Scénarios pour la France · Décryptage
Capitalisation partielle : le Trésor chiffre 37 milliards par an
Publié le 24 octobre 2026
En octobre 2026, la direction générale du Trésor a publié une note sur le système de retraite face au vieillissement. Son dernier chapitre donne un ordre de grandeur rare : amorcer un étage obligatoire de capitalisation coûterait environ 37 milliards d'euros de ressources supplémentaires par an. Le chiffre repose sur des hypothèses précises, qu'il faut connaître avant de le citer.
Le débat sur la capitalisation parle souvent de rendements. La note du Trésor déplace la question vers le financement de la transition.
L’essentiel : Selon la direction générale du Trésor, faire toucher à une personne de 20 ans aujourd'hui 20 % de sa pension en capitalisation exigerait environ 37 Md€ de ressources supplémentaires par an, 18,5 Md€ pour une part de 10 %. Ce coût pèserait sur les retraités, les actifs ou la dette publique, au choix.
Le calcul du Trésor
Le Trésor prend un cas d'école : un étage obligatoire pour les assurés âgés de 20 ans aujourd'hui. À l'âge d'ouverture des droits, 20 % de leur pension viendrait de droits acquis en capitalisation. Il faudrait mobiliser pour cela environ 37 milliards d'euros par an, en plus des ressources déjà consacrées à la répartition. Il faudrait aussi y ajouter celles qui rétabliraient l'équilibre de la répartition elle-même.
Pour une part de 10 %, la note indique, « en proportion », 18,5 milliards d'euros par an.
Le calcul retient un rendement cible de 4,7 % bruts par an. C'est le taux observé au RAFP, le régime additionnel des fonctionnaires, depuis sa création. L'ERAFP donne en effet 4,7 % de taux de rendement interne global depuis 2006, à fin 2025. La note précise que le coût serait plus faible avec des rendements comparables à ceux de la Suède depuis 2001.
Le résultat dépend aussi du traitement des dispositifs de solidarité, comme le minimum contributif. La note ne dit pas combien de temps durerait cet effort annuel.
Pourquoi une double cotisation
Dans un système par répartition, les cotisations des actifs paient les pensions du moment. Introduire de la capitalisation oblige donc à financer deux choses à la fois. D'un côté, les pensions des retraités actuels ; de l'autre, le capital des pensions futures. Le double paiement est le nom courant de ce mécanisme.
Le Trésor en tire une conséquence. Constituer un actif de capitalisation en laissant se creuser le déficit de la répartition ne ferait que déplacer la dette du système actuel. L'étage de capitalisation ne dispense donc pas des mesures d'équilibre de la répartition.
Trois façons de payer
La note examine qui porterait ces 37 milliards. Elle n'en retient qu'un seul à la fois, et chacun a un coût différent.
- Les retraités. Leurs pensions devraient baisser d'environ 7 % en valeur réelle.
- Les actifs. Il faudrait relever d'environ 3,6 points le taux de cotisation, aujourd'hui fixé à 28 % pour les salariés du régime général privé, à partager entre employeur et salarié. Le Trésor y voit un alourdissement du coût du travail qui pèserait sur l'activité.
- Les administrations publiques. L'État devrait émettre environ 37 milliards d'euros de dette supplémentaires par an. Le Trésor juge probable une hausse du rendement exigé par les investisseurs, alors que la charge de la dette atteint déjà 65 milliards d'euros en 2025.
Les montants ne s'additionnent pas : ce sont des points de repère. Le versement du FRR à la Cades court de 2025 à 2033. Source : Trésor-Éco n° 406, octobre 2026, p. 11-12 ; COR, rapport annuel de juin 2026, p. 100-101.
Une réserve que la France n'a pas
Le Trésor note que les pays ayant mené cette transition, la Suède par exemple, se sont en partie appuyés sur des fonds de réserve. Ces fonds contenaient environ quatre ans de pensions, et la transition s'est accompagnée d'une refonte majeure du système. La France, écrit la note, ne dispose pas d'un fonds d'amorçage comparable.
Le Fonds de réserve pour les retraites représente selon elle environ un mois de pensions. Le COR donne son actif net : 20,7 milliards d'euros fin 2025, soit 0,7 % du PIB. Les dépenses de retraite atteignaient 422,2 milliards la même année. L'histoire de ce fonds est racontée dans le FRR, une promesse de 1999.
Ce que la capitalisation apporterait, selon le Trésor
La note ne se limite pas au coût. Elle voit dans un étage de capitalisation un moyen de freiner la baisse attendue du taux de remplacement et de mieux financer l'économie. Elle cite la Suède, où les actifs d'épargne-retraite représentent 106,6 % du PIB, contre 12,2 % en France. La capitalisation boursière y atteint 175 % du PIB en 2024, contre 102 %.
Elle cite aussi le RAFP : ses pensions ont été revalorisées de 28 % entre 2013 et 2026, soit cinq points au-dessus de l'inflation. L'ERAFP, qui arrête ses comptes fin 2025, donne pour sa part 26,5 % de revalorisation cumulée depuis 2013, contre 20,4 % d'inflation.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le chiffre de 37 milliards est une illustration, non un projet. La note le dit elle-même : elle « ne reflète pas nécessairement la position du ministère ». Les trois modes de financement sont des cas séparés, jamais combinés. La note n'en simule pas les effets sur l'économie au-delà de ce qui précède.
Le rendement cible de 4,7 % est un choix. Un rendement plus bas augmenterait le coût d'amorçage ; un rendement plus haut le réduirait. Le Trésor ne publie pas de fourchette. Le montant couvre une seule génération, celle qui a 20 ans aujourd'hui : la note ne chiffre ni les générations plus âgées, ni la suite.
Ce chiffrage ne se compare pas non plus à celui du blog. Le calcul du double paiement porte sur un taux de cotisation appliqué à toute la masse salariale. Il ne vise pas une part de pension pour une génération donnée.
Conclusion
La note du Trésor ne tranche pas pour ou contre la capitalisation. Elle chiffre ce qu'une transition coûterait dans un cas précis : 37 milliards d'euros par an pour 20 % de la pension d'une génération, 18,5 pour 10 %. Elle montre que quelqu'un paie toujours, retraités, actifs ou contribuables, et que la France n'a pas de réserve comparable à celles qui ont servi ailleurs. Le site propose un simulateur de stratégie d'État pour tester ses propres hypothèses.
Lectures recommandées
- Le double paiement expliqué — Le mécanisme de la double cotisation, avec le coût d'un point de cotisation capitalisée.
- Quatre milliards par an : quel capital faudrait-il ? — Le capital qu'il faudrait réunir pour verser une somme annuelle donnée.
- Erafp : la retraite capitalisée des fonctionnaires — Le régime dont le rendement sert de référence au chiffrage du Trésor.
- Équilibrer les retraites : trois leviers, trois effets — Les trois leviers qui équilibrent la répartition, avec leurs effets sur l'activité.
- Épargne mensuelle non revalorisée : combien perd-on ? — Ce que l'inflation retire à un versement mensuel jamais relevé, sur 40 ans.