Comprendre les chiffres · Vérification
Rendement annualisé ou cumulé ?
Publié le 5 octobre 2026
« Ce fonds a rapporté 100 %. » La phrase est peut-être exacte, et elle impressionne. Elle ne permet pourtant aucun jugement : doubler sa mise en cinq ans ou en quarante ans ne raconte pas la même histoire.
Un rendement se publie sous plusieurs formes, et les rapports officiels eux-mêmes les mélangent parfois. Savoir passer de l'une à l'autre permet de vérifier un chiffre avant de le comparer.
L’essentiel : « Ce fonds a rapporté 100 % » ne se juge pas sans sa durée : sur 10 ans, cela fait 7,2 % par an, sur 30 ans 2,3 % par an, moins que le scénario central de ce blog. Il faut aussi savoir si le chiffre est cumulé ou annualisé, avant ou après inflation, en quelle monnaie et après quels frais.
L'affirmation
L'affirmation vérifiée ici : « ce fonds a rapporté 100 %, c'est donc un excellent placement ». Pour la juger, il manque la durée, la nature du chiffre, l'effet de l'inflation et la monnaie de mesure. Les frais, enfin, peuvent être déduits ou non.
Cumulé ou annualisé
Un rendement cumulé mesure le gain total sur une période : 100 % signifie que la mise a doublé. Un rendement annualisé est le taux constant qui, appliqué chaque année, donne le même résultat final. Le passage de l'un à l'autre suit la logique des intérêts composés.
Le même doublement correspond donc à des taux annuels très différents selon la durée.
Source : Calcul du blog.
Doubler en 5 ans suppose 14,9 % par an ; en 10 ans, 7,2 % ; en 20 ans, 3,5 %. Sur 30 ans, il suffit de 2,3 % par an, et de 1,7 % sur 40 ans. La règle des 72, présentée dans la section du site combien de temps pour doubler, donne le même ordre de grandeur.
À l'inverse, un taux annuel modeste produit un cumul élevé sur longue période. Voici ce que donnent les trois scénarios de rendement réel de ce blog.
| Durée | 0 % par an | 2,5 % par an | 4 % par an |
|---|---|---|---|
| 10 ans | 0 % | +28,0 % | +48,0 % |
| 20 ans | 0 % | +63,9 % | +119,1 % |
| 30 ans | 0 % | +109,8 % | +224,3 % |
| 40 ans | 0 % | +168,5 % | +380,1 % |
Un fonds qui affiche 100 % de gain réel sur 30 ans a donc fait un peu moins que le scénario central de ce blog. Sur 40 ans, il a fait nettement moins.
La moyenne des années trompe
Un troisième chiffre circule souvent : la moyenne des rendements annuels. Elle ne se confond pas avec le taux annualisé dès que les années diffèrent.
Le fonds souverain norvégien en donne un exemple. Selon son rapport annuel, il a perdu 14,11 % en 2022, puis gagné 16,14 % en 2023, mesuré dans son panier de devises. La moyenne des deux années vaut +1,0 % par an.
Le capital, lui, a reculé. 100 couronnes devenues 85,89 fin 2022 valaient 99,75 fin 2023, soit une perte cumulée de 0,2 %. Une perte se rattrape par un gain plus élevé qu'elle, ce que la moyenne ignore. Le site détaille cet effet dans sa section sur ce que vaut un rendement moyen.
Avant ou après inflation
Le rapport annuel 2025 du fonds norvégien publie les deux mesures. De 1998 à 2025, son rendement a été de 6,64 % par an, avant inflation. L'inflation a été de 2,13 % par an et les frais de gestion de 0,07 %. Le rendement réel net s'établit à 4,34 % par an.
L'écart paraît limité en taux annuel. Il devient considérable en cumulé : sur les 28 années de 1998 à 2025, 6,64 % par an multiplient le capital par 6,05. Le rendement réel net le multiplie par 3,29. Le gain cumulé passe ainsi de 505 % à 229 % en pouvoir d'achat, calcul du blog.
