Capitalisation en France · Bilan
Épargne salariale : 250 milliards, 42 pour la retraite
Publié le 31 octobre 2026
L'épargne salariale a franchi les 250 milliards d'euros. L'Association française de la gestion financière (AFG) l'annonce dans son enquête semestrielle, arrêtée au 30 juin 2026 et publiée le 15 octobre.
Le chiffre mêle deux familles de plans. Les uns se débloquent au bout de cinq ans, les autres à la retraite. Pour savoir ce que cette épargne prépare vraiment, il faut les séparer.
L’essentiel : À fin juin 2026, l'épargne salariale et retraite d'entreprise atteint 250,8 milliards d'euros, dont 42,5 milliards sur des plans de retraite collectifs, soit 17 %. Cette part n'a gagné que 0,3 point en un an : l'essentiel des sommes reste placé sur des plans disponibles après cinq ans.
Deux plans, deux horizons
Le plan d'épargne entreprise (PEE) bloque les sommes cinq ans. Le plan d'épargne retraite collectif, et son prédécesseur le Perco, les bloque jusqu'au départ à la retraite. Les deux reçoivent les mêmes flux : participation, intéressement, versements du salarié, abondement de l'employeur.
Sur les 250,8 milliards d'euros d'encours, l'AFG compte 208 milliards sur les PEE. Les plans de retraite collectifs en totalisent 42,5 milliards. La retraite pèse donc 17 % de l'ensemble.
Ce partage n'est pas nouveau. Les versements de 2024, mesurés par le ministère du Travail, montraient déjà le même écart : voir l'épargne salariale au service de la retraite.
Une croissance qui ne déplace presque rien
Les plans de retraite grossissent plus vite que l'ensemble : +15,8 % en un an, contre +13,6 %. Leur encours est passé de 36,7 à 42,5 milliards d'euros. Celui de l'ensemble est passé de 220,8 à 250,8 milliards.
Rapportée au total, leur part passe de 16,6 % en juin 2025 à 16,9 % en juin 2026. Un écart de croissance de deux points par an ne déplace que lentement un stock de cette taille.
Le nombre d'épargnants dit la même chose. 4,8 millions de personnes détiennent un plan de retraite collectif, sur 13,6 millions d'épargnants salariaux. Côté employeurs, 272 900 entreprises en proposent un avec des avoirs, sur 453 600 équipées d'un dispositif.
D'où vient l'argent du semestre
Au premier semestre 2026, 17,2 milliards d'euros ont été versés sur l'ensemble des plans. L'intéressement en apporte 6,7 milliards et la participation 5,2 milliards. L'abondement des entreprises ajoute 3,0 milliards, les versements volontaires des salariés 2,1 milliards.
La prime de partage de la valeur ne représente que 0,2 milliard. Près de 4,8 millions de salariés ont versé au moins une somme, pour 3 600 € en moyenne.
Sur ces 17,2 milliards, 3,0 milliards sont allés aux plans de retraite collectifs. C'est 17 % des versements, la même proportion que dans l'encours.
Ce qui ressort, et quand
La différence se joue à la sortie. Les rachats atteignent 12,0 milliards d'euros sur le semestre, dont 11,0 milliards sur les PEE et les comptes courants bloqués. Les plans de retraite n'en comptent que 1,0 milliard.
Les sorties anticipées pèsent lourd. Elles représentent 43 % des rachats sur les PEE et 33 % sur les plans de retraite. La loi prévoit ces cas de déblocage avant le terme, comme l'achat de la résidence principale.
Le solde du semestre, la collecte nette, atteint 5,2 milliards d'euros. Les plans de retraite en apportent 2,0 milliards, soit 38 %. Leur poids dans l'épargne qui reste est donc plus de deux fois supérieur à leur poids dans l'encours.
Source : AFG, enquête semestrielle au 30 juin 2026 (communiqué du 15 octobre 2026) ; calculs du blog.
Le graphique résume ce double mouvement. Les plans de retraite reçoivent 17,4 % des versements, mais ne subissent que 8,3 % des rachats. Une somme qui y entre y reste plus longtemps, par construction.
Une épargne placée en actions
L'AFG relève que 67 % des versements bruts vont vers des fonds actions ou diversifiés. Dans les plans de retraite collectifs, ces fonds représentent plus de 66 % des actifs.
La gestion pilotée, qui réduit la part risquée à l'approche de la retraite, couvre 41 % de l'encours des plans de retraite. Son encours a progressé de 19,4 % en un an.
Une part importante de l'ensemble reste investie dans l'entreprise elle-même. L'actionnariat salarié atteint 89,7 milliards d'euros, soit environ 36 % des 250,8 milliards. Ces avoirs dépendent de la santé d'un seul employeur.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les 42,5 milliards ne couvrent pas toute l'épargne retraite d'entreprise. L'AFG compte les plans tenus en compte-titres. Les plans collectifs logés dans un contrat d'assurance relèvent d'un autre recensement, celui des assureurs.
Les périmètres ne se superposent donc pas. Selon la direction générale du Trésor, le PER collectif atteignait 33,86 milliards d'euros fin 2025, tous supports confondus, et le PER obligatoire 28,04 milliards. L'ensemble des PER, individuels compris, totalisait 150,4 milliards pour 12,9 millions de titulaires.
L'enquête de l'AFG est déclarative et porte sur un semestre. Un premier semestre concentre les versements d'intéressement et de participation : il ne se double pas pour donner une année.
La hausse de l'encours mêle enfin deux effets, les versements nets et la valorisation des marchés. Le communiqué ne chiffre pas leur part respective. Une baisse des marchés réduirait l'encours sans qu'aucun salarié ne retire un euro.
Une proposition de généralisation
Dans son communiqué, l'AFG rappelle une proposition de son Livre blanc publié le 17 juin 2026. L'association propose de généraliser le PER collectif dans les entreprises de plus de 10 salariés.
Selon elle, chaque salarié pourrait ainsi se constituer un capital qui compléterait sa retraite par répartition. Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 touche aussi à ces dispositifs, du côté de l'employeur. L'article sur la taxation de l'épargne salariale en détaille l'effet. Le panorama des dispositifs existants figure dans la rubrique capitalisation en France.
Conclusion
L'épargne salariale française dépasse 250 milliards d'euros, mais la retraite n'en détient que 17 %. Cette part progresse de quelques dixièmes de point par an. Les plans de retraite gardent mieux l'argent qu'ils reçoivent : ils pèsent 38 % de la collecte nette du semestre. La question de fond reste celle de l'orientation des versements, aujourd'hui dirigés aux quatre cinquièmes vers des plans à cinq ans.
Lectures recommandées
- Le PER, ce que dit la loi — Les règles du plan d'épargne retraite : versements, blocage, cas de sortie anticipée.
- Sortir de son épargne retraite — Rente, capital ou déblocage anticipé : comment l'argent sort d'un plan de retraite.
- PER assurantiels : 8,5 millions d'assurés, 124,8 milliards — L'autre moitié du paysage : les plans d'épargne retraite vendus par les assureurs, à la même date.
- Quand les taux montent, les fonds de pension respirent — Pourquoi la hausse des taux a porté les régimes britanniques à prestations définies à 135 % de couverture.
- Pension relative en baisse : quelle épargne pour la combler ? — Quelle part de son salaire épargner pour combler la baisse de la pension relative projetée par le COR.