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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation en France · Décryptage

Combien d'épargne retraite en France ?

Publié le 5 octobre 2026

Le débat sur la capitalisation cite souvent un montant d'épargne retraite. La statistique publique en fournit au moins cinq, publiés par la Drees, le Conseil d'orientation des retraites, la Banque de France ou l'ACPR. Ils vont de quelques milliards à plus de deux mille milliards d'euros.

Chacun est exact dans son périmètre, mais ces périmètres diffèrent. Savoir ce que chacun compte évite de les additionner.

L’essentiel : Selon la source, l'épargne retraite française pèse 299,8 milliards d'euros de contrats de retraite supplémentaire fin 2024 (Drees), 223,9 milliards de réserves des régimes par répartition fin 2025 (COR), 53,6 milliards pour le RAFP ou 20,7 milliards pour le FRR. Ces montants ne s'additionnent pas : ils appartiennent à des épargnants, à des régimes ou à l'État, et sont mesurés à des dates et selon des méthodes différentes.

Cinq chiffres, cinq périmètres

Le graphique rassemble les montants publiés pour l'épargne liée à la retraite, hors assurance-vie. Ils portent sur des fins d'année différentes.

Montants liés à la retraite selon la source, en milliards d'euros
Retraite supplémentaire, fin 2024 (Drees)300 Md€Réserves des régimes par répartition, fin 2025 (COR)224 Md€RAFP, valeur de marché, fin 2025 (COR)53,6 Md€Fonds de réserve pour les retraites, fin 2025 (COR)20,7 Md€Régime capitalisé des pharmaciens, fin 2025 (COR)7,6 Md€

Source : Drees, données sur la retraite supplémentaire au 31 décembre 2024 ; COR, rapport annuel de juin 2026, tableaux 2.3 et 2.4.

Le plus gros montant, 299,8 milliards, correspond surtout à des droits d'épargnants. Les 223,9 milliards suivants appartiennent à des régimes de retraite, qui ne doivent rien à un affilié en particulier. Les trois derniers relèvent encore d'autres logiques.

L'épargne des personnes : la retraite supplémentaire

La Drees interroge chaque année les assureurs, les mutuelles, les institutions de prévoyance et les gestionnaires d'épargne salariale. Fin 2024, les provisions des contrats de retraite supplémentaire atteignaient 299,8 milliards d'euros. Ce sont les engagements de ces organismes envers les adhérents.

Le périmètre est large. Il couvre les plans d'épargne retraite, les anciens contrats individuels comme le Perp ou le contrat Madelin, et les produits facultatifs des fonctionnaires. Il comprend aussi les contrats d'entreprise : 158,4 milliards relevaient de souscriptions collectives par un employeur, et 141,4 milliards d'adhésions individuelles.

Le périmètre a aussi ses trous. La Drees exclut de son enquête les contrats d'assurance-vie et les régimes « article 39 » gérés par l'entreprise elle-même. Elle exclut aussi les régimes facultatifs des professions libérales gérés par des organismes de sécurité sociale. Ce stock prolonge celui que décrivait l'article sur la capitalisation qui existe déjà en France.

Le patrimoine de la répartition : les réserves des régimes

Le COR recense les réserves des régimes obligatoires qui fonctionnent par répartition. Fin 2025, la valeur de marché de leurs actifs atteignait 223,9 milliards d'euros, soit 7,5 % du PIB. Près de 91 % sont détenus par les régimes complémentaires, dont 52 % par l'Agirc-Arrco.

Ces réserves ne financent aucune pension capitalisée. Elles amortissent les déficits et les crises des régimes qui les détiennent, comme l'explique l'article sur l'Agirc-Arrco. Selon le COR, « accumuler des réserves revient à exiger d'une génération qu'elle consente un effort supplémentaire ».

Le total comprend un cas à part. Le régime des agents de la Banque de France est entièrement provisionné, mais continue de fonctionner en répartition. Ses 13,4 milliards représentent près de 277 mois de prestations, et le COR les compte avec les autres réserves.

