démographie. Elles décrivent des trajectoires possibles, pas une promesse.

Conclusion

La Finlande ne finance pas ses retraites par capitalisation : les cotisations de l'année paient l'essentiel. Mais la part mise en réserve pèse déjà 300 milliards et finance chaque année plusieurs milliards de pensions.

La réforme de 2026 parie sur davantage d'actions pour contenir la cotisation. Le résultat se jugera sur des décennies, et les prochains chiffres de TELA, attendus fin novembre, n'en montreront qu'un trimestre.

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