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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Comprendre les chiffres · Décryptage

Lire un rapport du COR

Publié le 5 octobre 2026

Chaque mois de juin, le Conseil d'orientation des retraites (COR) publie son rapport annuel, et le débat public en retient deux ou trois chiffres. Le rapport de 2026 compte 260 pages, quatre parties et huit annexes. Il se lit beaucoup mieux quand on connaît son architecture.

Ses chiffres reposent sur des hypothèses, des conventions et des champs précis. Sorti de ce cadre, un chiffre peut changer de sens.

L’essentiel : Le rapport annuel du COR présente un seul scénario de référence, des variantes regroupées à part et des soldes qui dépendent d'une convention comptable affichée en note de chaque graphique. Avant de citer un chiffre, il faut vérifier son champ, sa convention, son unité et l'hypothèse qui le porte.

Un document prévu par la loi

Le rapport de juin 2026 en est la treizième édition. La loi du 20 janvier 2014 impose au COR un document annuel et public, à produire « au plus tard le 15 juin ». Ce document doit s'appuyer sur des indicateurs de suivi définis par décret.

Trois objectifs structurent l'ensemble : la pérennité financière, un niveau de vie satisfaisant pour tous les retraités, l'équité entre générations et au sein de chacune. Le COR prévient que son rapport « ne constitue pas un état des lieux du système de retraite, ni un annuaire statistique exhaustif ». Il suit des indicateurs choisis pour éclairer les décisions.

Où trouver quoi

Le rapport s'ouvre sur une synthèse d'une vingtaine de pages, qui reprend les messages principaux. Le détail se trouve ensuite dans quatre parties.

Ce que l'on cherche Où le trouver (pages imprimées)
Les messages et les chiffres clés Synthèse, p. 7
Les hypothèses démographiques et économiques Partie 1, chapitre 1, p. 31
Les règles prises en compte Partie 1, chapitre 2, p. 57
Dépenses, ressources et solde Partie 2, chapitres 1 à 3, p. 65 à 101
Ce qui a changé depuis le rapport précédent Partie 2, chapitre 4, p. 103
La sensibilité aux hypothèses Partie 2, chapitre 5, p. 109, et partie 3, chapitre 4, p. 191
Les leviers pour revenir à l'équilibre Partie 2, chapitre 6, p. 119
Niveau de vie, taux de remplacement, équité Partie 3, p. 129
Âges de départ et emploi des seniors Partie 4, p. 203
Une autre convention comptable Annexe 2, p. 225
La liste des indicateurs officiels Annexe 4, p. 233

Un détail fait perdre du temps : les numéros imprimés sont décalés de deux par rapport à ceux du lecteur PDF. La page 25 du rapport est la vingt-septième du fichier.

Le COR publie aussi en ligne des tableurs qui donnent les valeurs de chaque figure. C'est là qu'on trouve les chiffres exacts, souvent arrondis dans le texte. En juillet 2026, le COR a mis en ligne une nouvelle version du fichier ; les différences portent sur quelques passages et étiquettes de graphiques.

Un scénario de référence, des variantes à part

Le rapport présente ses résultats financiers jusqu'en 2070 « pour un seul scénario de référence ». Celui de 2026 retient 1,45 enfant par femme et un solde migratoire de 150 000 personnes par an. Il suppose aussi 0,7 % de gains de productivité et 7 % de chômage.

Les variantes, plus ou moins favorables, sont regroupées plus loin. La synthèse les résume en une page ; le chapitre consacré à la sensibilité en donne le détail.

Les projections sont faites à législation constante. Le lexique le dit clairement : « Les projections du COR ne sont pas des prévisions ». Elles décrivent ce qui se passerait si aucune règle ne changeait.

La convention comptable, à lire en note

Les dépenses font peu débat ; les ressources, et donc le solde, dépendent de choix comptables. Le rapport retient une « convention conforme à la législation » : l'État équilibre chaque année le régime de ses fonctionnaires et certains régimes spéciaux. Ces régimes pèsent près d'un quart des dépenses.

L'annexe 2 propose une autre convention, dite EEC, qui fige l'effort de l'État en part de PIB. Le besoin de financement de 2070 y est de l'ordre de 1,5 point de PIB, contre 2,4 points dans la convention principale. Les conséquences de ce choix sont détaillées dans l'article sur le déficit des retraites.

