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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Comprendre les chiffres · Comparaison

Les retraités vivent-ils mieux que les actifs ?

Publié le 5 octobre 2026

En 2023, la pension nette moyenne représentait 64,5 % du revenu net d'activité moyen, selon le Conseil d'orientation des retraites (COR). Une fois les ménages comparés à taille égale, les retraités ont pourtant un niveau de vie équivalent à celui de l'ensemble de la population.

Le résultat dépend de la mesure retenue et du groupe auquel on compare les retraités. Chaque choix déplace la conclusion de quelques points, parfois davantage.

L’essentiel : En 2023, le niveau de vie moyen des retraités égalait celui de l'ensemble de la population, 2 473 euros par mois contre 2 468, mais restait inférieur d'environ 8 % à celui des actifs, selon le COR. Moins souvent pauvres que l'ensemble et mieux dotés en patrimoine, ils verraient leur niveau de vie relatif reculer à 90,3 % de celui de l'ensemble en 2070, sans baisse en euros constants.

Du revenu au niveau de vie

Le COR part du revenu disponible des ménages : pensions ou salaires, revenus du patrimoine, prestations sociales, moins les impôts. En 2023, un ménage dont la personne de référence est retraitée disposait en moyenne de 2 978 euros par mois. Un ménage actif disposait de 4 263 euros.

Les ménages retraités perçoivent davantage de revenus du patrimoine : 555 euros par mois en moyenne, contre 383 euros pour les actifs. Ils reçoivent moins de prestations sociales, 59 euros contre 209, et paient moins d'impôts et de prélèvements, 415 euros contre 787.

L'écart de revenu se réduit quand on tient compte de la taille du foyer. Un ménage retraité compte en moyenne 1,5 personne, un ménage actif 2,5, souvent avec des enfants. Le niveau de vie divise donc le revenu par un nombre d'« unités de consommation » qui reflète les économies d'échelle de la vie à plusieurs.

Niveau de vie mensuel moyen en 2023, par unité de consommation Montant Par rapport à l'ensemble
Personnes en emploi 2 763 € +12 %
Actifs, y compris chômeurs 2 693 € +9,1 %
Retraités 2 473 € équivalent
Ensemble de la population 2 468 € référence
Autres inactifs 1 918 € −22 %
Chômeurs 1 835 € −26 %

À taille de ménage égale, les retraités ont donc le niveau de vie de l'ensemble. Ils ont environ 8 % de moins que les actifs. Selon le COR, les retraités de 60 à 79 ans dépassent l'ensemble d'environ 1 % à 4 %. Ceux de 80 ans et plus en sont proches.

Les retraités sont aussi plus souvent propriétaires et paient moins souvent un loyer. En ajoutant ce « loyer imputé », leur niveau de vie dépasse de 6,5 % celui de l'ensemble, très près de celui des actifs. Le COR précise que ce chiffre est une estimation, établie à partir de données de 2021.

Les médianes de 2024

L'Insee publie des médianes, qui partagent chaque groupe en deux moitiés égales. En 2024, le niveau de vie médian des retraités atteignait 26 830 euros par an, contre 26 740 euros pour l'ensemble de la population. Celui des actifs de 18 ans ou plus s'élevait à 29 240 euros.

Le constat rejoint celui du COR, avec une autre mesure et une autre année. Le retraité médian dépasse légèrement le niveau de vie médian de la population, et reste environ 8 % sous celui de l'actif médian.

L'année 2024 a été particulière. Le niveau de vie médian des retraités a progressé de 3,5 % en euros constants, contre 1,8 % pour l'ensemble. Les retraites de base avaient été revalorisées de 5,3 % au 1er janvier, sur l'inflation de l'année précédente.

Moins de pauvreté que dans l'ensemble

Selon l'Insee, 10,4 % des retraités vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024, soit moins de 1 337 euros par mois pour une personne seule. C'est le même taux que pour les actifs, et nettement moins que pour l'ensemble de la population, à 15,4 %.

Les écarts sont plus grands ailleurs. Le taux atteint 8,5 % parmi les personnes en emploi, 22,4 % chez les enfants et 36,1 % chez les chômeurs. Quand la personne de référence a 65 ans ou plus, il est de 17,0 % pour les personnes seules. Il tombe à 6,7 % pour les couples.

L'Insee rappelle que le taux des retraités a dépassé celui des actifs plusieurs années de suite pendant la période de forte inflation. Les pensions ne sont revalorisées qu'avec retard, ce qui creuse l'écart quand les prix accélèrent. Le minimum vieillesse limite la profondeur de la pauvreté. Selon le COR, il atteignait 961 euros par mois en 2023, soit 74 % du seuil de pauvreté de cette année-là.

