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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Comprendre les chiffres · Décryptage

Équilibrer les retraites : trois leviers, trois effets

Publié le 25 octobre 2026

Le système de retraite français est en déficit modeste aujourd'hui, 5,1 milliards d'euros en 2025 selon le COR, et se creuserait ensuite à législation inchangée. Pour le rétablir, il n'existe que trois manières d'agir : l'âge de départ, le niveau des pensions, les prélèvements. Le COR a chiffré chacune, et le Trésor, avec deux autres équipes, a simulé leurs effets sur l'économie.

Les deux exercices se complètent. Le premier dit de combien il faudrait bouger un levier, le second à quoi cela ressemblerait pour l'emploi et le PIB.

L’essentiel : Pour équilibrer chaque année le système de retraite, le COR calcule qu'il faudrait porter l'âge moyen de départ à 67,6 ans en 2070, ou baisser la pension relative de 7,4 points, ou relever le taux de prélèvement de 5,6 points. Les simulations du Trésor, de l'OFCE et de l'I-MIP montrent que ces leviers n'ont pas le même effet sur l'activité.

Ce que le COR calcule

Dans son rapport de juin 2026, le COR équilibre le système chaque année jusqu'en 2070 en ne touchant qu'un levier à la fois. Il prévient que ces simulations ont « une vocation exclusivement pédagogique » et ne sont « en aucune manière des propositions de réforme ».

Le scénario de référence retient une fécondité de 1,45 enfant par femme et un solde migratoire de 150 000 personnes par an. La productivité y croît de 0,7 % par an et le chômage est de 7 %. Dans ce cadre, un seul levier suffirait à chaque fois :

  • L'âge de départ. L'âge moyen devrait atteindre 64,2 ans en 2030, 65,6 ans en 2045 et 67,6 ans en 2070, soit 0,3 an, 1,2 an et 3,0 ans au-dessus du niveau atteint sans changement.
  • Les pensions. La pension moyenne relative devrait baisser de 1,0 point en 2030, de 3,3 points en 2045 et de 7,4 points en 2070.
  • Les prélèvements. Le taux de prélèvement, 32,3 % en 2030 sans changement, devrait monter de 0,5 point en 2030, de 2,1 points en 2045 et de 5,6 points en 2070.
Âge moyen de départ à la retraite, en années
6264666820302045207064,6 ans67,6 ansLégislation inchangéeÂge qui équilibre le système

L'axe vertical commence à 62 ans. Les valeurs à législation inchangée de 2030 et 2045 sont obtenues en retranchant de l'âge d'équilibre les écarts de 0,3 et 1,2 an indiqués par le COR ; celle de 2070, 64,6 ans, est donnée telle quelle. Source : COR, rapport annuel de juin 2026, p. 124-125 (figure 2.24).

Le COR relève les limites de ces calculs. Ils sont mécaniques, ignorent les interactions entre leviers et ne reprennent pas les effets sur l'économie. Pour la pension et le prélèvement, les ajustements réels devraient être plus élevés, car ces mesures freinent le PIB.

Ce que les simulations économiques ajoutent

Le COR publie aussi un tableau issu des simulations de la direction générale du Trésor, de l'I-MIP et de l'OFCE. Il compare trois mesures à un scénario central. Les deux premières portent sur 6 milliards d'euros, un montant illustratif ; la troisième est un relèvement d'un an de l'âge d'ouverture des droits.

Mesure PIB à 10 ans Emploi à 10 ans
Modération des pensions de 6 Md€ −0,1 à −0,2 % −10 à −25 milliers
Hausse de cotisations employeurs de 6 Md€ −0,1 à −0,3 % −20 à −75 milliers
Âge d'ouverture des droits relevé d'un an +0,5 à +0,7 % +160 à +250 milliers

Les écarts sont des fourchettes entre les trois modèles. Le solde primaire des administrations publiques réagit aussi. À dix ans, il gagne 0,3 à 0,6 point de PIB avec un an d'âge en plus. Avec des cotisations employeurs en hausse, il gagne 0 à 0,1 point.

Le Trésor en tire une lecture dans sa note d'octobre 2026. Selon lui, seule la hausse de l'âge effectif de départ améliore le solde du système tout en stimulant l'activité. Une modération des pensions pèse peu sur l'activité à long terme, et une hausse des cotisations est récessive. Le Trésor précise que les trois institutions arrivent à une hiérarchie qualitativement semblable.

Une condition : pouvoir travailler plus longtemps

Un âge de départ plus tardif suppose que les seniors puissent rester en emploi. La note cite deux repères. En 2019, 37 % des salariés ne se sentaient pas capables de tenir dans leur travail jusqu'à la retraite, d'après la Dares. Par ailleurs, 10 % des 55-61 ans étaient inactifs pour raison de santé ou de handicap, d'après l'Insee.

Le Trésor en conclut qu'un relèvement de l'âge doit s'accompagner de mesures sur la soutenabilité du travail. Il écarte aussi l'idée d'un effet d'éviction sur l'emploi des jeunes à l'échelle de l'économie, en s'appuyant sur la littérature. La note reconnaît toutefois des effets locaux, limités en ampleur et en durée, dans certaines entreprises.

La place de la capitalisation

Ces trois leviers concernent la répartition. Le Trésor écrit qu'un étage de capitalisation ne dispenserait pas d'y recourir. L'article sur le chiffrage de la capitalisation partielle détaille ce que coûterait son amorçage. Pour l'effet d'un départ plus tardif sur un capital individuel, voir ce que change l'âge de départ.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Un levier unique n'est pas un scénario. Aucun gouvernement n'agit sur un seul, et les effets d'un mélange ne s'additionnent pas simplement, le COR le rappelle. Les 6 milliards d'euros servent de calibrage. Un an d'âge d'ouverture des droits ne rapporte pas la même somme : le tableau compare des mesures de tailles différentes.

Les fourchettes viennent de trois modèles différents, aucun ne prétend prédire. Le tableau décrit l'écart à un scénario central, pas un niveau. Enfin, les résultats varient avec les hypothèses : selon la productivité retenue, le COR obtient un solde de 2070 compris entre −3,1 % et −1,7 % du PIB. Pour situer ces projections, voir comment lire les projections à 2070.

Conclusion

Équilibrer la répartition à long terme demande de bouger l'âge, les pensions ou les prélèvements. Selon le COR, un seul levier suffirait en 2070 : trois ans de plus, 7,4 points de pension en moins, ou 5,6 de prélèvement en plus. Les simulations donnent au relèvement de l'âge un effet favorable sur l'activité, aux deux autres un effet négatif. Elles ne disent rien de l'acceptabilité de chaque mesure.

La page du site sur le financement des pensions par la répartition pose les bases du déficit.

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