Scénarios pour la France · Simulation
Et si le FRR avait gardé sa mission ?
Publié le 3 novembre 2026
En 2010, le Fonds de réserve pour les retraites a changé de mission. Il ne prépare plus les pensions de demain : il rembourse chaque année une part de la dette sociale. Quinze ans plus tard, ses propres comptes permettent de chiffrer ce que cette décision a déplacé.
Cette simulation remet ces sommes dans le fonds. Elle mesure ce qu'il détiendrait aujourd'hui, et ce que ce capital pourrait verser aux retraites.
L’essentiel : De 2011 à 2025, le Fonds de réserve pour les retraites a versé 30,85 milliards d'euros à la Cades et gardait 20,7 milliards fin 2025. Si ces versements étaient restés placés, il détiendrait entre 56 et 70 milliards d'euros de 2025 selon le rendement, de quoi verser environ 1,6 milliard par an au taux central, 0,4 % des dépenses de retraite.
Ce qui est sorti du fonds depuis 2011
Le FRR devait réunir 150 milliards d'euros pour aider les régimes à partir de 2020. Il n'a reçu que 27,9 milliards de dotations, comme le rappelle l'histoire de sa promesse de 1999. La réforme de 2010 a ensuite fait deux choses.
Elle lui a retiré ses recettes, qui s'élevaient à 1,5 à 2 milliards d'euros par an jusqu'en 2010, selon son rapport annuel. Elle l'a aussi obligé à payer la Caisse d'amortissement de la dette sociale, la Cades. Le fonds lui verse 2,1 milliards par an de 2011 à 2024, puis 1,45 milliard par an de 2025 à 2033.
Au total, le FRR a déjà versé 30,85 milliards d'euros courants, en quinze paiements. Corrigée de l'inflation, la somme atteint 35,6 milliards d'euros de 2025. Fin 2025, il lui restait 20,7 milliards d'actifs, et il devait encore 11,6 milliards à la Cades.
Ce que fait le fonds depuis 2011 a déjà été décrit. Cette simulation se demande ce qu'il vaudrait si cet argent était resté placé.
Le calcul
Chaque versement à la Cades est remis dans le fonds à sa date, puis placé jusqu'à fin 2025. Les montants sont exprimés en euros de 2025, avec l'indice des prix de l'Insee. Trois rendements après inflation sont testés : 0 %, 2,5 % et 4 % par an.
Le résultat s'ajoute aux 20,7 milliards que le fonds détenait réellement fin 2025. On obtient ainsi l'actif d'un FRR qui aurait gardé ses placements, mais pas ses recettes.
| Scénario | Versements replacés | Actif total fin 2025 |
|---|---|---|
| Rendement réel de 0 % | 35,6 Md€ | 56,3 Md€ |
| Rendement réel de 2,5 % | 43,5 Md€ | 64,2 Md€ |
| Rendement réel de 4 % | 49,2 Md€ | 69,9 Md€ |
Versements à la Cades de 2011 à 2025 replacés au rendement réel indiqué. La dernière barre ajoute 1,5 Md€ de recettes par an, au rendement central. Source : Calcul du blog ; FRR, rapport annuel 2025 ; COR, rapport annuel de juin 2026 ; Insee, indice des prix.
Le scénario central est proche de ce que le fonds a réellement obtenu. Le FRR affiche une performance de 4,4 % par an depuis fin 2010, nette de frais. Les prix ont augmenté de 1,64 % par an en moyenne sur la période. Cela donne un rendement réel proche de 2,7 % par an.
Placés à ce rythme, les versements à la Cades vaudraient 43,6 milliards d'euros courants fin 2025, presque autant que dans le scénario central.
Ce que ce capital pourrait verser
Un fonds qui veut durer verse son rendement réel et garde son capital : c'est la logique de la règle des 3 % du fonds norvégien. Au taux central, 64,2 milliards d'euros produiraient environ 1,6 milliard par an. Au taux favorable, le revenu monterait à 2,8 milliards.
Le COR chiffre les dépenses de retraite de 2025 à 422,2 milliards d'euros. Le revenu central en couvrirait 0,38 %. Le capital lui-même représenterait moins de deux mois de prestations, contre un peu plus d'un demi-mois pour les 20,7 milliards actuels.
Si le fonds avait en outre gardé 1,5 milliard de recettes par an, le bas de la fourchette, l'écart serait plus net. Son actif atteindrait alors 95,8 milliards d'euros de 2025 au rendement central, et son revenu environ 2,4 milliards par an.
Même ce dernier chiffre reste loin des 150 milliards visés en 1999 pour 2020. Ce montant était exprimé en euros de l'époque : la comparaison ne vaut qu'en ordre de grandeur. Elle rappelle que le fonds n'a jamais reçu les ressources prévues, avant même la réforme de 2010.
Ce que ces chiffres ne disent pas
L'argent versé à la Cades n'a pas disparu : il a remboursé de la dette sociale. Sans ces versements, la Cades aurait emprunté davantage et payé plus d'intérêts. Pour les finances publiques, le gain se mesure donc par l'écart entre le rendement du fonds et ce coût.
Le FRR a fait ce calcul pour ses propres placements. Il estime avoir créé 15,6 milliards d'euros de plus qu'un placement au coût moyen de la dette de l'État depuis fin 2010. Sa performance dépasse ce coût de 3,04 points par an, selon son rapport. La question de fond, placer ou rembourser, est traitée dans l'article sur l'emprunt pour investir.
Le calcul applique un rendement constant à chaque versement. Un vrai fonds aurait connu les mêmes à-coups que le FRR : −10,03 % en 2022, +9,66 % en 2023. Avec un horizon plus long, il aurait aussi pu placer davantage en actions, ce que le calcul ne reproduit pas.
Enfin, le calcul laisse de côté la soulte des industries électriques et gazières. Le FRR gérait ces quelque 5 milliards d'euros pour le compte d'un autre régime et les a restitués en 2020. Cette somme ne lui appartenait pas.
Conclusion
Sans la réforme de 2010, le FRR détiendrait aujourd'hui de 56 à 70 milliards d'euros de 2025, contre 20,7 milliards. Au rendement central, ce capital verserait environ 1,6 milliard par an, soit 0,4 % des dépenses de retraite. Ce serait un appoint. Un fonds de réserve ne pèse qu'avec des apports réguliers et une mission que la loi ne réécrit pas.
Lectures recommandées
- Ce qui fait durer un fonds de retraite public — Les règles qui ont permis à d'autres fonds publics de traverser les décennies.
- Protéger un fonds des tentations politiques — Les protections juridiques qui empêchent de détourner une réserve de sa mission.
- Suède : les AP-fonds, tampons de la répartition — Une réserve de répartition qui a gardé sa mission et vaut plusieurs années de pensions.