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Cumul emploi-retraite : ce qui change en 2027

Publié le 13 octobre 2026

Dans onze semaines, la règle qui permet de toucher une retraite et un salaire change pour tous les nouveaux retraités. L'article 102 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025, en fixe les termes. Son seuil central n'a toujours pas de texte d'application.

La réforme change le calcul qui conduit à liquider sa pension tôt ou à prolonger son activité. Elle s'ajoute aux mesures du budget 2027 sur l'indexation des pensions.

L’essentiel : Pour toute première pension de base qui démarre à partir du 1er janvier 2027, le cumul d'une retraite et d'un salaire dépendra de l'âge seul : pension réduite de chaque euro gagné avant l'âge légal, de la moitié des revenus au-delà d'un seuil jusqu'à 67 ans, aucune réduction ensuite. Le seuil, annoncé à 7 000 € bruts par an, attend encore son décret.

La règle actuelle : deux régimes selon le dossier

Aujourd'hui, le cumul est dit intégral quand l'assuré a atteint l'âge légal, obtenu le taux plein et liquidé toutes ses pensions. Il peut alors gagner sans limite, et ses nouvelles cotisations ouvrent depuis 2023 une seconde pension. Celle-ci est plafonnée à 5 % du plafond annuel de la sécurité sociale.

Sinon, le cumul est plafonné. Pension et salaire réunis restent sous un plafond. C'est 1,6 fois le Smic, ou la moyenne des trois derniers mois d'activité si elle est plus favorable. Au-delà, la pension est réduite du dépassement, selon la fiche du ministère de l'Économie.

En pratique, le plafond touche peu de monde. Selon la Cour des comptes, le cumul intégral concernait plus de 90 % des retraités en cumul en 2020. Le cumul plafonné visait surtout les retraités partis pour carrière longue qui travaillaient avant 62 ans, et ceux partis avec une décote.

La règle de 2027 : l'âge, et rien d'autre

La loi remplace ces conditions par trois tranches d'âge. Elle vise les pensions de base et complémentaires, avec une réduction imputée d'abord sur la base.

  • Avant l'âge légal, la pension est réduite « à due concurrence » des revenus professionnels et de remplacement. Chaque euro gagné retire un euro de retraite.
  • De l'âge légal à l'âge du taux plein automatique, soit 67 ans, la pension perd la moitié des revenus qui dépassent un seuil fixé par décret.
  • À partir de 67 ans, le cumul est entier, et seules ces années de travail ouvrent droit à une seconde pension.

Les revenus de remplacement comptent comme un salaire : indemnités journalières de maladie et allocations chômage. Un décret en Conseil d'État doit exclure certaines activités d'intérêt général ou de service public.

Ce que donne la règle, chiffre par chiffre

Le seuil n'est pas encore connu. L'exposé des motifs du projet de loi indique qu'il « pourrait être fixé par décret à 7 000 euros » de revenus d'activité par an. L'Assurance retraite reprend ce montant et attend le décret avant la fin de 2026.

L'Assurance retraite donne un exemple avec ce seuil. Entre l'âge légal et 67 ans, un retraité qui gagne 10 000 € dans l'année le dépasse de 3 000 €. Sa retraite annuelle baisse de 1 500 €. Le tableau applique la même règle à d'autres revenus.

Revenu d'activité annuel brut Réduction avant l'âge légal Réduction de l'âge légal à 67 ans Réduction après 67 ans
5 000 € 5 000 € 0 € 0 €
10 000 € 10 000 € 1 500 € 0 €
15 000 € 15 000 € 4 000 € 0 €
20 000 € 20 000 € 6 500 € 0 €
Réduction annuelle de la retraite selon le revenu d'activité, avec un seuil de 7 000 € (en €)
5 00005 000 €10 0001 50010 000 €15 0004 00015 000 €20 0006 50020 000 €Avant l'âge légalDe l'âge légal à 67 ans

Après 67 ans, la réduction est nulle quel que soit le revenu. Une réduction ne peut pas dépasser la pension elle-même. Source : Loi n° 2025-1403, art. 102 ; seuil de 7 000 € annoncé par l'exposé des motifs et l'Assurance retraite, décret non paru ; calcul du blog.

