Capitalisation personnelle · Vérification
Racheter un trimestre coûte-t-il plus cher qu'en 2013 ?
Publié le 30 octobre 2026
Un trimestre de retraite racheté à 62 ans coûte 3 383 € en 2026 à un salarié modeste. Il coûtait 3 383 € en 2013. Le barème n'a pas été révisé depuis treize ans, et ce gel produit des effets que peu de gens connaissent.
Le rachat concerne ceux qui veulent compléter une carrière incomplète. Savoir ce que vaut son prix, et comment il se calcule, éclaire la décision sans la trancher.
L’essentiel : Le prix d'un trimestre racheté n'a pas changé d'un euro depuis 2013 : de 1 055 € à 6 684 € dans les tranches fixées en euros, soit 17,8 % de moins après inflation. Seuls les seuils de revenu suivent le plafond de la Sécurité sociale, si bien qu'entre 37 000 € et 48 060 € de revenu, on paie désormais plus cher qu'au-dessus du plafond.
Ce que l'on peut racheter
Le dispositif s'appelle le versement pour la retraite. La circulaire de la Cnav du 5 février 2026 en fixe le champ. Il couvre les années d'études supérieures et les années civiles validées par moins de quatre trimestres. Il est ouvert de 20 ans à 66 ans révolus, à la date de la demande.
L'Assurance retraite indique qu'on peut ainsi racheter jusqu'à 12 trimestres. Deux options existent. La première améliore seulement le taux de calcul de la pension. La seconde améliore aussi la durée d'assurance retenue dans le calcul, et coûte plus cher.
Le prix d'un trimestre dépend de trois choses : l'âge au moment de la demande, l'option choisie et une moyenne du salaire ou du revenu. Trois tranches de revenu sont prévues, définies par rapport au plafond de la Sécurité sociale de l'année.
Le même prix depuis 2013
La circulaire de 2026 le dit sans détour. L'arrêté du 21 octobre 2012 a fixé le barème de 2013, et aucun nouveau barème n'a été publié depuis. Celui de 2013 « demeure applicable pour les années 2014 à 2026 ».
La comparaison des deux annexes, celle de 2013 et celle de 2026, le confirme ligne à ligne. Les 47 lignes, de 20 à 66 ans, portent les mêmes montants et les mêmes pourcentages.
En 2026, un trimestre au titre du taux seul coûte 1 055 € à 20 ans pour la tranche de revenu la plus basse. Le prix monte avec l'âge jusqu'à 62 ans, où il atteint 3 383 €, puis redescend à 3 044 € à 66 ans. Avec l'option taux et durée, le trimestre coûte de 1 564 € à 6 684 € dans les tranches exprimées en euros.
Pendant ce temps, les prix ont monté. Selon l'Insee, l'indice annuel des prix à la consommation est passé de 99,46 en 2013 à 120,95 en 2025, soit 21,6 % de hausse. Un prix figé en euros a donc baissé de 17,8 % en pouvoir d'achat. Le blog a détaillé cette mécanique dans son article sur le rendement réel.
Les seuils bougent, les prix non
Une seule partie du barème évolue chaque année : les seuils des tranches. Ils suivent le plafond de la Sécurité sociale, fixé à 48 060 € en 2026. La tranche basse s'arrête à 75 % du plafond, soit 36 045 €.
La tranche intermédiaire, entre ces deux seuils, ne s'exprime pas en euros. Son prix est un pourcentage du revenu annuel : 12,18 % à 62 ans pour le taux seul. Les deux autres tranches ont des montants fixes.
En 2013, ces trois tranches se raccordaient. Le plafond valait alors 3 086 € par mois, selon l'arrêté du 12 décembre 2012, soit 37 032 € par an. Les montants fixes correspondent, à l'euro près, au pourcentage intermédiaire appliqué à 75 % et à 100 % de ce plafond.
À 20 ans, par exemple, 3,80 % de 27 774 € donne 1 055 €, et 3,80 % de 37 032 € donne 1 407 €. Ce sont les deux montants fixes de la ligne. Le passage d'une tranche à l'autre se faisait donc sans saut.