Les pourcentages cumulés ne se soustraient pas non plus. Selon l'Erafp, les rentes du RAFP ont été revalorisées de 26,5 % depuis 2013, pour une inflation cumulée de 20,4 %. Le gain de pouvoir d'achat vaut 1,265 divisé par 1,204, moins 1, soit 5,1 %, et non 6,1 points. L'article sur le rendement réel explique ce que l'inflation retire.
La monnaie de mesure
Le même fonds, sur la même période, affiche plusieurs rendements selon la monnaie retenue. Depuis 1998, son rendement annualisé atteint 7,95 % en couronnes norvégiennes, 7,52 % en livres sterling et 6,72 % en dollars. Il est de 6,64 % dans son panier de devises et de 6,46 % en euros.
Sur 28 ans, l'écart entre couronne et euro représente un gain cumulé de 752 % contre 477 %, selon le calcul du blog. Pour un épargnant qui dépense en euros, le chiffre en euros est celui qui compte.
Quand les rapports mélangent
Les rapports officiels ne sont pas à l'abri de la confusion. Le fonds norvégien écrit avoir obtenu sur cinq ans un « accumulated return of 8.3 percent ». Son tableau des chiffres clés montre qu'il s'agit d'un taux annualisé, 8,26 % par an. Le gain cumulé de 2021 à 2025 atteint en réalité 48,7 %, recalculé à partir des rendements annuels publiés.
Le cas suédois montre comment le cumul amplifie un écart. Selon l'autorité suédoise des pensions, 100 couronnes placées en 2000 dans le fonds public par défaut valaient 751 couronnes fin 2025. Placées comme la moyenne des épargnants, elles en valaient 509.
En cumulé, l'écart paraît immense : 651 % de gain contre 409 %. En taux annualisé, il se lit autrement : environ 8,4 % par an contre 6,7 %, avant inflation. Les deux présentations sont exactes ; l'une frappe davantage, l'autre se compare mieux. Le cas suédois détaille ces résultats.
Le régime des fonctionnaires affiche, lui, un taux de rendement interne de 4,7 % par an depuis 2006, selon l'Erafp. Ce taux est annualisé et nominal. Selon l'Erafp, il tient compte du calendrier des sommes investies et désinvesties, ce qui le distingue d'un rendement mesuré sur une mise unique.
Verdict
L'affirmation est invérifiable en l'état. Un gain de 100 % peut être excellent sur cinq ans, honorable sur vingt ans et décevant sur quarante. Sans durée, le chiffre ne permet aucune comparaison.
Pour devenir vérifiable, il doit préciser cinq éléments : la période, le caractère cumulé ou annualisé, l'inflation, la monnaie et les frais. Un rendement annualisé, réel et net de frais est la forme la plus comparable ; c'est celle des scénarios de ce blog. Un chiffre cumulé n'est pas faux pour autant : il décrit bien ce qu'est devenue une mise, à condition de dire sur combien de temps.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Un taux annualisé lisse le parcours. Le fonds norvégien a perdu 14,11 % en 2022, malgré une moyenne de long terme positive. Celui qui retire son argent au mauvais moment ne touche pas le rendement annualisé.
Les exemples sont des rendements passés, mesurés en couronnes ou dans un panier de devises. Ils ne préjugent pas des rendements futurs et ne se comparent pas directement aux scénarios du blog, exprimés en euros constants.
Les méthodes de calcul diffèrent aussi d'un fonds à l'autre. Un taux de rendement interne, comme celui de l'Erafp, pondère les années selon les sommes placées. Il ne se compare pas terme à terme à un rendement mesuré sur une mise unique. La fiscalité, enfin, n'est prise en compte nulle part ici.
Conclusion
« 100 % » ne dit rien tant que la durée manque : c'est 14,9 % par an sur 5 ans, 2,3 % sur 30 ans. Le cumul grossit les écarts, et la moyenne des années peut masquer une perte. Pour comparer deux placements, il faut ramener chaque chiffre à la même forme : annualisé, réel, net de frais, dans la monnaie de l'épargnant.
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