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Pays-Bas : le taux de couverture

Publié le 5 octobre 2026

Pendant plus de quinze ans, un chiffre a réglé le sort des retraités néerlandais : le taux de couverture de leur fonds de pension. Sous un seuil, pas de revalorisation des pensions. Plus bas encore, et trop longtemps, des baisses.

Ce ratio explique pourquoi des fonds très riches ont pu geler les pensions pendant des années. La réforme en cours, qui fait passer les fonds aux cotisations définies, est en train de lui retirer ce rôle.

L’essentiel : Le taux de couverture rapporte les actifs d'un fonds de pension néerlandais à ses engagements, calculés avec les taux d'intérêt du marché : sous 110 %, la loi interdit de revaloriser les pensions, et un fonds trop longtemps sous le minimum peut devoir les baisser. Tombé à 89,6 % début 2020, il atteignait 131,4 % mi-2026 pour les fonds pas encore convertis, mais la réforme en cours lui retire son rôle dans les fonds qui passent aux cotisations définies.

Ce que mesure le ratio

Le taux de couverture rapporte les placements d'un fonds à ses engagements, selon la banque centrale néerlandaise, la DNB. Au-dessus de 100 %, le fonds détient plus que la valeur des pensions promises ; en dessous, moins.

Le numérateur est simple : les actifs, à leur valeur de marché. Le dénominateur l'est moins. La loi impose de calculer les engagements comme la valeur actuelle des pensions déjà acquises, sur la base des prix de marché.

Pour cela, chaque fonds doit actualiser ses paiements futurs avec la courbe de taux publiée par la DNB. Jusqu'à 50 ans, cette courbe vient des taux d'intérêt de marché ; au-delà, elle est prolongée par une règle fixée par la DNB.

La loi distingue deux versions du ratio. Le ratio actuel mesure la situation à une date donnée. Le ratio « de politique », moyenne des douze derniers mois, sert depuis 2015 à décider des revalorisations et des plans de redressement.

Des engagements qui dépendent des taux

Une pension promise dans vingt ans ne vaut pas la même chose aujourd'hui selon le taux d'intérêt. Plus le taux est bas, plus il faut mettre de côté maintenant pour la payer. Le calcul suivant isole cet effet, à actifs constants.

Prenons un fonds qui détient 60 € pour une promesse unique de 100 € à verser dans vingt ans. Actualisée à 0 %, la promesse vaut 100 € et le taux de couverture est de 60 %. À 2,5 %, elle vaut 61,0 € et le ratio atteint 98 %. À 4 %, elle ne vaut plus que 45,6 €, et le ratio monte à 131 %.

Taux de couverture d'un fonds qui détient 60 € pour une promesse de 100 € dans vingt ans (en %)
60Taux de 0 %98Taux de 2,5 %131Taux de 4 %

Source : Calcul du blog : valeur actuelle de la promesse au taux indiqué.

Les fonds réels vivent ce mécanisme. Selon le gouvernement néerlandais, ils ont perdu en moyenne environ 20 % sur leurs placements en 2008. Dans le même temps, la chute des taux a gonflé la valeur de leurs engagements dans des proportions comparables.

L'effet joue aussi à la hausse. En 2022, le plus grand fonds du pays, ABP, a perdu 17,6 % sur ses placements. Son taux de couverture est pourtant passé de 110,6 % à 110,9 %, pendant que son taux d'actualisation montait de 0,57 % à 2,57 %.

En 2025, ABP a encore enregistré un rendement de −1,6 %. Son ratio est passé de 111,7 % à 123,5 %, avec pour principale raison la hausse des taux, selon son rapport annuel.

Les seuils fixés par la loi

Le premier seuil est un minimum. Il correspond pour l'essentiel à 4 % des engagements au-delà des 100 % ; pour ABP, il s'élevait à 104,3 % fin 2025.

Le second est le niveau requis. La loi le fixe pour que le fonds ait 97,5 % de chances de ne pas tomber sous 100 % dans l'année. Il dépend donc des risques pris par chaque fonds : 127,0 % pour ABP fin 2025.