Un piège attend le lecteur pressé. Le lexique décrit encore trois conventions sous d'anciens noms, dont une qui fige l'effort de l'État à son niveau de 2018. Le corps du rapport n'emploie que la convention conforme à la législation et la convention EEC. Pour éviter ces débats, le COR privilégie la part des dépenses de retraite dans le PIB, moins dépendante des conventions.

Six pièges de lecture

Le champ. Les chiffres couvrent les régimes obligatoires, Fonds de solidarité vieillesse compris, mais hors retraite additionnelle des fonctionnaires. Le COR prévient que ses soldes ne sont pas directement comparables à ceux des lois de financement ou de la Cour des comptes.

Les produits financiers. Le solde est calculé hors produits financiers ; seule la dernière année observée fait l'objet d'un calcul complémentaire qui les inclut. Le déficit de 2025 passe ainsi de 5,1 à 1,3 milliard d'euros selon qu'on les compte ou non.

Deux ratios démographiques. Le rapport entre les 20-64 ans et les 65 ans et plus tomberait à 1,62 en 2070. Le rapport entre cotisants et retraités tomberait à 1,3. L'article combien d'actifs paient pour un retraité explique l'écart.

Le relatif et l'absolu. La pension moyenne rapportée au revenu d'activité moyen passerait de 54,6 % en 2025 à 45,3 % en 2070. Le COR précise que cette baisse « ne doit pas toutefois conduire à inférer que les retraités s'appauvriront avec le temps ».

L'année et la moyenne. Le solde de 2070, −2,4 % du PIB, n'est pas le solde moyen jusqu'en 2070. Ce dernier, actualisé au rythme de la croissance, serait de −1,1 %.

Le taux de remplacement. Il augmente avec l'âge de départ. Pourtant, selon le COR, les assurés n'ont pas intérêt, sur le seul plan financier, à partir après l'âge du taux plein. Le taux de remplacement ne compte ni les cotisations versées ni la durée de la retraite.

Les indicateurs officiels, encadrés de bleu

Un décret du 20 juin 2014 fixe une courte liste d'indicateurs de suivi. On y trouve le taux de remplacement d'un salarié non-cadre et celui d'un fonctionnaire de catégorie B. Y figurent aussi la durée de retraite, le niveau de vie des retraités, la place des petites pensions et le solde projeté sur vingt-cinq ans.

Dans la troisième partie, ces indicateurs sont signalés par une bordure bleue autour des figures. Certains ont un seuil : le décret fixe à deux tiers le taux de remplacement du non-cadre pour les dix générations qui suivent celle de 1963. La façon de le lire est détaillée dans l'article sur le taux de remplacement.

Ce qui change d'une année sur l'autre

Le chapitre 4 de la deuxième partie compare le rapport à celui de l'année précédente. En 2026, la part des dépenses dans le PIB en 2070 est relevée de 1,1 point. La baisse de la fécondité retenue pèse + 1,5 point, la hausse du solde migratoire −1,0 point.

Le solde de 2070 passe ainsi de −1,4 % du PIB dans le rapport de 2025 à −2,4 % dans celui de 2026. Fécondité et migrations, issues des nouvelles projections de l'Insee, pèsent ensemble + 0,5 point ; une nouvelle hypothèse de revalorisation à l'Agirc-Arrco, + 0,3 point. Arrondies, les contributions publiées ne s'additionnent pas exactement au total. Elles rappellent qu'un chiffre de 2070 vaut surtout par les hypothèses qui le portent.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Le rapport ne dit pas ce qu'il faudrait faire. Ses scénarios d'équilibre, présentés au chapitre 6, sont des calculs mécaniques que le COR qualifie de pédagogiques, pas des propositions.

Il ne dit pas non plus tout du système. Les retraites supplémentaires et l'épargne retraite n'y sont pas traitées ; les réserves et les régimes en capitalisation n'occupent que quelques pages. La logique d'ensemble, celle de la répartition, reste le fil du document.

Enfin, une note de bas de figure compte autant qu'un titre. Champ, convention, euros courants ou constants : chaque graphique les précise, et deux chiffres voisins peuvent ne pas porter sur la même chose.

Conclusion

Le rapport du COR se lit en deux temps : la synthèse pour les messages, les chapitres et leurs notes pour les conditions qui les accompagnent. Avant de citer l'un de ses chiffres, quatre vérifications suffisent : le champ, la convention, l'unité et le scénario. Les variantes disent ensuite ce qui reste incertain.

Correction

Le 5 octobre 2026. L'article attribuait la révision de 2070 « surtout » aux projections démographiques. Fécondité et migrations n'en expliquent que 0,5 point net sur 1,1 point.

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