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Les cryptomonnaies sont-elles une bonne solution d'épargne ?
Publié le 5 octobre 2026
Entre le 16 décembre 2017 et le 15 décembre 2018, le cours du bitcoin est passé de 19 650 à 3 183 dollars. Le plus ancien et le plus documenté des cryptoactifs a perdu 84 % de sa valeur en un an. Il a pourtant fini l'année 2025 à 87 696 dollars, plus de deux cents fois son cours de fin 2015.
Selon le baromètre 2025 de l'Autorité des marchés financiers, 9 % des Français déclarent des cryptomonnaies dans leur foyer. Reste à savoir si ces actifs peuvent servir à une épargne de long terme, comme celle de la retraite.
L’essentiel : Le bitcoin a perdu 84 % de sa valeur entre décembre 2017 et décembre 2018, puis 77 % entre novembre 2021 et novembre 2022, et les autorités européennes rappellent qu'on peut y perdre tout ce qu'on a investi. Une petite part du patrimoine peut se défendre, car sa perte totale reste supportable : 5 % placés en bitcoin coûtent au pire 5 % du patrimoine ; y placer toute son épargne, non.
L'affirmation
Le bitcoin aurait fait mieux que tous les placements classiques depuis dix ans, et mériterait donc une place dans toute épargne. L'affirmation part d'un fait exact, la hausse passée. Elle en tire une conclusion que les chiffres de baisse et les mises en garde officielles ne soutiennent pas pour l'ensemble d'un patrimoine.
Une volatilité hors de proportion
Les cours retenus ici sont ceux de la série quotidienne en dollars publiée par la Réserve fédérale de Saint-Louis, sur sa base de données FRED. Elle commence en décembre 2014. Depuis 2016, le bitcoin a connu quatre baisses de plus de moitié entre un sommet et le creux suivant.
Baisses de plus de 50 % seulement. Cours nominaux, en dollars, avant inflation. Source : calcul du blog d'après la série CBBTCUSD de la Réserve fédérale de Saint-Louis (FRED), cours quotidiens en dollars.
La plus forte a duré un an : −83,8 % de décembre 2017 à décembre 2018. La deuxième a suivi le sommet de 67 510 dollars du 8 novembre 2021 : −76,7 % jusqu'au 21 novembre 2022. Les deux autres ont atteint −53,2 % en 2021, puis −53,0 % entre le sommet du 5 octobre 2025 et le 30 juin 2026.
Sur une année civile, le bitcoin a perdu 73,4 % en 2018 et 64,3 % en 2022. À titre de repère, la pire année des actions américaines depuis 1871 reste 2008, à −39,3 % après inflation, selon les données de Robert Shiller. L'article sur la volatilité et la durée montre comment ce risque se resserre avec le temps pour des actions.
Rien de tel n'est établi pour le bitcoin, dont l'histoire tient en douze ans de cours. Au 4 octobre 2026, il cotait 86 424 dollars, encore 31 % sous son sommet d'octobre 2025.
Ce qu'en disent les autorités
Les trois autorités européennes de surveillance financière ont publié une mise en garde commune le 6 octobre 2025. La valeur de la plupart des cryptoactifs « peut être très volatile », écrivent-elles. Elles ajoutent : « vous pouvez perdre une grande partie, voire la totalité, de l'argent investi » (traduit de l'anglais).
Des économistes de la Banque des règlements internationaux, qui réunit les banques centrales, ont estimé ce que les particuliers ont réellement obtenu. Leur bulletin de février 2023 couvre la période d'août 2015 à décembre 2022. Sur ces années, « une majorité » des utilisateurs d'applications de cryptoactifs a perdu de l'argent sur le bitcoin. Le constat vaut pour presque tous les pays étudiés.
À la Banque centrale européenne, deux responsables vont plus loin dans un billet de février 2024, qui n'engage pas l'institution. Pour Ulrich Bindseil et Jürgen Schaaf, « la juste valeur du bitcoin est toujours de zéro » (traduit de l'anglais). Le bitcoin, écrivent-ils, ne convient ni comme moyen de paiement ni comme investissement.
Un cadre européen, une protection limitée
Le règlement européen MiCA s'applique aux prestataires de services sur cryptoactifs depuis le 30 décembre 2024. En France, la période de transition s'est achevée le 1er juillet 2026. Selon l'AMF, le cadre européen « prévoit une autorisation obligatoire pour offrir des services sur les crypto-actifs » dans l'Union.
Au 6 juillet 2026, la France avait autorisé 31 prestataires, et l'Union européenne 283. L'AMF « incite les clients à se tourner exclusivement » vers les prestataires autorisés dans l'Union, seuls soumis à MiCA.