Sous le niveau requis, le fonds doit présenter un plan de redressement dans les trois mois. Ce plan doit l'y ramener en dix ans au plus. S'il reste sous le minimum à six mesures annuelles successives, il doit agir dans les six mois. Selon la DNB, cela signifie souvent une baisse définitive des pensions.

Le ratio commande aussi la revalorisation. Sous un ratio de politique de 110 %, aucune hausse des pensions n'est permise. Pour les fonds qui préparent leur passage au nouveau système, un cadre transitoire a abaissé ce seuil à 105 %.

Vingt ans de hauts et de bas

La DNB publie le ratio moyen des fonds depuis 2007. Fin 2007, il atteignait 144 % ; fin 2008, après la crise financière, il était tombé à 95,5 %. Il a touché 91,8 % au premier trimestre 2009.

Il est ensuite resté près de 100 % pendant plus de dix ans : 106,7 % fin 2010, 102 % fin 2012 et 107,7 % fin 2014. Puis 102,2 % fin 2016, 103,3 % fin 2018 et 100,3 % fin 2020. Son point bas, 89,6 %, date du premier trimestre 2020.

Selon le gouvernement, les placements s'étaient pourtant redressés dès 2009. Mais la baisse continue des taux a empêché la plupart des fonds de retrouver leur niveau d'avant 2008.

Le ratio a ensuite nettement remonté : 114,3 % fin 2021, 115,8 % fin 2022, 114,6 % fin 2023 et 116,2 % fin 2024. Il atteignait 129,1 % fin 2025 et 131,4 % fin juin 2026.

Taux de couverture moyen des fonds de pension néerlandais, en %
801001201401602007201020122014201620182020202220242026131 %

Ratio en fin d'année, fin juin pour 2026. Depuis 2025, seuls les fonds pas encore convertis au nouveau système sont comptés. L'axe vertical commence à 80 %, pas à zéro. Source : DNB, Financial position of pension funds FTK, tableau 8.8.

Ces années basses expliquent les pensions gelées. Comme le rappelle l'étude de cas consacrée aux Pays-Bas, la revalorisation n'y était accordée que si la situation du fonds le permettait.

Ce que devient le ratio avec la réforme

La loi Wtp remplace les pensions promises par des capitaux personnels, dont on déduit une pension attendue. Selon la DNB, la situation d'un fonds converti ne peut plus se résumer en un seul indicateur comme le taux de couverture. Depuis 2025, ses statistiques sectorielles ne comptent plus ces fonds.

Le ratio garde un rôle décisif au moment de la bascule. Il fixe ce que le fonds peut répartir entre ses affiliés. ABP le dit sans détour : plus son taux de couverture sera élevé au 1er janvier 2027, plus il y aura à partager.

La loi encadre cette période. Un fonds qui recourt au cadre transitoire doit viser un ratio d'au moins 95 % à la conversion. Sous 90 % en fin d'année, il doit prendre des mesures, baisses de pension comprises. Le site présente aussi les Pays-Bas dans sa page consacrée aux pays qui capitalisent.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Le ratio dépend d'une convention : la courbe de taux fixée par la DNB. Une autre méthode d'actualisation donnerait d'autres engagements, donc un autre ratio, pour les mêmes actifs.

Depuis 2025, la moyenne de la DNB porte sur un groupe de plus en plus réduit. Au 30 juin 2026, les fonds encore suivis géraient 1 131 milliards d'euros, sur 1 720 milliards pour l'ensemble des fonds.

Un ratio supérieur à 100 % ne dit pas que les pensions suivent les prix. Le calcul du blog isole l'effet des taux sur une promesse unique ; un fonds réel paie des milliers de pensions à des dates différentes. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Le RAFP, régime par capitalisation des fonctionnaires français, publie lui aussi un taux de couverture, présenté dans l'article qui lui est consacré.

Conclusion

Le taux de couverture néerlandais rapporte des actifs de marché à des promesses actualisées aux taux de marché. Il a donc suivi les taux autant que les placements : bas pendant dix ans de taux faibles, il dépassait 130 % en 2026. Ce ratio a gouverné les revalorisations et les baisses de pension. La réforme le remplace par des capitaux personnels, au prix d'une conversion qui dépend encore de lui.

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