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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Modèles internationaux · Étude de cas

Suède : les AP-fonds, tampons de la répartition

Publié le 5 octobre 2026

La retraite publique suédoise repose sur la répartition : les cotisations de l'année paient les pensions de l'année. L'État a pourtant placé à côté un capital considérable, 2 234 milliards de couronnes fin 2025. Ce capital est confié à des fonds publics, les AP-fonds, chargés d'absorber les écarts entre ce qui entre et ce qui sort.

Le cas suédois montre comment une réserve s'insère dans un système par répartition. Il montre aussi ce qu'elle exige en matière de gouvernance.

L’essentiel : La retraite publique suédoise fonctionne par répartition, mais des fonds publics, les AP-fonds, gardent en réserve 2 234 milliards de couronnes pour absorber les écarts entre cotisations et pensions. Ils reversent au système plus qu'ils ne reçoivent depuis 2009, et leur capital a pourtant continué de croître, avec un rendement moyen de 6,0 % par an depuis 2001.

Deux rôles fixés par la loi

Chaque année, 18,5 % du revenu ouvrant des droits vont au système public de retraite. Seize points financent la pension de revenu, versée par répartition, et 2,5 points une épargne individuelle. Ce second étage a son propre fonds public, AP7, présenté dans Suède : choisir son fonds de pension.

Selon le gouvernement suédois, les fonds tampons de la répartition ont deux rôles. Le premier est de recueillir les excédents quand les cotisations dépassent les pensions, et de payer la différence dans le cas inverse. Le second est de faire fructifier ce capital pour financer le système sur le long terme.

Ce rendement a une fonction précise. Il doit réduire le risque de déclencher le mécanisme d'équilibrage automatique, qui ralentit la revalorisation des pensions quand les engagements du système dépassent ses ressources.

Cinq fonds, puis trois

En 2001, au lancement du système actuel, les fonds AP1 à AP4 ont reçu chacun un peu plus de 130 milliards de couronnes. Un cinquième fonds, AP6, avait une mission à part : investir dans des entreprises non cotées, sans aucun flux avec le système de retraite. Son capital provenait entièrement d'une dotation de 10,4 milliards de couronnes, versée en 1996.

Capital des cinq fonds tampons au 31 décembre 2025, en milliards de couronnes
AP1, fermé fin 2025520AP2475AP3577AP4578AP6, fondu dans AP2 en 202683,5

Source : Gouvernement suédois, skrivelse 2025/26:130.

Fin 2025, AP1 détenait 520,2 milliards de couronnes, AP2 475,2, AP3 577,1, AP4 578,1 et AP6 83,5. En 2025, le Parlement a décidé de ramener ces cinq fonds à trois. AP1 a cessé son activité fin 2025, et plus de 98 % de ses actifs ont été répartis à parts égales entre AP3 et AP4.

AP6 a été intégré à AP2. Les huit partis représentés au Parlement ont soutenu la réforme, au sein du groupe chargé de veiller à l'accord sur les retraites. Le gouvernement en attend des économies d'échelle, mais la fusion a d'abord coûté environ 290 millions de couronnes de frais exceptionnels en 2025.

Des versements qui s'inversent en 2009

De 2001 à 2008, les cotisations ont dépassé les pensions, et les fonds ont reçu au total 50,7 milliards de couronnes. Le mouvement s'est inversé en 2009, avec l'arrivée à la retraite des générations nombreuses nées dans les années 1940. De 2009 à 2025, les fonds ont versé 372 milliards de couronnes pour payer pensions et frais de gestion.

2021 2022 2023 2024 2025
Rendement après frais 20,2 % −8,0 % 8,1 % 9,5 % 6,2 %
Versements nets au système, en milliards de couronnes 31 20 21 10 19
Capital en fin d'année, en milliards de couronnes 2 004 1 826 1 950 2 130 2 234

Le capital a pourtant augmenté de 1 669 milliards de couronnes depuis 2001. Sur cette période, les fonds ont obtenu un rendement moyen de 6,0 % par an, après frais et avant inflation. Leurs gains cumulés atteignent 1 951 milliards de couronnes, quand les versements nets au système totalisent 321 milliards. La différence, 1 630 milliards, reste un peu en deçà de la hausse du capital publiée par le gouvernement.

