Scénarios pour la France · Simulation
Pension relative en baisse : quelle épargne pour la combler ?
Publié le 1 novembre 2026
D'ici 2070, la pension moyenne continuerait de progresser en euros constants, mais moins vite que les salaires. Le COR chiffre cet écart dans son rapport de juin 2026 : la pension relative perdrait 9,3 points.
Cette simulation traduit ces points en effort d'épargne. Elle cherche quelle part de son salaire un actif devrait épargner pour les retrouver par lui-même.
L’essentiel : Le COR projette que la pension moyenne passera de 54,6 % à 45,3 % du revenu d'activité moyen entre 2025 et 2070. Pour qu'une épargne personnelle comble ces 9,3 points, un salarié qui commence à 25 ans devrait mettre de côté environ 2,8 % de son salaire avec un rendement réel de 2,5 %, et 6,9 % s'il ne commence qu'à 45 ans.
Ce que projette le COR
L'indicateur rapporte la pension brute moyenne de l'ensemble des retraités au revenu d'activité brut moyen des personnes en emploi. Il valait 50,2 % en 2005 et 52,8 % en 2015. Il atteindrait 54,6 % en 2025, puis 45,3 % en 2070 dans le scénario de référence.
Le COR insiste sur un point : il s'agit d'une baisse relative, pas d'un appauvrissement. Entre 2025 et 2070, la pension moyenne gagnerait 11 % en valeur réelle. La rémunération moyenne gagnerait 36 %, portée par des gains de productivité de 0,7 % par an.
L'écart vient surtout des règles en vigueur. Les droits du régime général et les pensions versées suivent les prix, alors que les salaires suivent aussi la productivité. Le COR cite aussi la baisse du rendement de l'Agirc-Arrco et l'évolution contenue du point d'indice des fonctionnaires.
Conséquence projetée : le niveau de vie moyen des retraités passerait de 100,2 % de celui de l'ensemble de la population en 2023 à 90,3 % en 2070. Cette baisse découle des règles actuelles, sans mesure nouvelle. Elle s'ajouterait à celle qu'envisage le COR parmi ses trois leviers d'équilibre.
La question posée au calcul
Le COR note lui-même que les assurés pourraient compenser une partie de cette baisse en épargnant davantage pendant leur vie active. Le calcul mesure cet effort.
Neuf points sur 54,6, c'est 17 % de la pension relative de 2025. Pour un salarié au salaire moyen, la cible retenue est donc un revenu complémentaire de 9,3 % de son dernier salaire. Ce revenu est servi pendant toute la retraite.
Le calcul reprend le salarié de la simulation sur la hausse des salaires. Il démarre au salaire brut moyen du privé en 2024, 3 602 € par mois selon l'Insee. Son salaire progresse de 0,7 % par an au-delà des prix, comme la productivité du scénario du COR. Il épargne chaque mois une part fixe de ce salaire jusqu'à 65 ans.
Trois âges de départ sont testés : 25, 35 et 45 ans, soit 40, 30 ou 20 ans de versements. Le capital est ensuite consommé en 23,6 ans, l'espérance de vie à 65 ans d'une femme en 2025.
La part du salaire à épargner
Le tableau donne la part du salaire à verser chaque mois pour atteindre la cible.
| Durée d'épargne | Rendement réel 0 % | Rendement réel 2,5 % | Rendement réel 4 % |
|---|---|---|---|
| 40 ans (dès 25 ans) | 6,3 % | 2,8 % | 1,7 % |
| 30 ans (dès 35 ans) | 8,1 % | 4,2 % | 2,8 % |
| 20 ans (dès 45 ans) | 11,7 % | 6,9 % | 5,1 % |
Versements jusqu'à 65 ans, salaire en hausse réelle de 0,7 % par an, puis retraits mensuels constants pendant 23,6 ans. Rendements réels nets de frais. Source : Calcul du blog ; COR, rapport annuel de juin 2026 ; salaire brut moyen du privé 2024 (Insee).
Dans le scénario central, le salarié qui commence à 25 ans verse 103 € par mois la première année et 135 € la dernière. La cible correspond alors à environ 440 € par mois, soit 9,3 % d'un dernier salaire de 4 728 €.
Commencer à 45 ans multiplie l'effort par près de deux et demi : 6,9 % du salaire, soit 249 € par mois au départ. Le capital n'a plus que vingt ans pour produire des intérêts.
Ce que le rendement change
Sans rendement réel, le salarié de 25 ans devrait épargner 6,3 % de son salaire. À 4 %, ce taux tombe à 1,7 %.
Plus la durée est longue, plus l'écart entre scénarios se creuse. Sur quarante ans, l'effort varie de un à plus de trois et demi ; sur vingt ans, de un à un peu plus de deux. Un rendement espéré ne se décrète pas : les trois scénarios encadrent l'incertitude, sans dire lequel se réalisera.
Ces taux se lisent face aux cotisations actuelles. Le taux de cotisation du régime général privé est aujourd'hui de 28 %, selon le Trésor. Combler la baisse projetée demanderait, au taux central et sur une carrière complète, un dixième de cet effort en plus.
Ce que ces chiffres ne disent pas
La pension relative est une moyenne sur tous les retraités d'une année. Un salarié précis peut se trouver loin de cette moyenne : carrière courte, revenus élevés, longues années à temps partiel. Ramener 9,3 points à 9,3 % de son dernier salaire est une simplification.
La cible est fixe en euros constants pendant la retraite, alors que les salaires des actifs continueraient de monter. Rapporté au revenu moyen de ces années-là, le complément perdrait peu à peu de son poids. Garder la même pension relative jusqu'à la fin demanderait davantage.
La pension relative ne mesure pas non plus le niveau de vie. La taille du ménage, le logement et le patrimoine comptent aussi, comme le montre la comparaison entre retraités et actifs. Les retraités de 2023 avaient ainsi un niveau de vie égal à celui de l'ensemble de la population.
Le calcul ignore l'impôt, les frais au-delà du rendement net et les années sans versement. Il ignore aussi les autres réponses possibles, comme partir plus tard ou hériter, que le COR évoque.
Enfin, la projection du COR dépend de ses hypothèses : fécondité, solde migratoire, productivité, chômage. Une autre loi ou une autre croissance changerait les 45,3 % de 2070.
Conclusion
La baisse de la pension relative projetée par le COR se chiffre aussi en effort d'épargne. Dans le scénario central, commencer à 25 ans demanderait environ 2,8 % du salaire pour la combler, contre 6,9 % à partir de 45 ans. Sans rendement réel, ces taux montent à 6,3 % et 11,7 %.
Lectures recommandées
- Équilibrer les retraites : trois leviers, trois effets — Ce que coûterait l'équilibre du système, levier par levier, dont la baisse de la pension relative.
- Salaire en hausse : ce que devient l'effort d'épargne — Pourquoi un même taux d'effort donne une part plus faible du dernier salaire quand le salaire progresse.
- Les retraités vivent-ils mieux que les actifs ? — Le niveau de vie des retraités comparé à celui des actifs, et les pièges de cette comparaison.
- Royaume-Uni 2022 : la crise des fonds à levier — Septembre 2022 : comment des fonds à levier ont failli faire chuter le marché de la dette britannique.
- Aide à l'épargne retraite : déduire ou subventionner ? — Une déduction d'impôt ou une prime versée par l'État : deux façons d'aider l'épargne retraite, deux publics.