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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation d'État · Comparaison

La taille critique d'un fonds public

Publié le 5 octobre 2026

Le fonds souverain norvégien gère plus de 21 000 milliards de couronnes, et sa gestion lui a coûté 0,038 % de l'actif géré en 2025. En France, les plans d'épargne retraite individuels prélevaient 0,91 % de frais de gestion sur les unités de compte en 2025, selon le CCSF. Les frais des fonds eux-mêmes s'y ajoutent. Entre les deux, la taille joue un rôle, sans tout expliquer.

L'enjeu est direct pour un futur fonds public. Les frais se prélèvent chaque année, quel que soit le rendement, et quelques dixièmes de point pèsent lourd sur des décennies.

L’essentiel : Les grands fonds publics affichent des coûts de gestion très bas : 0,038 % de l'actif pour le fonds norvégien en 2025, 0,05 % pour le fonds par défaut suédois, 0,07 % pour l'Erafp. La taille réduit les coûts, mais elle ne suffit pas : des fonds aussi grands que le canadien ou le néerlandais dépensent davantage, parce qu'ils gèrent autrement.

Pourquoi la taille fait baisser les coûts

Une partie des coûts d'un fonds est fixe : les équipes, les systèmes informatiques, les contrôles. Rapportés à un actif plus grand, ils pèsent moins. Un grand fonds négocie aussi mieux les commissions de ses gérants externes, ou gère lui-même une partie de son portefeuille.

En Australie, la Commission de la productivité l'a mesuré en 2018. Elle juge les preuves d'économies d'échelle convaincantes : les fonds les plus grands ont des coûts moyens nettement plus bas. Selon elle, les plus petits paient aussi des commissions plus élevées à leurs gérants.

La Commission estimait que les économies d'échelle réalisées avaient fait gagner 4,5 milliards de dollars australiens au système entre 2004 et 2017. Il en restait à réaliser. Environ la moitié des fonds, quelque 93, géraient moins d'un milliard de dollars, et beaucoup obtenaient de mauvais résultats.

Elle chiffrait l'économie possible à au moins 1,8 milliard de dollars par an. Elle supposait pour cela que les 50 fonds les plus chers fusionnent avec les 10 moins chers. Elle notait toutefois que les économies déjà réalisées n'avaient guère été rendues aux affiliés sous forme de frais plus bas. Le cas australien est détaillé dans l'article sur l'épargne retraite obligatoire en Australie.

L'OCDE observe un mouvement de regroupement des fonds de pension dans de nombreux pays européens. Elle l'attribue notamment aux exigences réglementaires, à la recherche de gains d'efficacité et à une gestion plus professionnelle des actifs.

Un fonds qui grandit : l'Erafp

L'Erafp, qui gère la retraite additionnelle des fonctionnaires, montre comment évoluent les coûts d'un fonds qui grandit. Ses coûts de gestion sont rapportés à l'actif net, mesuré au prix de revient amorti. Ils sont passés de 0,38 % en 2007 à 0,20 % en 2010, puis 0,18 % en 2013. Ils étaient de 0,14 % en 2016 comme en 2019, de 0,09 % en 2022 et de 0,07 % en 2025.

Dans le même temps, son actif est passé de 4,5 milliards d'euros fin 2007 à 53,6 milliards fin 2025, en valeur de marché. En 2025, ses coûts de gestion s'élevaient à 32 millions d'euros. Au prix de revient amorti, base du ratio, l'actif est plus bas : sa plus-value latente de 9,0 milliards n'est pas comptabilisée.

Coûts de gestion de l'Erafp rapportés à son actif net
00,10,20,30,420072010201320162019202220250,07 %

Actif net mesuré en prix de revient amorti, selon l'Erafp. Années choisies. Source : Erafp, Rapport annuel 2025.

Les très grands fonds

Les fonds les plus grands affichent les coûts les plus bas. Le gestionnaire du fonds norvégien chiffre ses coûts de gestion à 7,5 milliards de couronnes en 2025, frais versés aux gérants externes compris. Cela représente 0,038 % de l'actif géré, et 0,05 % par an en moyenne de 2013 à 2025.