Cette autorisation encadre le prestataire, pas la valeur de l'actif. Les autorités européennes rappellent que la protection offerte reste moindre que pour les produits financiers classiques. Selon l'AMF, les cryptoactifs ne sont pas couverts par la garantie des titres. Celle-ci indemnise les investisseurs en cas de défaillance de leur intermédiaire.
Ce que l'impôt prélève
Pour un particulier, les plus-values de cession relèvent de l'article 150 VH bis du code général des impôts. Selon l'administration fiscale, la plus-value nette de l'année « est imposée au taux de 12,8 % et soumise aux prélèvements sociaux ». Les foyers dont les cessions ne dépassent pas 305 euros dans l'année sont exonérés.
Ces gains supportent les prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine, selon la doctrine fiscale. Pour ces revenus, la contribution sociale généralisée passe de 9,2 % à 10,6 % à compter des revenus 2025. Le taux général des prélèvements atteint 18,6 %, ce qui porte l'imposition totale à 31,4 %, selon le calcul du blog. Une moins-value de l'année ne peut être reportée sur les années suivantes.
Le calcul : 5 % du patrimoine ou la totalité
Le risque d'un actif se juge aussi à la place qu'il occupe. Soit un patrimoine de 100 000 €, dont 5 % placés en bitcoin et 95 % sur un placement diversifié, pendant dix ans.
Une perte totale du bitcoin coûte 5 000 €, soit 5 % du patrimoine ; une baisse de 80 % en coûte 4 %. À l'inverse, un bitcoin multiplié par cinq ajoute 20 000 €, soit 20 %. Le même patrimoine placé entièrement en bitcoin ne vaudrait plus que 20 000 € après une baisse de 80 %.
Source : calcul du blog, part diversifiée à 2,5 % de rendement réel net de frais, euros constants.
À 2,5 % de rendement réel, le patrimoine entièrement diversifié atteint 128 008 €. Avec 5 % en bitcoin, il atteint 121 608 € si le bitcoin est perdu et 122 608 € s'il baisse de 80 %. Un bitcoin inchangé donne 126 608 €, un bitcoin doublé 131 608 € et un bitcoin multiplié par cinq 146 608 €.
Les deux autres scénarios donnent le même ordre de grandeur. À 0 %, le patrimoine va de 95 000 € à 120 000 € selon le sort du bitcoin. À 4 %, il va de 140 623 € à 165 623 €, contre 148 024 € sans bitcoin.
Une part de 5 % borne donc la perte maximale à 5 % du patrimoine, quel que soit le scénario. Une part de 100 % expose le patrimoine entier aux baisses de 77 % à 84 % déjà observées.
Verdict
L'affirmation est fausse pour l'ensemble d'une épargne. Les baisses documentées, la perte de la majorité des petits porteurs mesurée par la BRI et la protection limitée rappelée par les autorités européennes l'excluent. Une épargne de retraite qui doit être disponible à une date donnée ne peut pas dépendre d'un actif qui a perdu 84 % en un an. Le site montre aussi pourquoi un rendement moyen ne se produit jamais chaque année.
Une part limitée peut se défendre : sa perte totale reste supportable, et une forte hausse peut améliorer le résultat. La condition tient dans la taille de cette part, fixée de sorte que sa disparition ne compromette ni la réserve de précaution ni la retraite. Les autres risques d'une épargne longue sont rassemblés dans les six risques de la capitalisation.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les cours sont en dollars et avant inflation. Un épargnant en euros subit en plus les variations du change. La série publiée par FRED reprend les prix d'une seule plateforme d'échange ; d'autres affichent des cours voisins.
Le calcul ne donne aucune probabilité aux issues retenues : il montre ce que chacune coûterait ou rapporterait. Il ignore les frais d'achat et de garde du bitcoin, ainsi que l'impôt sur les gains.
Le baromètre de l'AMF repose sur une enquête en ligne auprès de 2 120 personnes, menée du 19 septembre au 3 octobre 2025. Il mesure la détention dans le foyer, pas les montants détenus. Enfin, le bitcoin n'est qu'un cryptoactif parmi des milliers, dont beaucoup ont un historique bien plus court.
Conclusion
Pour un patrimoine entier, les cryptomonnaies ne sont pas une solution d'épargne. Le bitcoin a perdu plus des trois quarts de sa valeur à deux reprises en dix ans. Une petite part, dont la perte totale resterait supportable, peut se défendre. Le reste de l'épargne retraite garde besoin d'actifs diversifiés et d'un horizon qu'on peut tenir.
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