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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Comprendre les chiffres · Décryptage

À quel âge part-on à la retraite ?

Publié le 16 octobre 2026

Fin 2024, on part à la retraite en moyenne à 62 ans et 11 mois. C'est le chiffre que la Drees publie dans son panorama annuel, paru le 14 octobre 2026. Il a gagné 2 ans et 5 mois depuis 2010.

Cet âge moyen sert de repère dans tous les débats sur les retraites. Il agrège pourtant des départs à 57 ans comme à 67 ans, et sa construction mérite d'être connue avant de le citer.

L’essentiel : Fin 2024, l'âge conjoncturel de départ à la retraite atteint 62 ans et 11 mois, 2 ans et 5 mois de plus qu'en 2010, selon la Drees. Ce chiffre unique cache des départs très dispersés : plus d'un tiers des retraités nés en 1957 sont partis de manière anticipée.

Un âge calculé pour une génération fictive

La Drees ne peut pas attendre qu'une génération soit entièrement partie pour mesurer son âge de départ. Il faudrait qu'elle ait atteint 66 ou 67 ans. Les réformes de 2010 et de 2023 seraient alors suivies avec des années de retard.

Elle calcule donc un « âge conjoncturel ». C'est l'âge moyen de départ d'une génération fictive qui aurait, à chaque âge entre 50 et 70 ans, la probabilité d'être retraitée observée cette année-là. Le procédé ressemble à celui de l'espérance de vie de l'année, qui décrit une génération fictive soumise à la mortalité du moment.

Un second indicateur existe : l'âge moyen des nouveaux retraités de l'année. Il est plus simple à calculer, mais la Drees prévient qu'il dépend aussi de la taille des générations et du calendrier des réformes.

Deux ans et cinq mois de plus depuis 2010

Le tableur de la fiche 15 donne l'âge conjoncturel année par année, pour les retraités résidant en France. Il arrondit au dixième, d'où un léger écart avec les 62 ans et 11 mois du texte de la fiche.

Année Femmes Hommes Ensemble
2004 61,1 ans 60,1 ans 60,6 ans
2010 60,8 ans 60,1 ans 60,5 ans
2017 62,3 ans 61,7 ans 62,0 ans
2023 63,1 ans 62,4 ans 62,8 ans
2024 63,3 ans 62,6 ans 63,0 ans

La hausse vient d'abord du relèvement de l'âge légal décidé en 2010, de 60 à 62 ans. Entre 2017 et 2023, cet âge n'a pas bougé et l'âge moyen n'a gagné que 9 mois. En 2024, la réforme de 2023 relance la hausse dans presque tous les régimes.

Les femmes partent 9 mois après les hommes : 63 ans et 3 mois contre 62 ans et 7 mois. Leurs carrières plus courtes les poussent à attendre l'âge du taux plein automatique. La Drees note que l'écart se réduit au fil des générations.

À 60 ans, presque plus personne n'est retraité

L'effet des réformes se lit mieux dans la part des personnes déjà retraitées à chaque âge. Le tableau compare 2010 et 2024, d'après la fiche 15 et son tableur.

Âge Déjà retraités, 2010 Déjà retraités, 2024
60 ans 64 % 9 %
61 ans 76 % 19 %
62 ans 79,2 % 48,1 %
65 ans 95,5 % 84,8 %
Part des personnes déjà retraitées à chaque âge, en 2010 et en 2024 (en %)
64960 ans761961 ans79,248,162 ans95,584,865 ans20102024

Retraités de droit direct résidant en France, rapportés à toutes les personnes du même âge résidant en France. Source : Drees, Les retraités et les retraites – Édition 2026, fiche 15 et tableur associé.

À 62 ans, moins d'une personne sur deux est désormais retraitée. Cette part a perdu 12 points entre 2022 et 2024, sous l'effet de la réforme de 2023. À 65 ans, le recul tient au report de l'âge du taux plein automatique, passé progressivement de 65 à 67 ans.

