Comprendre les chiffres · Décryptage
Pouvoir d'achat des retraités et indexation
Publié le 5 octobre 2026
Une pension revalorisée chaque année comme les prix devrait garder son pouvoir d'achat. Les carrières types du Conseil d'orientation des retraites (COR) racontent autre chose. Partis de 1997 à 2012, d'anciens salariés du privé ont perdu de 5 % à près de 11 % de pouvoir d'achat depuis leur départ.
Deux mécanismes se superposent. La règle d'indexation sur les prix laisse les pensions décrocher des salaires, et les revalorisations effectives sont souvent restées en deçà de la règle.
L’essentiel : Depuis le milieu des années 1980, les pensions suivent les prix et non plus les salaires : elles gardent en principe leur pouvoir d'achat, mais décrochent des revenus d'activité. Les carrières types d'anciens salariés du privé suivies par le COR ont pourtant perdu de 5 % à près de 11 % de pouvoir d'achat entre le départ et 2026, surtout à cause de revalorisations inférieures à l'inflation.
Une règle : suivre les prix plutôt que les salaires
Selon le COR, les pensions de base sont passées au milieu des années 1980 d'une indexation sur les salaires à une indexation sur les prix. Le régime général l'appliquait en pratique dès 1987. La loi de 1993 l'a prévue, celle de 2003 l'a inscrite de façon pérenne.
La règle vaut aussi pour les salaires portés au compte, qui servent à calculer la première pension. En 2026, le code de la sécurité sociale fixe un coefficient égal à l'évolution des prix « hors tabac ». Son calcul, et le décalage d'un an qu'il produit, sont détaillés dans l'article sur les rentes non indexées.
Les retraites complémentaires suivent leurs propres règles. À l'Agirc-Arrco, la valeur du point est revalorisée chaque 1er novembre sur l'inflation prévue pour l'année. Selon la Drees, l'accord du 5 octobre 2023 retient pour 2024 à 2026 au moins l'inflation hors tabac moins 0,4 point. La pension ne peut pas baisser en euros.
Ce choix pèse lourd. Une étude de l'Insee, citée par le COR, en mesure l'effet. Dans les régimes de base, l'indexation sur les prix aurait réduit les dépenses de retraite de 1,7 point de PIB en 2018. Les règles d'indexation des complémentaires y auraient ajouté 0,7 point.
Ce que l'indexation fait à la pension relative
Une pension indexée sur les prix ne profite pas des gains de productivité qui font monter les salaires. Le COR projette ainsi une pension moyenne en hausse de 0,2 % par an en euros constants d'ici 2070. Le revenu d'activité moyen progresserait de 0,7 % par an.
Sur 45 ans, l'écart devient considérable. La pension moyenne gagnerait 11 % en valeur réelle, la rémunération moyenne 36 %. Rapportée au revenu d'activité moyen, la pension de l'ensemble des retraités baisserait donc nettement.
L'axe vertical commence à 40 %, pas à zéro. Source : COR, rapport annuel de juin 2026, figure 2.3 et chapitre 1 de la partie 2 ; pointillés : projection du scénario de référence.
Cette pension relative est passée de 50,2 % en 2005 à 52,8 % en 2015, puis à 51,5 % en 2019. Elle atteint 54,6 % en 2025, portée par les fortes revalorisations qui ont suivi l'inflation de 2022 et 2023. Elle monterait à 55,3 % en 2028, avant de descendre à 48,8 % en 2055 et à 45,3 % en 2070.
Le COR met en garde : cette baisse relative « ne doit pas toutefois conduire à inférer que les retraités s'appauvriront avec le temps ». Le niveau de vie moyen des retraités représentait 100,2 % de celui de l'ensemble de la population en 2023. Il avait culminé à 104 % vers 2013-2014 et tomberait à 90,3 % en 2070. Le taux de remplacement baisse lui aussi au fil des générations.
Les épisodes de sous-indexation
À la règle se sont ajoutées des décisions qui l'ont rognée. Selon la Drees, la loi de janvier 2014 a repoussé la revalorisation des pensions de base du 1er avril au 1er octobre. La loi de financement pour 2018 l'a ramenée au 1er janvier. Le COR note qu'en 2018, la pension du régime général n'a pas été revalorisée.
