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Royaume-Uni : le triple verrou perd son cliquet
Publié le 13 octobre 2026
Le 29 septembre 2026, le Premier ministre britannique a annoncé la réforme du « triple lock », la règle qui revalorise chaque année la pension d'État. À partir d'avril 2030, la pension resterait protégée contre l'inflation, avec un plancher de 2,5 %, mais ne pourrait plus distancer durablement les salaires. Le Gouvernement en attend 15 milliards de livres d'économies par an à la fin des années 2030.
La France débat au même moment de la revalorisation de ses propres pensions. Le cas britannique montre comment une formule automatique, réglée une fois, pèse sur la dépense pendant des décennies.
L’essentiel : Depuis 2011, la pension d'État britannique augmente chaque avril du plus haut de trois chiffres, l'inflation, la hausse des salaires ou 2,5 %, ce qui l'a fait progresser plus vite que les prix et que les salaires. À partir d'avril 2030, selon le Gouvernement, elle garderait la protection contre l'inflation et le plancher de 2,5 % mais ne suivrait plus les salaires qu'à long terme, pour une économie estimée à 15 milliards de livres par an à la fin des années 2030.
Le plus haut de trois chiffres
Le triple verrou a été introduit en 2011, selon l'Institute for Fiscal Studies (IFS), un institut de recherche indépendant. Il s'applique à la pension de base forfaitaire et, depuis 2016, à la nouvelle pension d'État pleine. Chaque avril, elles augmentent du plus haut de trois chiffres : la hausse du salaire moyen, l'inflation mesurée par les prix à la consommation, ou 2,5 %.
En avril 2026, la pension pleine du nouveau régime a augmenté de 4,8 %, comme le salaire moyen. Elle est passée de 230,25 à 241,30 livres par semaine, selon le ministère du Travail et des Pensions (DWP). Celui-ci évoque plus de 12 millions de retraités concernés par la hausse.
Le graphique retrace les hausses depuis la création du nouveau régime.
Source : DWP, Abstract of DWP benefit rate statistics 2025, tableau 8 (2017 à 2025) ; DWP, communiqué du 4 avril 2026 (2026).
Chaque critère a joué à son tour. En 2017 et en 2021, le plancher de 2,5 % l'a emporté. Les prix avaient monté de 1,0 % puis de 0,5 % ; les salaires, de 2,4 % puis de -1,0 %. En 2023, l'inflation de 10,1 % a fixé la hausse ; en 2024 et en 2025, ce sont les salaires, avec 8,5 % et 4,1 %.
L'année 2022 fait exception. La règle a été suspendue un an : la pension a suivi les prix, 3,1 %, alors que la mesure des salaires retenue affichait 8,3 %.
Un cliquet qui ne revient jamais en arrière
Prendre chaque année le plus haut des trois chiffres crée un effet de cliquet. Quand les salaires progressent moins que les prix ou que 2,5 %, la pension prend de l'avance sur eux. Quand ils repartent, elle les suit de nouveau, mais à partir d'un niveau plus haut. L'avance est acquise pour toujours.
Les tableaux du DWP permettent de mesurer cet effet depuis 2016. Entre avril 2016 et avril 2025, la pension pleine a augmenté de 47,9 %. Sur la même période, l'indice des prix a monté de 37,7 % et le salaire moyen de l'enquête officielle sur les rémunérations de 42,8 %. Ces trois écarts sont des calculs du blog à partir du tableau 8.
En pouvoir d'achat, la pension pleine valait 214,37 livres par semaine en 2016, aux prix d'avril 2025, contre 230,25 livres en 2025. Elle représentait 24,1 % du salaire moyen en 2016, 25,5 % en 2024 et 25,0 % en 2025.
Selon l'IFS, le triple verrou a relevé la dépense annuelle de pension d'État de 16 milliards de livres en 2026-2027. La comparaison porte sur une pension qui aurait suivi le seul salaire moyen.
La règle annoncée pour 2030
Le Gouvernement maintient la règle actuelle jusqu'en avril 2030. Ensuite, selon la fiche du DWP, la pension augmenterait chaque année du plus haut de trois chiffres. Les deux premiers restent l'inflation et 2,5 %. Le troisième devient le montant nécessaire pour rétablir ou maintenir la valeur de la pension par rapport aux salaires.
