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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Modèles internationaux · Étude de cas

Pays-Bas : des fonds gérés par les partenaires sociaux

Publié le 5 octobre 2026

Selon l'OCDE, un salarié néerlandais au salaire moyen toucherait une pension nette égale à 96,0 % de son revenu net d'activité. Le taux est de 70,0 % pour la France. Ce niveau repose moins sur l'État que sur des fonds de pension issus des accords entre employeurs et syndicats.

Ce modèle change : une loi entrée en vigueur en 2023 impose à tous ces fonds de passer à des contrats à cotisations définies. Le cas néerlandais montre la force d'une capitalisation collective, et la difficulté de la réformer.

L’essentiel : Aux Pays-Bas, presque tous les salariés cotisent à un fonds de pension professionnel, issu des accords entre employeurs et syndicats, en plus d'une pension publique forfaitaire, l'AOW. Ces fonds géraient 1 720 milliards d'euros au 30 juin 2026 et doivent tous passer, d'ici le 1er janvier 2028, à des contrats où seule la cotisation est fixée.

Deux étages : l'AOW et le fonds professionnel

Le premier étage est public. L'AOW, la pension de base, est forfaitaire : son montant suit le salaire minimum, et non le salaire de chacun. Selon le gouvernement néerlandais, une personne seule reçoit 70 % du salaire minimum, et chaque membre d'un couple 50 %.

Les droits s'acquièrent année après année. Selon la SVB, l'organisme public qui gère l'AOW, chaque année assurée ouvre 2 % de la pension, à partir de 50 ans avant l'âge légal. Pendant ces années, l'assuré paie une cotisation AOW sur son revenu. L'âge légal est de 67 ans jusqu'en 2027, puis de 67 ans et 3 mois de 2028 à 2031, car il suit l'espérance de vie.

Le second étage est professionnel, et il est capitalisé. L'obligation n'est pas fixée par une loi générale : elle découle d'accords collectifs qui créent des plans que les salariés doivent rejoindre. L'OCDE classe donc ce système comme « quasi obligatoire ». Selon elle, 97,4 % des 15-64 ans détenaient des droits dans un plan de retraite en 2023.

Ce second étage pèse plus lourd que le premier. Pour un salarié au salaire moyen, l'OCDE projette un taux de remplacement brut de 74,7 %. La pension publique en apporte 28,6 points, la pension professionnelle 46,1 points. Ce calcul suppose un départ à 70 ans, l'âge que l'OCDE projette pour un salarié entré sur le marché du travail en 2024.

Des fonds dirigés par les partenaires sociaux

Le plus grand fonds du pays, ABP, assure les personnes qui travaillent ou ont travaillé dans le secteur public et l'enseignement. Fin 2025, il comptait 3 201 054 affiliés, dont 1 330 945 cotisants et 1 088 584 retraités.

Sa gouvernance illustre le modèle. Selon son rapport annuel, ce sont les partenaires sociaux qui fixent le contenu du régime. Son conseil non exécutif compte treize membres. Les partenaires sociaux en proposent neuf, cinq côté employeurs et quatre côté salariés, les retraités trois, et le conseil d'administration nomme le président.

Chez ABP, la cotisation de vieillesse et de réversion atteignait 27,0 % en 2025. Elle porte sur la part du revenu qui dépasse une franchise, car la première tranche supporte déjà la cotisation AOW. Les employeurs en paient 70 %, les salariés 30 %.

Les frais restent contenus. ABP déclare des coûts totaux de 0,45 % de ses actifs moyens en 2025, hors coûts de transaction, qui ajoutaient 0,08 %.

Un patrimoine d'une fois et demie le PIB

Selon la banque centrale néerlandaise, la DNB, l'ensemble des fonds de pension gérait 1 720 milliards d'euros au 30 juin 2026. Selon l'OCDE, les actifs des fournisseurs de retraite atteignaient 150,9 % du PIB fin 2024. La France était à 12,9 %.

ABP détenait à lui seul 533 milliards d'euros fin 2025. Son rendement a été de −1,6 % en 2025, après +8,4 % en 2024. Le fonds attribue ce recul surtout à la hausse des taux d'intérêt et à la baisse du dollar. Sur dix ans, sa moyenne annuelle est de 4,4 %, avant inflation.