Un barème qui ne se raccorde plus
Le plafond a progressé de 29,8 % entre 2013 et 2026, et les montants fixes n'ont pas bougé. La tranche intermédiaire s'applique désormais à des revenus plus élevés qu'en 2013, avec le même pourcentage.
Le calcul du blog, sur le barème publié, fait apparaître deux sauts. À 62 ans, avec l'option taux seul, l'exemple est le suivant.
Tranche basse et tranche haute : montants fixes ; tranche intermédiaire : 12,18 % du revenu annuel. Source : Calcul du blog sur le barème de la circulaire Cnav n° 2026-04 du 5 février 2026.
Sous 36 045 € de revenu, le trimestre coûte 3 383 €. Juste au-dessus du seuil, à 36 100 €, il coûte 4 397 €, soit plus de 1 000 € de différence. Le prix croît ensuite avec le revenu : 5 116 € à 42 000 €, 5 846 € à 48 000 €.
Au-dessus du plafond, il retombe à 4 510 €. Un assuré qui gagne 48 060 € paie 5 854 €, soit 1 344 € ou 29,8 % de plus qu'un assuré qui gagne davantage.
Le point de bascule se situe autour de 37 000 € à tous les âges, entre 36 987 € et 37 071 € selon la ligne. C'est, à quelques euros près, le plafond de 2013. Entre ce niveau et 48 060 €, la tranche intermédiaire paie plus cher que la tranche haute.
Avec l'option taux et durée, l'écart suit la même logique. À 62 ans, un revenu de 48 060 € conduit à 8 675 € le trimestre, contre 6 684 € au-dessus du plafond. Le montant le plus élevé du barème se trouve ainsi dans la tranche intermédiaire.
Ce qui réduit le prix payé
La somme versée se déduit du revenu imposable, selon l'Assurance retraite. Le coût net dépend donc du taux marginal d'imposition de chacun. Le blog a décrit cette logique d'avantage à l'entrée dans son article sur la fiscalité de l'épargne retraite.
Pour les études supérieures, un rachat à coût réduit existe. Depuis la réforme de 2023, il peut être demandé jusqu'au 31 décembre de l'année de ses 40 ans. Le paiement peut aussi être échelonné.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le prix ne dit rien du gain. Un trimestre racheté améliore la pension de base selon l'âge de départ, la durée déjà validée et le salaire de référence. Le rachat n'a d'intérêt chiffrable qu'en rapportant ce gain, sur toute la retraite, au prix payé.
Le barème de la Cnav ne concerne que la retraite de base. La circulaire exclut la retraite complémentaire de son champ.
Les sauts décrits ici viennent d'une lecture du barème publié. Le devis notifié par la caisse fait foi, et la moyenne de revenu retenue suit ses propres règles. L'Assurance retraite indique d'ailleurs que son simulateur est en cours de mise à jour.
La baisse de 17,8 % en euros constants s'arrête à 2025, dernière moyenne annuelle publiée. Elle mesure les prix, non les salaires, qui ont évolué à un autre rythme.
Conclusion
Racheter un trimestre ne coûte pas plus cher qu'en 2013 : le prix en euros est le même, et il a baissé après inflation. Le gel crée en revanche une anomalie. Entre 37 000 € et 48 060 € de revenu, le rachat coûte désormais plus cher qu'au-dessus du plafond. La grille de 2013 ne le prévoyait pas.
Lectures recommandées
- À quel âge part-on à la retraite ? — L'âge moyen de départ et ce qui le fait varier, génération après génération.
- Le taux de remplacement expliqué — Ce que la pension remplace du dernier salaire, et pourquoi le chiffre varie autant.
- Rente ou capital à la sortie ? — Les deux façons de convertir une épargne retraite en revenu, et ce que chacune suppose.
- Épargne salariale : 250 milliards, 42 pour la retraite — Sur 250,8 milliards d'euros d'épargne salariale à fin juin 2026, 42,5 milliards seulement sont placés jusqu'à la retraite.
- Quand les taux montent, les fonds de pension respirent — Pourquoi la hausse des taux a porté les régimes britanniques à prestations définies à 135 % de couverture.