La différence tient dans ce troisième terme. La pension ne suit plus la hausse des salaires de l'année, mais leur hausse cumulée depuis l'entrée en vigueur de la règle, explique l'IFS. Après une période de salaires faibles, elle garde l'avance prise grâce aux prix ou au plancher. Quand les salaires accélèrent, elle n'augmente que de 2,5 % ou de l'inflation, jusqu'à ce qu'ils l'aient rattrapée.
L'avance devient donc temporaire. Le Gouvernement résume : aucune pension ne baissera jamais, et la pension suivra les salaires sur la durée. Il annonce une loi pendant la législature en cours.
L'IFS a refait l'histoire avec la nouvelle règle appliquée depuis 2010. La dépense de 2026-2027 serait inférieure de 9 milliards de livres à son niveau actuel. La pension aurait tout de même gagné 6 % de pouvoir d'achat.
Ce que le Gouvernement en attend
Le DWP a chiffré les économies avec son modèle de microsimulation Pensim3, qui projette la population et ses pensions jusqu'en 2100. Elles atteindraient 15 milliards de livres par an en 2039-2040 et 50 milliards en 2049-2050. Aux prix de 2025-2026, cela fait 11 et 30 milliards.
Source : DWP, State Pension uprating analysis 2026, tableaux 1 et 2 (estimations du Gouvernement).
L'IFS juge ces montants très incertains, car l'ancienne règle dépend de l'ordre exact dans lequel salaires et prix évoluent. Pour la fin des années 2030, l'économie pourrait selon lui se situer entre 4 et 20 milliards de livres par an. En 2034-2035, il l'estime à environ 4 milliards, et à zéro si les salaires progressent vivement.
Le Gouvernement destine ces économies à un service national de soins aux personnes âgées. Une commission indépendante doit rendre en 2027 ses recommandations sur sa construction. L'IFS objecte qu'annuler une hausse future non financée ne libère aucun argent : les soins demanderaient des impôts ou d'autres économies.
Le DWP projette aussi la pauvreté relative des retraités, après coût du logement, avec la nouvelle règle. Elle passerait d'environ 14 % en 2024-2025 à environ 8 % en 2049-2050.
Deux pays, deux réglages
En France, le code de la sécurité sociale revalorise chaque 1er janvier les pensions de base selon les prix hors tabac. Le projet de budget de la sécurité sociale pour 2027 propose de la suspendre au-delà de 1 260 € de pensions par mois. L'article sur le PLFSS 2027 en détaille les effets.
Les deux débats partent de points opposés. Le Royaume-Uni retire à sa pension une garantie de hausse plus rapide que les salaires. La France discute d'une hausse inférieure aux prix pour une partie des retraités, après des décennies d'indexation sur les prix décrites dans l'article sur l'indexation.
Les montants ne se comparent pas directement. La pension d'État britannique est forfaitaire et modeste : un quart du salaire moyen. Elle se complète de pensions d'entreprise, auxquelles l'adhésion automatique inscrit d'office les salariés. La pension française dépend du salaire de carrière et s'ajoute aux régimes complémentaires.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les économies sont des projections. Le DWP précise qu'elles dépendent des hypothèses de salaires, de prix, d'effectifs et de mortalité, et qu'elles indiquent un ordre de grandeur. Elles ne doivent pas servir, selon lui, à déduire l'économie d'une année précise.
La projection de pauvreté décrit la nouvelle règle seule. La publication du DWP ne donne pas le même indicateur avec la règle actuelle, ce qui empêche d'isoler l'effet de la réforme.
La réforme reste une annonce. Elle doit passer par une loi, et n'entrerait en vigueur qu'après la législature actuelle. Ses paramètres peuvent encore changer.
Enfin, la règle concerne la part forfaitaire de la pension d'État. Les composantes de l'ancien régime que le triple verrou ne couvre pas suivent les prix, selon les hypothèses du DWP.
Conclusion
Le triple verrou a fait progresser la pension d'État britannique plus vite que les prix et que les salaires. Ce cliquet joue seul, sans vote annuel. La règle annoncée pour 2030 garde la protection contre l'inflation et le plancher de 2,5 %, mais ramène la pension vers les salaires sur la durée. Son effet sur la dépense, estimé à 15 milliards de livres par an vers 2040, dépendra des salaires et des prix d'ici là.
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