Les rendements réels sont plus modestes. Selon l'OCDE, les fournisseurs de retraite néerlandais ont obtenu 2,6 % par an au-delà de l'inflation entre fin 2004 et fin 2024. Sur les dix dernières années de cette période, ce rendement réel tombe à 0,4 % par an.

Ce que change la loi de 2023

Dans l'ancien système, les fonds promettaient un niveau de pension : c'étaient des régimes à prestations définies, selon l'OCDE. Mais la promesse restait conditionnelle. Selon ABP, la revalorisation n'est accordée que si la situation financière du fonds le permet, et les pensions peuvent même être réduites en dernier recours.

La loi sur l'avenir des pensions, dite Wtp, est entrée en vigueur le 1er juillet 2023. Selon le ministre des Affaires sociales, tous les régimes doivent être convertis en régimes à cotisations d'ici le 1er janvier 2028. La pension future se déduit alors d'un capital personnel, explique la DNB, et non plus d'une promesse globale du fonds.

Le système reste collectif. ABP prévoit par exemple une « réserve de solidarité » destinée à amortir les chocs. Selon la DNB, le ratio de couverture, qui compare l'actif d'un fonds à ses engagements, ne suffit plus à résumer la situation d'un fonds converti.

Une transition à mi-parcours

Au 30 juin 2026, selon la DNB, 34 fonds étaient passés au nouveau système. Ils détenaient 589 milliards d'euros, contre 1 131 milliards pour les fonds encore régis par l'ancien cadre.

Actifs des fonds de pension néerlandais au 30 juin 2026, en milliards d'euros
Fonds encore dans l'ancien cadre1 131 Md€Fonds passés au nouveau système589 Md€

Source : De Nederlandsche Bank, communiqué du 28 juillet 2026.

Compté en personnes, le mouvement est plus avancé. Selon le ministre, plus de 10 millions d'affiliés étaient passés au nouveau système au 1er juillet 2026, soit 55 % des affiliés des fonds. Un même salarié peut compter deux fois, car il est affilié en moyenne à environ deux fonds.

ABP, le plus gros, prévoit de basculer le 1er janvier 2027. L'OCDE relève que les mesures de transition restent débattues, ce qui crée de l'incertitude.

Ce qui ne se transpose pas

Ce modèle repose sur des fonds construits pendant des décennies et sur des accords collectifs qui couvrent presque tous les salariés. En France, la capitalisation existe, mais elle pèse peu dans les pensions versées, comme le montre l'état des lieux des dispositifs français.

Le taux de remplacement élevé tient aussi à un départ projeté à 70 ans. L'indicateur mérite d'être lu avec précaution, comme l'explique le taux de remplacement expliqué.

Ce qui se transpose, c'est une méthode : une cotisation obligatoire négociée par branche, et une gestion confiée aux employeurs et aux salariés. C'est la troisième question de la grille de lecture commune : qui gère, et avec quel choix. Le site présente aussi les Pays-Bas dans sa page consacrée aux pays qui capitalisent.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les taux de remplacement de l'OCDE sont des projections, pour un salarié entré sur le marché du travail en 2024 avec une carrière complète. Le taux net dépend aussi de la fiscalité des pensions.

Les montants sont en euros courants. Le ratio de couverture moyen de 131,4 % publié par la DNB pour le deuxième trimestre 2026 ne concerne que les fonds encore dans l'ancien cadre.

Le rendement réel de 0,4 % par an sur dix ans rappelle qu'une capitalisation collective traverse aussi de mauvaises décennies. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Enfin, dans un régime à cotisations définies, seule la cotisation est fixée : la pension dépend davantage des marchés. La réserve de solidarité doit en lisser les effets, sans les supprimer.

Conclusion

Les Pays-Bas obtiennent l'un des taux de remplacement les plus élevés de l'OCDE. Ils le doivent à un compromis : une pension publique forfaitaire, et des fonds collectifs gérés par les employeurs et les syndicats. Ces fonds représentent une fois et demie le PIB. Leur passage aux cotisations définies, d'ici 2028, montre qu'un système mûr peut se réformer, mais au prix d'années de transition.

Correction

Le 5 octobre 2026. La composition du conseil d'ABP ne totalisait que douze membres sur les treize annoncés. Selon son rapport annuel, il manquait le président, nommé par le conseil d'administration.

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