Les prévisions reprises par le gouvernement annoncent des versements pour un avenir prévisible. Elles prévoient 19,3 milliards de couronnes en 2026, et 67 milliards au total de 2026 à 2029.

Une place modeste dans les comptes du système

Le système de retraite suédois tient un bilan annuel. Ses ressources comptent deux parties : le capital des fonds et la valeur des cotisations futures. Fin 2025, la seconde atteignait 11 370 milliards de couronnes, contre 2 234 milliards pour les fonds.

Le poids des fonds a toutefois augmenté. Leur capital représentait 10 % des ressources du système en 2001, et 16,4 % fin 2025. Selon le gouvernement, cette hausse a aidé les ressources à dépasser les engagements chaque année, sauf en 2008, 2009 et 2012.

Une gestion tenue à distance du gouvernement

Les AP-fonds sont des autorités publiques régies par la loi. Le gouvernement nomme leurs conseils d'administration et évalue chaque année leur gestion. Il écrit lui-même qu'il ne peut ni ne doit se prononcer sur leurs choix de placement. Les fonds ne doivent poursuivre aucun objectif de politique industrielle ou économique.

Le conseil d'AP4 compte neuf membres nommés par le gouvernement. Deux le sont sur proposition des organisations patronales, deux sur proposition des syndicats. D'autres protections de ce type sont comparées dans protéger un fonds des tentations politiques.

Les fonds paient leurs frais sur le capital qu'ils gèrent. En 2025, ces frais ont atteint 1 834 millions de couronnes, soit 0,08 % du capital, contre 0,07 % en 2024.

La réforme de 2019 et ses suites

Le 1er janvier 2019, les règles de placement d'AP1 à AP4 ont été assouplies. La part minimale de titres de taux à faible risque est passée de 30 % à 20 % du capital. La limite de 5 % pour les titres non cotés a laissé place à un plafond de 40 % pour l'ensemble des actifs peu liquides.

La même réforme a supprimé l'obligation de confier au moins 10 % des actifs à des gérants externes. Depuis la même date, la loi leur demande aussi une gestion exemplaire sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance. Cette exigence ne doit pas se faire au détriment du rendement.

Les fonds ont utilisé cette marge sans approcher du plafond. Les actifs peu liquides représentaient 21,9 % du capital d'AP1 à AP4 en 2019, et 23,1 % en 2025. Le premier poste est l'immobilier non coté, dont la société Vasakronan, que les quatre fonds détenaient à parts égales.

Ces placements sont aussi plus difficiles à suivre. Les quatre fonds détenaient ensemble une société qui avait investi 5,8 milliards de couronnes dans le fabricant de batteries Northvolt. Ils ont ramené cette participation à zéro fin 2024, avant la faillite de l'entreprise en Suède, en mars 2025.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les rendements sont nominaux, en couronnes, avant inflation. Ils ne se comparent pas directement aux rendements réels des simulations de ce blog, ni à des placements en euros.

La moyenne de 6,0 % par an inclut la crise de 2008, la pire année des fonds, avec une perte de 21,6 %. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Sur l'avenir des versements, les sources divergent. AP4 estimait début 2026 que les fonds ne resteraient contributeurs nets que quelques années. Le gouvernement, en mai 2026, prévoit des versements pour un avenir prévisible.

Enfin, les fonds ne représentent que 16,4 % des ressources du système. Le reste dépend des cotisations futures, donc de l'emploi et des salaires : ce sont eux qui déterminent d'abord le niveau des pensions.

Conclusion

La Suède a adossé à sa répartition un capital de 2 234 milliards de couronnes, géré à distance du gouvernement. Ce capital a recueilli les excédents des années 2000. Depuis 2009, il paie une partie des pensions et continue pourtant de croître grâce à ses rendements. Sa gestion a été regroupée en trois fonds en 2026, pour en réduire le coût.

Le site présente le cas suédois dans sa page consacrée aux pays qui capitalisent.

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