Un âge moyen, des départs très dispersés

En 2024, 718 000 personnes ont touché une première pension de droit direct, 7 % de moins qu'en 2023. La Drees relie cette baisse au relèvement de l'âge légal. Parmi elles, environ 4 % avaient moins de 60 ans et 6 % avaient 60 ans.

Les autres se répartissent largement. Selon la fiche 16, 9 % sont parties l'année de leurs 61 ans, 29 % l'année de leurs 62 ans, et 52 % plus tard. Les départs se concentrent moins qu'avant autour des deux âges légaux.

En 2004, 67 % d'une génération partait l'année de ses 60 ou de ses 65 ans. En 2024, les deux bornes du moment, 62 et 67 ans, ne réunissent plus que 34 % d'une génération. La Drees y voit l'effet des départs anticipés, de la décote assouplie et de la surcote créée en 2003.

Le régime compte aussi. Au régime général, l'âge conjoncturel atteint 63 ans et 7 mois, retraités vivant à l'étranger compris. Trois régimes spéciaux restent entre 56 ans et 11 mois et 60 ans et 2 mois. Ce sont ceux de la RATP, de la SNCF et des industries électriques et gazières.

Un tiers de départs anticipés

La fiche 18 suit les départs avant l'âge légal, génération par génération. Ils représentaient 5 à 7 % des départs pour les personnes nées entre 1930 et 1942. Ils atteignent 36 % pour la génération 1957.

La carrière longue explique l'essentiel de la hausse. Ce dispositif, créé en 2003, concerne 25 % des retraités nés en 1957. Les départs anticipés concernent surtout les hommes : près d'un sur deux dans cette génération, contre un peu plus d'une femme sur quatre.

Dans la fonction publique, la catégorie active avance l'âge légal de cinq ans pour des métiers jugés pénibles ou dangereux. Au Service des retraites de l'État et à la caisse des agents territoriaux et hospitaliers, un départ sur deux est anticipé pour la génération 1957.

Au régime général, environ un nouveau retraité sur cinq part encore au titre de la carrière longue en 2024. Cette part recule doucement depuis 2018.

Ce que ces chiffres ne disent pas

L'âge de départ est l'âge de la liquidation de la pension. Il ne dit pas à quel âge les gens cessent de travailler. Selon la fiche 21, près de sept nouveaux retraités sur dix passent directement de l'emploi à la retraite.

Mais quatre personnes sur dix connaissent, après 50 ans, au moins une période significative de chômage, de maladie, d'invalidité ou d'inactivité. Une fois partis, environ un homme sur sept né en 1954 continue de travailler, contre une femme sur dix. Les règles de ce cumul emploi-retraite changent en 2027.

Les données s'arrêtent fin 2024. Elles ne montrent pas la suspension de la réforme de 2023. Celle-ci gèle la montée en charge pour la génération 1964 et le début de 1965. Le COR en tient compte : il projette un âge moyen de départ de 63,1 ans en 2025 et de 64,6 ans en 2070.

Le champ change aussi le chiffre. Pour les seuls résidents en France, la Drees compte 62 ans et 11 mois. Au régime général, retraités à l'étranger compris, elle en compte 63 ans et 7 mois. Une moyenne citée sans son champ ne se compare à aucune autre.

Un âge de départ plus élevé n'a pas raccourci la retraite. Selon la Drees, la génération 1957 passerait en moyenne 24 ans et 8 mois à la retraite, presque autant que la génération 1940. Les femmes y resteraient 26 ans et 5 mois, les hommes 22 ans et 11 mois.

Cette durée dépend d'une projection de mortalité de l'Insee. Le COR prévoit qu'à partir des années 2040, une fois l'âge stabilisé, les gains d'espérance de vie allongeront la retraite plutôt que la carrière. La lecture de ces projections à 2070 demande les mêmes précautions.

Conclusion

En quatorze ans, l'âge moyen de départ est passé de 60 ans et demi à près de 63 ans, au rythme des réformes. Derrière cette moyenne, environ un nouveau retraité sur dix part avant 61 ans, et plus de la moitié après l'année de ses 62 ans. Pour un capital constitué à côté, l'âge de sortie fixe aussi la durée d'épargne, dont le rôle est détaillé sur le site.

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