Aller au contenu
Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Scénarios pour la France · Explication

Le double paiement expliqué

Publié le 5 octobre 2026

Dans un système par répartition, les cotisations de l'année paient les pensions de l'année. Introduire de la capitalisation, même pour une petite part, demande aux actifs d'épargner aussi pour leur propre retraite. Pendant la transition, ils paient donc deux fois.

Ce double paiement est la principale difficulté financière de toute réforme de ce type. Cet article en donne les ordres de grandeur pour la France et décrit comment deux pays l'ont étalé, sans trancher entre les options.

L’essentiel : Introduire de la capitalisation oblige les actifs à financer les pensions en cours tout en épargnant pour eux-mêmes : c'est le double paiement. En France, chaque point de cotisation capitalisée représente 11,6 Md€ par an, pour des retraites qui coûtent 422,2 Md€, et les droits déjà acquis valaient près de quatre fois le PIB fin 2021, selon l'Insee.

D'où vient le double paiement

En répartition, rien n'est mis de côté : les pensions versées une année sont financées par les ressources de cette même année. Le site détaille ce mécanisme dans sa section consacrée à la répartition. Les retraités actuels ont acquis leurs droits en payant les pensions de leurs aînés.

Si les actifs placent désormais une part de leurs cotisations sur des comptes à leur nom, ces sommes manquent pour payer les pensions en cours. Ces pensions restent dues. Il faut alors les financer autrement, ou demander aux actifs un effort supplémentaire.

Le COR décrit le même ressort à propos des réserves des régimes. En constituer revient, selon son rapport de juin 2026, à « exiger d'une génération qu'elle consente un effort supplémentaire ». Les générations suivantes profitent ensuite de cet effort et du rendement des réserves.

Les ordres de grandeur pour la France

Les retraites ont coûté 422,2 milliards d'euros en 2025, soit 14,1 % du PIB, selon le COR. Les salaires bruts perçus par les ménages atteignaient 1 157,2 milliards d'euros la même année, selon les comptes nationaux de l'Insee. Les dépenses de retraite en représentent 36,5 %, même si elles ne sont pas financées par les seules cotisations sur les salaires.

Un point de cotisation capitalisée, prélevé sur tous les salaires bruts, représente donc 11,6 milliards d'euros par an. C'est 2,7 % des dépenses de retraite de 2025, et 0,39 % du PIB.

Une cotisation capitalisée face aux dépenses de retraite, en milliards d'euros par an
1 % des salaires bruts11,6 Md€2,5 % des salaires bruts, le taux suédois28,9 Md€12 % des salaires bruts, le taux australien139 Md€Dépenses de retraite en 2025422 Md€

Source : Insee, comptes nationaux 2025 (salaires bruts) ; COR, rapport annuel de juin 2026 (dépenses) ; calcul du blog.

Au taux suédois de 2,5 %, la cotisation capitalisée atteindrait 28,9 milliards par an, soit 6,9 % des dépenses de retraite. Au taux australien de 12 %, elle atteindrait 138,9 milliards, près d'un tiers de ces dépenses.

Les droits déjà acquis

Le double paiement ne porte pas seulement sur les pensions de l'année. Les actifs et les retraités d'aujourd'hui ont acquis des droits que les régimes devront honorer pendant des décennies. L'Insee les évalue dans un tableau annexe aux comptes nationaux, transmis à la Commission européenne.

Fin 2021, dernière évaluation publiée, les engagements des régimes obligatoires atteignaient 9 964 milliards d'euros, avec un taux d'actualisation réel de 2 %. C'est près de quatre fois le PIB de 2021, qui s'élevait à 2 508 milliards. Avec un taux de 1 % ou de 3 %, le montant passe à 12 173 ou à 8 324 milliards.

Ce montant ne figure pas au bilan des administrations publiques. L'Insee rappelle que les assurés ne sont pas propriétaires de leurs cotisations et que le législateur peut modifier le calcul des pensions. Une transition complète devrait pourtant honorer ces droits tout en finançant l'épargne des actifs.