Le patrimoine, l'écart le plus net

C'est sur le patrimoine que les retraités se distinguent le plus. Début 2021, selon le COR, leur patrimoine net moyen atteignait 309 900 euros, contre 240 000 euros pour les actifs, soit 29 % de plus. Les actifs portent davantage de dettes : 69 000 euros en moyenne, contre 6 700 euros pour les retraités.

Les données de début 2024 de l'Insee montrent le même profil. Le patrimoine brut moyen croît jusqu'à 60 ans environ, se stabilise, puis diminue après 75 ans. Il atteint 321 500 euros à 40 ans et 468 900 euros à 60 ans. Il est encore de 459 400 euros à 70 ans et de 424 500 euros à 80 ans.

Les écarts entre retraités restent considérables. Chez les anciens cadres et professions libérales, la moitié détient plus de 535 400 euros de patrimoine brut. Chez les anciens salariés des autres catégories, cette médiane tombe à 191 100 euros, sous celle de l'ensemble des ménages, 205 100 euros.

Ce patrimoine vient d'une vie d'épargne, mais aussi des héritages. Selon le COR, 58 % des ménages de 60 ans ou plus avaient hérité en 2021. Il continue de croître à la retraite, puisque les ménages de 65 ans ou plus épargnaient encore 8 % de leur revenu en 2022. La capacité d'épargne selon le revenu est détaillée dans l'article qui peut vraiment capitaliser ?.

La comparaison européenne

Eurostat compare le revenu médian des 65 ans et plus à celui des moins de 65 ans. Les revenus sont ajustés à la taille du ménage. En 2025, ce rapport atteignait 97 % en France, contre 91 % dans l'Union européenne. La France se classe cinquième des Vingt-Sept.

Revenu médian des 65 ans et plus rapporté à celui des moins de 65 ans, 2025
Espagne106 %Italie100 %France97 %Union européenne91 %Suède84 %Allemagne83 %Belgique80 %Danemark77 %Pays-Bas76 %

Revenu disponible par unité de consommation, médianes. Source : Eurostat, enquête EU-SILC 2025, indicateur ilc_pnp2.

L'Espagne, à 106 %, et l'Italie, à 100 %, devancent la France. Viennent ensuite, nettement en dessous, la Suède à 84 %, l'Allemagne à 83 %, la Belgique à 80 %. Le Danemark, à 77 %, et les Pays-Bas, à 76 %, ont les rapports les plus bas des pays présentés.

Un rapport bas peut traduire des aînés modestes, mais aussi des actifs particulièrement aisés. Il ne dit rien du niveau absolu des revenus d'un pays à l'autre.

Une parité qui s'éroderait

Cette parité date du milieu des années 1990. Le niveau de vie relatif des retraités avait gagné près de 30 points depuis 1970, avec la montée en charge des régimes. Il a culminé à 104 % vers 2013-2014, avant de revenir à 100,2 % en 2023.

Le COR prévoit un rebond à 103,2 % en 2025 et 2026, porté par les revalorisations décalées des pensions. Viendrait ensuite un recul : 96,3 % en 2045, puis 90,3 % en 2070. Les pensions progresseraient de 0,2 % par an en termes réels, contre 0,7 % pour les revenus d'activité.

Le COR insiste : la baisse serait relative, pas absolue, et le niveau de vie des retraités continuerait d'augmenter en euros constants. Sa projection suppose toutefois des patrimoines de structure inchangée, alors que les héritages des générations d'après-guerre pourraient la modifier. Les indicateurs de ce type sont présentés dans les chiffres à comprendre.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Ce sont des moyennes et des médianes. La dispersion des pensions est forte, comme le montre l'article pension moyenne ou médiane ?, et la pauvreté touche davantage les retraités qui vivent seuls.

Les chiffres français couvrent les ménages ordinaires de France métropolitaine. Les personnes en maison de retraite en sont exclues. Le niveau de vie ne mesure pas non plus les dépenses de santé ou de perte d'autonomie, plus lourdes avec l'âge.

Les sources ne se superposent pas. Le COR compare des moyennes de 2023, l'Insee des médianes de 2024, Eurostat les plus et moins de 65 ans, retraités ou non. Une moyenne ne dit rien non plus du parcours d'un retraité. Selon le COR, le pouvoir d'achat d'un cas type de non-cadre a baissé de 5 % à 6,2 % entre son départ et 2026.

Enfin, la comparaison porte sur les retraités d'aujourd'hui. Elle ne préjuge pas de celle des actifs actuels. Leur niveau de vie dépendra de leur épargne et des mécanismes de la répartition.

Conclusion

Les retraités ne vivent pas mieux que les actifs : leur niveau de vie moyen est environ 8 % inférieur. Ils vivent aussi bien que l'ensemble de la population, grâce à des ménages plus petits et à des revenus du patrimoine plus élevés. Ils sont moins souvent pauvres et nettement mieux dotés en patrimoine. Le COR projette un recul relatif, sans appauvrissement, au fil des décennies.

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