Des analyses annuelles réalisées pour le ministère norvégien des Finances comparent ces coûts à ceux de fonds similaires. Depuis 2012, ils ont été inférieurs de 11 à 19 points de base. La comparaison tient compte des écarts de taille et de répartition entre classes d'actifs. Le gestionnaire précise que des coûts bas ne sont pas un but en soi : l'objectif reste le rendement après frais.

En Suède, le fonds par défaut AP7 Såfa facture 0,05 % par an jusqu'à 55 ans, puis moins ensuite. Son fonds d'actions gérait 1 365,6 milliards de couronnes suédoises fin 2025, selon le gouvernement. Le fonds tampon AP4, avec 578,1 milliards de couronnes, a dépensé 0,08 % de son capital moyen en 2025. L'article Suède : choisir son fonds de pension montre ce que ce faible coût a donné en vingt-cinq ans.

La taille ne suffit pas

D'autres fonds de très grande taille dépensent nettement plus. CPP Investments, qui gère l'épargne du régime public canadien, détenait 793,3 milliards de dollars canadiens fin mars 2026. Ses frais de fonctionnement représentaient 23,1 points de base sur l'exercice.

S'y ajoutaient 1 976 millions de dollars de frais de gestion et 2 758 millions de commissions de performance, versés à des gérants externes. Les coûts de transaction atteignaient 753 millions. Ces commissions rémunèrent une gestion confiée en partie à des gérants externes, et une part dépend de leurs performances.

Le néerlandais ABP, avec 533 milliards d'euros, affichait des coûts de 0,45 % de son actif moyen en 2025, hors coûts de transaction. Ceux-ci ajoutaient 0,08 point. La Commission australienne avançait une explication, avec prudence. Les grands fonds sans but lucratif investiraient davantage dans des actifs non cotés, plus chers, ce qui pourrait expliquer leurs meilleurs rendements.

À l'autre bout, le Fonds de réserve pour les retraites français gère 20,7 milliards d'euros. Ses charges ont atteint 78,31 millions d'euros en 2025, soit environ 0,38 % de son actif net, selon un calcul du blog. Ses seuls frais de fonctionnement représentaient environ 9 points de base, l'essentiel du reste étant constitué de commissions de gestion.

Les coûts comparés

Fonds Actif Coût annuel publié Ce que le chiffre couvre
Fonds norvégien 21 268 Md NOK 0,038 % (2025) coûts de gestion de Norges Bank, gérants externes compris
AP7 Såfa 1 365,6 Md SEK (fonds d'actions) 0,05 % frais facturés à l'épargnant jusqu'à 55 ans
AP4 578,1 Md SEK 0,08 % (2025) coût total de gestion
Erafp 53,6 Md€ 0,07 % (2025) coûts de gestion du régime, rapportés à l'actif au prix de revient amorti
FRR 20,7 Md€ environ 0,38 % (2025) charges totales de l'exercice, calcul du blog
ABP 533 Md€ 0,45 % (2025) coûts hors transaction
CPP Investments 793,3 Md CAD 0,231 % (exercice 2026) frais de fonctionnement seuls

Ce que ces chiffres ne disent pas

Ces coûts ne se comparent pas terme à terme. Chaque fonds les publie selon son propre périmètre. Certains incluent les commissions des gérants externes, d'autres non, et les coûts de transaction sont rarement comptés de la même façon. C'est pourquoi le tableau précise ce que couvre chaque chiffre, et qu'aucun graphique ne les met côte à côte.

Un coût bas ne garantit pas un bon rendement, et un coût élevé peut financer une stratégie plus rentable. Les chiffres décrivent une année ou une moyenne passée, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Pour l'Erafp, la baisse des coûts tient aussi à d'autres facteurs que la taille, que son rapport ne décompose pas. Le poids des frais sur une carrière est chiffré dans l'article 1 % de frais sur 40 ans. Le site l'illustre aussi dans sa section consacrée au poids des frais.

Conclusion

La taille fait baisser les coûts d'un fonds public. Les plus grands gestionnaires dépensent quelques centièmes de point par an, et l'Erafp a divisé les siens par plus de cinq en grandissant.

Au-delà, le coût dépend aussi beaucoup de la manière de gérer. Une gestion proche des indices reste peu chère. Celle qui mise sur le non coté et la sélection active coûte davantage, dans l'espoir d'un meilleur rendement.

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