Avant l'âge légal, un salaire supérieur à la pension la suspend entièrement. Un retraité parti pour carrière longue dont le salaire dépasse la pension ne garde donc, en pratique, que son salaire.

Pourquoi ce changement

Selon son exposé des motifs, le projet de loi reprend les recommandations de la Cour des comptes de mai 2025. La Cour estimait jusqu'à 710 000 le nombre de retraités en emploi en 2020. Au régime général, leur nombre avait crû de 75 % depuis 2009, contre 23 % pour l'ensemble des retraités de moins de 75 ans.

Le dispositif ne servait pas d'abord des retraités modestes, selon la Cour. En 2020, la pension moyenne des cumulants du régime général atteignait 21 577 € par an, contre 18 384 € pour l'ensemble des retraités. Plus d'un quart avaient obtenu une retraite anticipée pour carrière longue ou une retraite pour inaptitude.

Le salaire de cumul restait pourtant modeste en moyenne : 9 255 € bruts par an. Trois cumulants sur quatre gagnaient moins de 10 000 €. La Cour proposait un seuil entre 7 000 et 10 000 € pour ne pas gêner ces petits compléments, en visant les revenus élevés.

L'autre argument de la Cour tient à la surcote. Prolonger son activité sans liquider sa pension augmente la retraite de base de 1,25 % par trimestre.

Prenons un non-cadre qui travaille quatre ans de plus à temps plein. Selon la Cour, l'écart entre pensions reçues et cotisations versées était plus favorable d'environ 50 000 € en cumul qu'en surcote, en valeur actualisée. La réforme réduit cet écart avant 67 ans.

Le budget des régimes en profiterait. La Cour chiffrait l'économie à 500 à 550 M€ par an pour l'ensemble des régimes, sur les données de 2020. Elle prévenait que les surcotes supplémentaires pourraient, à long terme, en reprendre environ un tiers.

Qui est concerné, et qui ne l'est pas

Le critère est la date d'entrée en jouissance de la première pension de base. À partir du 1er janvier 2027, la nouvelle règle s'applique. Avant, l'ancienne s'applique pour toujours, même si la reprise d'emploi vient des années plus tard, précise l'Assurance retraite.

Les personnes qui préparent leur départ pour la fin de 2026 relèvent donc encore de l'ancien régime. Les retraités actuels ne voient rien changer. Des règles propres demeurent pour les militaires, les marins et certains exploitants agricoles.

Le niveau du seuil et la façon de récupérer les sommes dues dépendent du décret. L'Assurance retraite annonce un simulateur de la réduction pour le premier trimestre 2027.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les données de la Cour datent de 2020, les dernières qu'elle jugeait fiables. Le nombre de cumulants a pu évoluer depuis la réforme de 2023, qui a créé la seconde pension et relevé l'âge minimal.

L'économie de 500 à 550 M€ est l'estimation de la Cour, calculée sur des données de 2020. Elle suppose que les retraités aux revenus élevés choisiront la surcote plutôt que le cumul. Si une partie cesse simplement de travailler, les régimes perdent des cotisations et l'État l'impôt sur ces salaires.

Le seuil de 7 000 € reste une annonce. Un autre montant changerait tout le tableau ci-dessus, de même qu'une indexation éventuelle du seuil dans le temps.

Enfin, ces règles ne disent rien du niveau de vie. Un même salaire de cumul pèse différemment selon que la pension est de 900 € ou de 3 000 € par mois. L'écart entre pension moyenne et pension médiane est expliqué dans l'article pension moyenne ou médiane.

Le cumul reste un réglage d'un système par répartition, où les cotisations de l'année paient les pensions de l'année. Ce mécanisme est décrit dans la page comprendre la répartition.

Conclusion

À partir de 2027, l'âge suffira à déterminer le droit de cumuler, quelle que soit la carrière. Avant 67 ans, le cumul devient un complément plafonné, conçu pour les petits revenus ; après, il reste libre et seul créateur de nouveaux droits. Le montant du seuil, fixé par décret, décidera de la portée réelle de la réforme.

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