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Royaume-Uni : l'État pourra imposer des placements
Publié le 29 octobre 2026
Au Royaume-Uni, un salarié en adhésion automatique qui ne choisit rien voit son épargne retraite placée dans un fonds par défaut. Depuis le 29 avril 2026, une loi permet au Gouvernement d'imposer à ces fonds une part minimale d'actifs non cotés.
Le pouvoir n'a pas encore servi. Il soulève pourtant une question que tout système par capitalisation finit par rencontrer : jusqu'où l'État peut-il orienter une épargne qui appartient aux épargnants ?
L’essentiel : La loi britannique sur les régimes de retraite, promulguée le 29 avril 2026, permet au Gouvernement d'exiger qu'une part des fonds par défaut soit placée en actifs non cotés. Le plafond est fixé à 10 % des actifs, dont 5 % au plus liés au Royaume-Uni, et une dispense reste possible si l'obligation nuit aux épargnants.
D'un engagement volontaire à une loi
Le texte prolonge deux engagements volontaires. En 2023, onze fonds avaient visé 5 % de leurs fonds par défaut en entreprises non cotées d'ici 2030. C'était le Mansion House Compact.
Le 13 mai 2025, dix-sept gestionnaires de retraites d'entreprise sont allés plus loin, selon le Trésor britannique. Ils gèrent environ 90 % de l'épargne des salariés actifs dans les régimes à cotisations définies. Leur engagement, le Mansion House Accord, vise 10 % de leurs portefeuilles en actifs non cotés d'ici 2030.
Au moins 5 % de ces portefeuilles seraient réservés au Royaume-Uni. Le Trésor en attendait 25 milliards de livres investis dans l'économie britannique d'ici 2030.
L'engagement restait volontaire. La loi de 2026, le Pension Schemes Act, donne au Gouvernement le moyen de le rendre obligatoire.
Ce que permet la loi
La section 40 de la loi modifie le Pensions Act 2008, qui régit l'adhésion automatique des salariés. Elle vise les grands régimes multi-employeurs, appelés master trusts, et les plans collectifs d'assurance retraite.
Pour accueillir les salariés en adhésion automatique, ces régimes devront obtenir un agrément au titre de la répartition des actifs. L'autorité de contrôle ne l'accordera que si une part minimale des fonds par défaut est placée en « actifs qualifiés ». Cette part sera fixée par règlement.
La loi énumère six catégories possibles :
- le capital-investissement ;
- le capital-risque ;
- la dette privée ;
- l'immobilier, au sens des droits sur des terrains ;
- les infrastructures ;
- les actions non cotées.
Le règlement pourra distinguer les actifs selon qu'ils sont situés au Royaume-Uni ou ailleurs, ou selon leur lien avec l'économie britannique.
La même section fixe une taille minimale. Un fonds par défaut principal devra en principe réunir au moins 25 milliards de livres d'actifs, sauf régime de transition. La loi organise ainsi le regroupement des régimes en même temps que l'orientation de leurs placements.
Des limites écrites dans le texte
Le pouvoir est encadré par plusieurs verrous. Le règlement ne pourra pas exiger plus de 10 % des actifs des fonds par défaut en actifs qualifiés. Il ne pourra pas non plus exiger plus de 5 % d'actifs liés au Royaume-Uni.
Le calendrier est borné. Aucun règlement ne peut être pris avant le 1er janvier 2028, et le pouvoir ne peut être exercé qu'une fois. L'obligation et ses dispositions d'application sont abrogées à la fin de 2035.
Avant d'agir, le ministre doit publier un rapport. Il y présente une évaluation conjointe des deux autorités de contrôle sur les obstacles à l'investissement en actifs non cotés. Il doit aussi mesurer les progrès des fonds vers les 10 % et les 5 %, et l'effet attendu sur les intérêts des épargnants.
Une revue est prévue après coup. Dans les cinq ans qui suivent un règlement, le ministre doit évaluer ses effets sur les intérêts financiers des affiliés et sur la croissance.
La porte de sortie des épargnants
La loi prévoit une dispense, sous le nom de « test de l'intérêt des épargnants ». Un régime peut demander à être exempté s'il conclut que l'obligation n'est probablement pas dans l'intérêt de ses membres.
Il doit exposer les raisons de sa conclusion. L'autorité de contrôle doit accorder la dispense si cette conclusion lui paraît raisonnable. Un refus doit être motivé et peut être porté devant un tribunal.
Ce mécanisme laisse la décision finale à l'appréciation de l'intérêt des affiliés. Il en reporte aussi la preuve sur le régime, qui doit justifier de ne pas suivre la règle.
Un risque de gouvernance, et ses garde-fous
Le blog range ce type de mesure parmi les risques de gouvernance de la capitalisation. Une épargne de long terme attire les priorités du moment, comme la croissance ou la transition énergétique. Ces objectifs peuvent coïncider avec l'intérêt des épargnants, ou s'en écarter.
Le Gouvernement britannique défend la mesure par cet argument de coïncidence. Selon le Trésor, des régimes australiens comparables placent bien davantage en actifs non cotés et dans leur pays. Des travaux suggèrent, selon lui, que ces placements peuvent diversifier les portefeuilles et améliorer les rendements.
Les verrous de la loi répondent au risque inverse. Le plafond et la date de fin limitent la portée de l'obligation ; la dispense protège les affiliés. D'autres pays ont choisi une autre voie : tenir le fonds à distance des choix politiques, comme le décrit l'article Protéger un fonds des tentations politiques.
La part réservée au Royaume-Uni pose une question distincte. Elle concentre une partie de l'épargne sur une seule économie, déjà celle dont dépendent les salaires des épargnants. Le blog a détaillé cet arbitrage dans Investir chez soi ou à l'étranger ?.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les 10 % et les 5 % sont des plafonds, pas des taux décidés. Le pourcentage effectif sera fixé par un règlement qui n'existe pas encore et ne peut pas précéder 2028.
Les 25 milliards de livres attendus pour l'économie britannique sont une estimation du Trésor, faite en 2025 pour l'engagement volontaire. Ils ne mesurent pas l'effet de la loi.
Rien ne dit non plus si ces placements rapporteront plus ou moins que les actions cotées. Les actifs non cotés se valorisent moins souvent, se vendent moins vite et coûtent souvent plus cher en frais de gestion. Ces écarts ne figurent pas dans le texte.
Conclusion
La loi britannique transforme un engagement volontaire en obligation possible, mais bornée. Le Gouvernement pourra exiger jusqu'à 10 % d'actifs non cotés, dont 5 % au plus liés au Royaume-Uni, entre 2028 et la fin de 2035. Un régime pourra s'y soustraire s'il démontre que la règle nuit à ses membres.
Lectures recommandées
- Protéger un fonds des tentations politiques — Les règles qui tiennent un fonds de retraite à distance des priorités du moment.
- Investir chez soi ou à l'étranger ? — Ce que coûte et ce que rapporte une épargne retraite placée dans son propre pays.
- Qui décide des placements d'un fonds public ? — Comment la Norvège, le Canada ou la Suède répartissent les rôles entre l'État et le gérant.
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- Épargne salariale : 250 milliards, 42 pour la retraite — Sur 250,8 milliards d'euros d'épargne salariale à fin juin 2026, 42,5 milliards seulement sont placés jusqu'à la retraite.