Le 1er octobre 2016, la formule elle-même n'a donné aucune hausse, les prix moyens étant restés stables. Puis le législateur a dérogé à la règle. En 2019, toutes les pensions de base n'ont été revalorisées que de 0,3 %, sous l'inflation.
En 2020, les pensions de base des retraités touchant moins de 2 000 € bruts par mois, tous régimes confondus, ont suivi l'inflation, soit 1,0 %. Les autres n'ont gagné que 0,3 %, de façon dérogatoire, selon la Drees.
Les complémentaires ont connu un régime plus sévère. Selon le COR, la valeur du point de l'Agirc-Arrco a été gelée de 2013 à 2018, puis sous-revalorisée en 2019 et 2020. Le 17 octobre 2025, faute d'accord entre organisations patronales et syndicales, le régime a annoncé qu'il ne revaloriserait pas les pensions au 1er novembre.
La Drees en mesure l'effet cumulé. De 2013 à 2023, les pensions de base ont été revalorisées de 0,8 % par an en moyenne, pour des prix en hausse de 1,7 %. Elles ont perdu 0,9 % de pouvoir d'achat par an. Celles de l'Agirc-Arrco, revalorisées de 1,2 % par an, en ont perdu 0,5 %.
Ce que les retraités ont perdu, génération par génération
Le COR suit deux carrières types du privé, un ancien non-cadre et un ancien cadre, partis à des dates différentes. Il mesure l'évolution du pouvoir d'achat de leur pension nette entre leur départ et 2026, dernière année encore prévisionnelle.
Source : COR, rapport annuel de juin 2026, figure 3.14 (2026 prévisionnel).
L'ancien non-cadre né en 1937, parti en 1997, a perdu 6,2 % de pouvoir d'achat. Celui né en 1942 a perdu 6,6 %, celui né en 1947 5,8 %, et celui né en 1952, parti en 2012, 5,0 %. Pour l'ancien cadre, la perte va de 10,8 % pour la génération 1937 à 10,0 %, 9,2 % puis 7,8 % pour la génération 1952.
Le cadre perd davantage : selon la Drees, les complémentaires pèsent plus lourd dans la pension des anciens cadres. Selon le COR, la valeur du point Agirc n'a pas maintenu son pouvoir d'achat, surtout de 1997 à 2014. Les mécanismes de revalorisation expliqueraient environ 90 % de la perte du non-cadre et 75 % de celle du cadre. Le reste tient aux prélèvements, comme la hausse de la CSG en 2018.
Les dernières années ont été heurtées. Les pensions de base ont progressé de 5,3 % en 2024 pour des prix en hausse de 2,0 %, puis de 2,2 % en 2025 contre 0,9 %. En 2026, elles ne gagnent que 0,9 %.
Le COR attendait en juin une inflation de 1,9 % en moyenne annuelle. En septembre 2026, les prix avaient augmenté de 3,0 % sur un an, selon l'estimation provisoire de l'Insee.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les cas types décrivent des carrières complètes et régulières. Le COR mesure leur perte avec l'inflation tabac compris, alors que les pensions de base sont revalorisées sur les prix hors tabac.
Une perte individuelle ne fait pas une baisse moyenne. Le niveau de vie moyen des retraités a progressé d'environ 26 % en euros constants de 1996 à 2023, selon le COR. Chaque année, de nouveaux retraités aux pensions plus élevées remplacent les plus âgés.
Les projections de pension relative dépendent de la croissance des salaires, donc de la productivité retenue. Elles supposent une réglementation inchangée, alors que chaque revalorisation reste une décision annuelle. Le principe de la répartition, qui finance les pensions de l'année par les cotisations de l'année, est présenté dans la page comprendre la répartition.
Conclusion
L'indexation sur les prix protège en principe le pouvoir d'achat d'une pension, pas sa place par rapport aux salaires. Les retraités ont subi les deux effets : un décrochage relatif voulu par la règle, et des pertes réelles dues aux gels et aux sous-revalorisations. Pour juger une pension, il faut regarder son montant de départ et ce qui lui arrive ensuite.
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