L'argent de l'État : le FRR

Le Fonds de réserve pour les retraites détenait 20,7 milliards d'euros fin 2025. Le COR l'ajoute aux réserves des régimes, pour un total de 244,6 milliards, soit 8,2 % du PIB.

La Cour des comptes ne range pas le FRR parmi les réserves. Le FRR verse chaque année 1,45 milliard d'euros à la Caisse d'amortissement de la dette sociale jusqu'en 2033. Selon la Cour, ses réserves « ne sont plus libres d'emploi et ne sont donc pas des réserves du système de retraite ».

Le COR fournit lui-même une mesure plus prudente. Il en retire la part de la dette sociale imputable aux retraites, 29,3 milliards. La situation patrimoniale nette du système tombe alors à 215,4 milliards, soit 7,2 % du PIB.

Les régimes capitalisés : des droits à servir

Deux régimes obligatoires fonctionnent par capitalisation. Le RAFP des fonctionnaires détenait un actif de 53,6 milliards d'euros en valeur de marché fin 2025, et de 44,7 milliards en valeur comptable. Ses engagements étaient estimés à 36,9 milliards, selon le COR.

Le régime capitalisé des pharmaciens détenait un actif de 7,6 milliards en valeur de marché, pour 5,6 milliards de provisions. Ensemble, ces deux régimes pèsent 61,2 milliards.

La Cour des comptes refuse de confondre ces actifs avec des réserves. Ils sont la contrepartie des droits individuels des affiliés et servent exclusivement à payer leurs rentes. Le fonctionnement du RAFP en donne le détail.

Et l'assurance-vie

La Banque de France publie un montant bien plus élevé. Fin mars 2026, l'assurance-vie et les droits à pension atteignaient 1 572,7 milliards d'euros sur les supports en euros. S'y ajoutaient 602,9 milliards sur les supports en unités de compte.

Ce total de 2 175,6 milliards réunit deux choses distinctes. Il mêle l'assurance-vie, que la Drees ne range pas parmi les produits de retraite, et des droits à pension qu'elle compte en partie.

L'ACPR isole une partie de ces derniers. Fin 2025, les contrats non rachetables, « composés essentiellement de produits d'assurance retraite », représentaient 313,8 milliards d'euros. Les plans d'épargne retraite en comptaient 136 milliards.

Pourquoi ces chiffres ne s'additionnent pas

Les propriétaires diffèrent. La retraite supplémentaire appartient à ses adhérents, les réserves aux régimes, le FRR à l'État. Additionner ces montants reviendrait à compter dans un même patrimoine des droits individuels et des caisses collectives.

Les champs se recoupent. Une partie des plans d'épargne retraite figure à la fois chez la Drees, chez l'ACPR et dans l'agrégat de la Banque de France.

Les mesures diffèrent aussi. La Drees compte des provisions, c'est-à-dire des engagements, et le COR la valeur de marché des actifs. Pour le RAFP, l'écart entre valeur comptable et valeur de marché atteint 8,9 milliards.

Les dates, enfin, ne coïncident pas : fin 2024 pour la Drees, fin 2025 pour le COR et l'ACPR, mars 2026 pour la Banque de France. Les marchés financiers suffisent à faire varier ces montants d'une année sur l'autre.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Aucun de ces montants ne dit quel revenu il procurera aux retraités, ni à quel rythme il sera dépensé. Les conditions de conversion en rente et les rendements futurs sont inconnus aujourd'hui.

Les montants ne disent rien non plus de leur répartition entre ménages. Les effectifs de la Drees comptent des adhésions, et non des personnes : un même épargnant peut figurer plusieurs fois.

L'épargne salariale placée sur des plans à cinq ans n'apparaît nulle part dans ces totaux, même quand elle finit par financer une retraite.

Conclusion

L'épargne retraite française n'a pas de total unique. Elle se compose de droits individuels, environ 300 milliards d'euros de retraite supplémentaire, et de réserves collectives, environ 224 milliards pour les régimes par répartition. S'y ajoutent les régimes capitalisés et un FRR dont l'argent est déjà promis à la dette sociale. Chaque chiffre se lit avec son périmètre, sa date et sa méthode.

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