Une transition partielle n'en détourne qu'une fraction. Chaque année, le manque à financer est alors du même ordre que la cotisation capitalisée elle-même.

La Suède : 2,5 points pris sur 18,5

Selon le fonds public AP4, 18,5 % du revenu ouvrant droit à pension vont chaque année au système public suédois. Seize points financent la répartition, et 2,5 points des comptes individuels placés. La part capitalisée fait donc partie de la cotisation publique, au lieu de s'y ajouter.

Ce choix laisse moins de ressources à la répartition. Ses déficits sont couverts par des fonds tampons, les fonds AP. Selon AP4, on prévoyait au lancement du système, en 2001, qu'ils seraient contributeurs nets d'environ 2010 à 2050.

AP4 cite deux raisons : la hausse du nombre de retraités par actif, et l'extinction progressive de l'ancien système. Depuis 2009, ces fonds ont versé 372 milliards de couronnes au système, pensions et frais de gestion compris, selon le gouvernement suédois. Le pays est présenté dans l'étude de cas suédoise.

L'Australie : ajouter une cotisation, par paliers

En Australie, la pension publique, soumise à un test de revenus et de patrimoine, est restée en place. L'obligation d'épargne s'y est ajoutée, à la charge de l'employeur, en pourcentage de la rémunération.

Le taux a monté lentement, selon l'administration fiscale australienne. Il était de 9 % de 2002 à 2013 et de 9,5 % de 2014 à 2021. Il a ensuite augmenté d'un demi-point par an, jusqu'à 12 % en juillet 2025.

Étaler la hausse sur plus de vingt ans répartit l'effort entre plusieurs générations d'actifs. Les étapes, et la longue pause à 9,5 %, sont retracées dans l'étude de cas australienne.

Qui porte la charge

Le double paiement ne disparaît pas : il se répartit. Une hausse des prélèvements le fait porter aux actifs et aux employeurs du moment. Des réserves ou un emprunt l'étalent dans le temps et en reportent une part sur d'autres générations. Une baisse des pensions le ferait porter aux retraités.

Pour celui qui paie deux fois, la seconde cotisation constitue un capital à son nom. Prenons un salarié au salaire moyen du privé, 3 602 € brut par mois en 2024 selon l'Insee. S'il verse 2 % pendant quarante ans, il met de côté 34 579 €.

À 65 ans, son capital atteindrait 34 579 € sans rendement réel, 59 054 € à 2,5 % et 83 917 € à 4 %. Ce que le double paiement rapporte à celui qui le supporte dépend donc du rendement obtenu.

La comparaison avec la répartition demande de la prudence. Le COR estime à 0,8 % par an le rendement interne de la retraite d'un non-cadre né en 2000. Ce taux est mesuré par rapport à la progression du salaire moyen, et non des prix. Il ne se compare donc pas directement aux scénarios du blog.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les salaires bruts retenus couvrent tous les salariés, du privé comme du public. Une cotisation réelle pourrait avoir une assiette plus étroite, avec un plafond ou des exonérations, et rapporterait moins.

L'évaluation des droits acquis dépend fortement du taux d'actualisation : de 8 324 à 12 173 milliards selon l'hypothèse. Elle date de 2021 et repose sur des projections démographiques et économiques.

Cet article ne calcule pas le coût d'une transition année par année. Ce coût dépend de la part capitalisée et de la vitesse de montée en charge. Il dépend aussi de la date à laquelle les premiers capitaux remplacent des pensions. L'article laisse enfin de côté les effets d'une telle réforme sur l'épargne, l'emploi et la croissance.

Les cas suédois et australien partent de systèmes différents du système français. Les scénarios ne sont pas des probabilités, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Conclusion

Tout passage, même partiel, à la capitalisation crée un double paiement : les pensions en cours restent dues pendant que les actifs épargnent. En France, chaque point de cotisation capitalisée représente 11,6 milliards d'euros par an, et les droits déjà acquis se comptent en milliers de milliards. La Suède prélève sa part capitalisée sur sa cotisation publique, l'Australie a ajouté la sienne par paliers. Toutes deux ont étalé la charge sur plusieurs décennies.

Lectures recommandées